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Paul Schmelzing, de la Yale School of Management, considère que les taux d’intérêt n’ont jamais cessé de baisser depuis la fin du Moyen-Age.
©Arne Dedert / dpa / AFP

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800 ans d’histoire nous apprennent que les taux d’intérêt bas ou négatifs ne sont pas près de remonter

Paul Schmelzing, de la Yale School of Management, considère que les taux d’intérêt n’ont jamais cessé de baisser depuis la fin du Moyen-Age. Comment expliquer ce phénomène ? Cette situation peut-elle entraîner un risque de fort niveau d'endettement ?

François-Xavier Oliveau

François-Xavier Oliveau

Associé d'Initiative & Finance, François-Xavier Oliveau accompagne les entreprises dans leur transition écologique, à la fois en capital et sur le plan opérationnel. Il vient de publier La crise de l'abondance aux Editions de l'Observatoire. Il y interroge l'invraisemblable paradoxe d'une société plus riche que jamais mais traversée de crises majeures. Après avoir décrit le mécanisme d'innovation et de baisse permanente des prix qui nous donne accès à l'abondance, il propose des solutions concrètes pour maîtriser cette abondance. Son premier essai, Microcapitalisme (PUF, 2017, collection Génération Libre) a obtenu le prix du jury du comité Turgot. Il a enfin publié en avril 2019 une étude avec l'Institut Sapiens sur les impacts entre technologie, prix et monnaie, Pour la Création d'un dividende monétaire.

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Atlantico : Selon Paul Schmelzing de la Yale School of Management, les taux d’intérêt n’ont jamais cessé de baisser depuis la fin du Moyen-Age. Comment les soubresauts de l’histoire n’ont-ils pas impacté ce lent déclin de la valeur de l’argent sur les marchés ? Cette tendance est-elle vraie partout dans le monde ? 

François-Xavier Oliveau : Les travaux remarquables de Paul Schmelzing illustrent ce que je décris dans La crise de l’abondance :  les prix et des services baissent inexorablement avec les progrès technologiques. Le prix de l’argent n’échappe pas à cette tendance. D’abord, le monde a accédé à une ère de stabilité et de sécurité inédite grâce aux progrès de l’état de droit : comme le prix de l’argent rémunère le risque, ce prix baisse logiquement dans un monde plus sûr. Cette tendance s’accélère encore aujourd’hui avec la révolution numérique et avec la maturité des infrastructures, qui réduisent le besoin en capital. Enfin, les politiques monétaires actuelles, fondées sur la création de dette, obligent à une création permanente de dette pour stabiliser des prix structurellement baissiers. La tendance à la baisse des taux est donc structurelle et mondiale.

Si l’on suit cette projection, la baisse des taux d'intérêt se poursuivra-t-elle encore aujourd’hui ? 

Oui, et cette baisse s’accélère. En France, les taux d’emprunt de l’Etats baissent chaque année de 30 à 40 points de base chaque année depuis 40 ans, ce qui est considérable. Qui se souvient que la France empruntait à 17,3% en mai 1981, à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand ? Mais nous sommes désormais à des taux nuls, et aller plus loin serait destructeur :  les taux négatifs à long terme mettent en péril tout le système économique et sapent le modèle des banques et des assurances. Une monnaie d’Etat ne peut fonctionner à taux négatif : qui accepterait de payer pour détenir des euros ou des dollars ? Il y aurait immanquablement une fuite vers d’autres monnaies, notamment des cryptomonnaies.

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Et si les taux d’intérêt ne remontaient plus ?

Nous sommes donc à un point de rupture historique où nous devons inventer une nouvelle façon de gérer l’offre de monnaie. La meilleure solution est d’injecter de la monnaie sans contrepartie dans l’économie pour stabiliser le niveau des prix, ce qui permet de ramener les taux d’intérêt à un niveau constant et légèrement positif. Cette injection peut se faire sous forme d’une distribution directe aux ménages, dont le montant varie chaque mois pour stabiliser le niveau des prix. Aussi étonnante qu’elle puisse paraître, cette solution possède des fondements théoriques extrêmement robustes et justifiés par la baisse constante des prix qui nous procure l’abondance, comme je l’explique en détail dans mon livre.

Cette situation ne peut-elle pas provoquer un risque de fort niveau d’endettement ?

Si nous ne repensons pas la création monétaire, c’est en effet inéluctable. Et cet endettement infini est gravissime. Pas tant pour son remboursement, d’ailleurs, puisque les taux sont durablement et structurellement bas : la dette est ainsi perpétuellement roulée. Mais la création de dette se fait au profit des plus aisés et des Etats, ce qui pose un double problème. D’une part, la dette creuse les inégalités au profit des détenteurs de patrimoines, qui s’apprécient avec la hausse inexorable de la quantité de monnaie. De l’autre, l’endettement infini donne à l’Etat un crédit illimité, gratuit voire rémunéré. En creusant les inégalités et en donnant simultanément à l’Etat les moyens d’intervenir pour les corriger, la dette justifie ainsi, à terme, la mise en place d’un Etat Léviathan très interventionniste, comme l’illustre très bien la crise actuelle. Le défi de la dette n’est pas comptable, il est donc démocratique.

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