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60 ans après le début de la guerre, pourquoi le divorce entre la France et l’Algérie est impossible
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Bonnes feuilles

60 ans après le début de la guerre, pourquoi le divorce entre la France et l’Algérie est impossible

L'auteur retrace l'histoire des conflits entre la France et l'Algérie à partir des attentats du FLN du 1er novembre 1954 jusqu'à nos jours, en montrant que ni l'entente ni la séparation entre les deux pays ne sont possibles. Parmi les causes de cette situation : la primauté des intérêts d'Etat sur les intérêts des nations, et la persistance d'une communauté de destin entre les deux peuples. Extrait de "France Algérie : l'impossible divorce", de Stéphane Babey, publié aux éditions du rocher (1/2).

Stéphane Babey

Stéphane Babey

De mère française et d'un père juif algérien ayant pris le parti de l'indépendance algérienne avant de devoir quitter celle-ci, Stéphane Babey, dans ses écrits, ne cesse de tisser les fils de cette intimité avec lesquelles ces deux pays doivent savoir renouer. Après un roman, L'inconnu d'Alger, et un essai, Camus, une passion algérienne, Stéphane Babeynous livre ici plus qu'un essai, un incessant aller-retour entre ces deux patries qui pour lui ne font qu'une.
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Le divorce entre la France et l’Algérie est impossible. Impensable même tant il serait mortifère pour nos deux pays, pour nos deux peuples.

Au contraire, l’urgence franco-algérienne est là. Bel et bien là. Les deux pays auront beau faire, s’y dérober ne leur servira à rien. Malgré le sale air du temps qui règne en France comme un peu partout en Europe et malgré les restes de rigidité d’un pouvoir algérien vieillissant jusqu’à la caricature.

Oui, la France et l’Algérie se doivent de fonder cette relation nouvelle dès aujourd’hui et ceci pour plusieurs raisons que nous devons considérer comme majeures.

Cette urgence est là parce que, tout d’abord, elle se trouve juste devant moi. Dans les yeux de mon fils qui découvre pour la première fois cette terre et ce peuple dont il ne savait rien, mais qui pourtant, a toujours constitué la part de cette identité que je me dois de lui transmettre. Et les yeux de mon fils ne sont que le reflet de milliers d’autres regards tous tournés vers cette même direction.

Les jeunesses françaises et algériennes ont la chance de ne pas avoir connu ces années durant lesquelles le drame a fait couler tant de sang pour ensuite assécher les coeurs et les âmes. Et le propre de la jeunesse est de toujours regarder en avant. Cet élan, cette envie, cet irrésistible souffle de vie propre à la jeunesse constituent une chance historique d’enfin établir la paix mémorielle entre la France et l’Algérie. Oui, cette paix, nous la devons à notre jeunesse.

Nous la devons à cette jeunesse algérienne et française dont les sangs sont mêlés par l’histoire récente et dont le destin unit à jamais nos deux pays au point d’en renforcer l’intimité pour de longues générations.

Je me suis souvent : aurais-je écrit ces lignes si je n’avais pas moi-même été directement concerné par le sujet. En d’autres termes, si mon histoire familiale et personnelle n’avait pas été liée à cette histoire collective entre la France et l’Algérie. À l’issue de ma réflexion, je crois pouvoir répondre de façon positive. Car cette urgence franco-algérienne, si je la souhaite à l’évidence pour des raisons personnelles, trouve aussi sa nécessité dans des facteurs directement liés à l’avenir de la France et de l’Algérie en tant qu’États et que Nations.

En effet, la France et l’Algérie, certes pour des raisons différentes, sont deux pays en quête de sens. L’Algérie, dans les semaines, mois et années qui viennent, et ceci malgré le résultat attendu à l’avance de la récente élection présidentielle savamment organisée dans quelques coulisses, devra bâtir un projet national fédérateur que l’État n’a eu de cesse de remiser au placard pour mieux préserver quelques intérêts particuliers. La France, elle, hantée par la crise économique, devra savoir se sortir de la spirale d’un repli suicidaire. Aussi, il y a urgence pour nos deux pays à user de leur intimité pour trouver ou retrouver un sens à leur destin. Pour l’Algérie, comme pour la France, il est vital de savoir trouver la voie qui leur permettra de faire partie de ce club au fond très fermé des pays qui comptent dans le monde et qui comptent d’abord pour leur singularité. Or, ensemble, la France et l’Algérie ont justement une singularité à construire et faire vivre. Comment douter que de cette intimité historique puisse naître un modèle de relation entre le monde dit occidental et le monde dit arabe ? Entre, de façon plus générale, les pays du nord et le sud ? Comment douter qu’après des siècles de relations inégalitaires au point de devenir conflictuelles, la France et l’Algérie peuvent ensemble montrer le chemin d’une relation nouvelle ?

Certains ne manqueront pas ici de crier à l’utopie, voire à l’égarement ou à la stupidité. Mais leurs voix ne sauraient porter tant ce sont toujours les mêmes qui, une nouvelle fois, tenteront de vociférer leur obsession du refus de l’autre et de la prétendue pureté identitaire et culturelle.

L’Algérie et la France, chacune dans la singularité de leur histoire respective, ont su être plus fortes que le drame. Ensemble, elles seront capables de bâtir cette relation nouvelle. La sagesse des grandes nations ne réside-t-elle pas dans leur capacité à voir les rayons du soleil par-delà la noirceur de quelques passagers nuages ?

Extrait de "France Algérie : l'impossible divorce", de Stéphane Babey, publié aux éditions du rocher, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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