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En dix minutes, l'indice Dow Jones a chuté de 1.000 points pour revenir à son niveau antérieur.
En dix minutes, l'indice Dow Jones a chuté de 1.000 points pour revenir à son niveau antérieur.
©Rueters

Le louveteau de Wall Street

800 milliards d’euros partis en fumée : et le cerveau du flash krach boursier de mai 2010 serait… un petit trader installé chez ses parents

Navinder Sarao, un trader britannique inconnu, vient d'être arrêté et risque l'extradition vers les Etats-Unis. Son tort ? Il est soupçonné d'avoir provoqué le "krach éclair" de la bourse de Wall Street en mai 2010.

Nous sommes le 6 mai 2010. En début d'après-midi, le Dow Jones, l'indice boursier de Wall Street, commence à chuter. A ce moment-là, la crise de la dette souveraine de la Grèce s'intensifie. A 14h42, heure locale, l'indice avait déjà perdu plus de 300 points par rapport à la clôture la veille au soir. D'un coup, c'est le plongeon : le Dow Jones dégringole de 600 points en cinq minutes. Au plus bas, il a perdu 976 points puis vers 20h56, il retrouve ce niveau. Une chute de quasi 1.000 points en dix minutes, c'est historique dans l'histoire de la bourse.

Que s'est-il passé ? Tous les spécialistes se sont posé la question alors que de grandes entreprises cotées en bourse ont perdu des milliards. Après cinq mois d'étude, les régulateurs américains comprennent que dans un contexte de grande volatilité, un ordre de vente de 75.000 E-mini contrats pour une valeur approximative de 4,1 milliards de dollars est lancé. L'ordre a été donné automatiquement par un programme de trading, sans prendre en compte l'état du marché. Le coupable était donc tout trouvé, il s'agissait d'une machine. Et ce "flash krach" symbolisait la part croissante des transactions à haute fréquence dirigées par des robots ultrasophistiqués et en démontrait les risques.

Mais derrière la machine, il y a toujours l'homme, et plus précisément dans ce cas historique : Navinder Sarao, selon une enquête du FBI. Agé de 36 ans, cet habitant de Hounslow, dans la banlieue de Londres, en Grande-Bretagne, est accusé par la justice américaine d'être à l'origine de ces mouvements qui ont provoqué la panique à Wall Street. Il a été arrêté et risque désormais l'extradition vers les Etats-Unis. La Cour royale de justice britannique n'a pas encore tranché sur cette question.

Devant un tribunal américain, il pourrait encourir jusqu'à 380 ans de prison. Navinder Sarao, trader inconnu, est soupçonné de fraude électronique sur le Chicago Mercantile Exchange, de spoofing (une fraude qui s'élèverait à 40 millions de dollars). Dans le domaine boursier, cette manipulation consiste à offrir des titres à la vente ou à l'achat avec pour intention de l'annuler juste avant son exécution et ainsi obtenir un mouvement favorable des prix.

Cette stratégie est formellement interdite aux Etats-Unis par la loi Dodd-Franck, qui date de 2009 et qui a pour objectif d'améliorer l'accountability (la responsabilisation) et la transparence du système financier. Et l'affaire fait grand bruit. Car pour la première fois, les régulateurs américains mettent en évidence qu'une manipulation du marché a jouée un rôle dans le mini-krach de mai 2010.

Alors que les entreprises perdaient des milliards, le trader isolé, lui, remplissait ses comptes en banque qu'il détenait dans des paradis fiscaux. Depuis 2009, selon le FBI, Navinder Sarao avait mis en place une combine grâce à un logiciel ultra-efficace qui lui permettait de passer des ordres en moins d'une seconde. Son programme lui permettait de donner des ordres et des faux ordres pour influencer les autres traders des bourses mondiales, faire baisser certaines valeurs, les acheter à ce moment-là et les revendre une fois le marché revenu à la normale. Empochant ainsi une belle somme.

Et cela aurait duré jusqu'en 2014 à en croire les autorités américaines. En mars 2010, le Chicago Mercantile Exchange lui aurait demandé de cesser ses manipulations. Quelques semaines avant le "flash krach" du 6 mai, Sarao lui aurait répondu "d'aller se faire voir". Si, selon le FBI, la fraude s'élève à 40 millions de dollars, la justice britannique n'a, elle, retrouvé qu'un compte au nom de Sarao créditeur de 100.000 livres sterling (soit environ 140.000 euros) et un autre compte de trading contenant 5 millions de livres (soit près de 7 millions d'euros). Où serait donc passé l'argent alors que l'entourage du trader isolé assure que sa famille ne vivait pas dans le luxe ? Affaire à suivre.

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