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A 80 ans d'écart, Léon Blum et François Hollande se sont trouvés dans des situations de crise très similaires
A 80 ans d'écart, Léon Blum et François Hollande se sont trouvés dans des situations de crise très similaires
©Reuters/Flickr

Le combat des chefs

6 ans après la crise de 1929, l'économie avait bien mieux récupéré qu'elle n'est parvenue à le faire depuis 2008 : le match Hollande-Blum

A 80 ans d'écart, Léon Blum et François Hollande se sont trouvés dans des situations de crise très similaires. Il est intéressant d'analyser la manière dont chacun a réagi face à la pression déflationniste.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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« En France, aussi bien dans les milieux officiels qu’académiques, il n’est pas exagéré de dire que la science économique est non existante. La pensée française sur ces questions est dépassée de deux générations. » John Maynard Keynes. Activities 29-31.

La Grande dépression frappe le monde en 1929, et la politique monétaire des Etats-Unis en a été le facteur déclencheur. Il est par contre assez peu claironné que la France y a joué un rôle prépondérant dans son insoutenable volonté de ne pas sortir du carcan de l’étalon or avant 1936. En effet, bien que le Royaume-Uni s’en émancipa avec succès en 1931, les Etats-Unis en 1933, la France a persisté dans cette erreur jusqu’en 1936. C’est ainsi que la France est régulièrement décrite comme la force principale de la pression déflationniste qui s’est exercée sur le monde, notamment à partir de 1930.

De la même façon, et depuis 2008, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont pu se lancer dans des politiques d’expansion monétaire qui leur ont permis de s’extraire du contexte de crise auquel reste soumise l’Europe de la zone euro. Cette Europe qui persiste à voir l’outil monétaire comme une excroissance de son égo économique.

C’est dans ce contexte assez similaire sur le plan économique, car il n’est pas question ici de traiter d‘un contexte politique, que Léon Blum en 1936, soit un peu plus de 6 ans après l’entrée en crise, et François Hollande en 2012, soit 4 ans après, parviennent au pouvoir. Il est alors intéressant de pouvoir comparer les efforts entrepris et la stratégie déployée par les deux dirigeants face à ce contexte macro-économique relativement proche : quelle politique mener face à une pression déflationniste ?

Léon Blum

Léon Blum se retrouve immédiatement confronté aux grandes grèves du mois de Juin 1936, et réagit avec empressement. Un « choc » de l’offre est mis en place, mais dans le sens inverse de celui admis aujourd’hui. Les 48 heures de travail hebdomadaire passent à 40 heures, les congés payés sont instaurés pour deux semaines, et les salaires sont rehaussés de 7 à  15 %, selon les branches. Le choc est violent pour l’industrie française qui va se retrouver très rapidement dans une situation où la nécessité de dévaluer le franc va devenir absolue ; les capitaux fuient le pays. Mais une telle dévaluation était alors perçue comme étant la faute à ne pas commettre, et ce malgré l’évidente réussite britannique de 1931 (Le Royaume a dévalué rapidement sa monnaie dès la seconde année de crise, ce qui va se traduire par une croissance ininterrompue du Royaume jusqu’en 1944). En effet, et comme le relate Marguerite Perrot dans son ouvrage de 1955, « La monnaie et l’opinion publique en France et en Angleterre 1924-1936 », la France est confrontée à une classe politique et à un public totalement opposé à toute réforme par la voie monétaire. La monnaie est réellement perçue comme un artifice et non comme un outil de politique économique. Sur ce point au moins, les idées n’ont pas évolué.

Léon Blum va donc procéder à cette première dévaluation en septembre 36, et ce à l’encontre de ses promesses de campagne. Heureusement. Grâce à cela, et malgré le lourd frein des réformes de l’offre des accords de Matignon, le pays sort de la crise déflationniste qui le frappait. La France compte près de 1 million de chômeurs en 1936, ce chiffre va baisser de 20% dès 1937. Pour schématiser, L’intervention de Léon Blum se résume à de grandes réformes sociales qui vont aggraver l’état de l’économie, grandes réformes qui vont rendre indispensable d’agir par la voie monétaire en dévaluant le Franc. Le Pays sort de la récession.

Le Graphique suivant marque l’impact de la dévaluation de 1936 sur l’économie Française. D’autres dévaluations suivront.

Source: The French Depression in the 30’s. Portier & Baudry.

François Hollande

Depuis l’année 2008, et à l’instar de la grande dépression, la France et l’Europe se retrouvent confrontées à une crise de grande ampleur. Une  crise diagnostiquée comme monétaire par les Etats-Unis, par le Royaume-Uni et tant d’autres, mais une crise budgétaire selon les « experts » européens. François Hollande est ainsi élu en mai 2012.

La politique menée par le Président est considérée comme une ligne sociale-démocrate basée sur une double volonté : ne pas creuser les déficits, et depuis peu, mettre en place une politique de l’offre en baissant le coût du travail. Il est déjà intéressant de noter que la question monétaire est absente de cette pensée, ce qui rappelle la citation de Keynes du début de cet article.

Car François Hollande, après bientôt deux ans d’exercice du pouvoir, a pu procéder à l’exact inverse de la politique de Léon Blum. Aucune action monétaire n’est envisagée, et bien que le statut de la Banque centrale européenne lui rende la tâche difficile, il est à noter qu’aucun acte n’a été entrepris, ni un mot prononcé en faveur d’une refonte monétaire européenne. Sur cette question, et pour le moment, le vide est total. D’un point de vue budgétaire et de la politique de l’offre, les déclarations du 14 janvier dernier sont claires, la ligne est posée : « c’est l’offre qui crée la demande ». L’austérité budgétaire est cumulée à l‘austérité monétaire de la BCE. Ainsi et sans surprise, depuis 2012, Le chômage ne va cesser d’augmenter et la croissance va rester totalement atone, mais la stabilité des prix sera préservée.

Près de 80 années séparent les deux périodes, et si un point peut être mis en avant, il s’agit bien de celui-ci : nous n’avons rien appris, rien. Il semble que la France ne se soit toujours pas rendu compte de son rôle majeur dans la grande dépression de 1929, malgré les nombreuses recherches effectuées en ce sens.

« L’impact déflationniste des politiques monétaires des deux pays (France et Etats-Unis) a été également important entre 1929 et 1930, alors que l’impact déflationniste de la France sur le monde est devenu dominant en 1931 et 1932 », Did France cause the great depression ? Douglas Irwin. National Bureau of Economic Research.

De son côté, Léon Blum avait enclenché le cercle des dévaluations, mais cette décision fut bien trop tardive pour permettre de rattraper les effets dévastateurs de la politique déflationniste française du début des années 30. François Hollande dispose d’une chance historique en ayant la capacité institutionnelle de relever le défi de la politique monétaire européenne. Si son mandat peut encore servir à quelque chose, l’objectif est clair : réformer la BCE. Car il n’est pas inutile de rappeler, comme le notait le prix Nobel Paul Krugman récemment, que les dirigeants européens sont en train de commettre l’incroyable exploit de faire moins bien (en termes de retour à la croissance) que l’Europe des années 30.

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