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Valérie Pécresse prononce un discours lors d'une audition des candidats à la présidence par l'association des maires de France, le 15 mars 2022.
Valérie Pécresse prononce un discours lors d'une audition des candidats à la présidence par l'association des maires de France, le 15 mars 2022.
©Alain JOCARD / AFP

Les Républicains

5ème position pour Valérie Pécresse dans les sondages : LR est-il définitivement dévitalisé ?

Contrairement au PS, Les Républicains avaient réussi à préserver une vraie influence pendant le quinquennat de Macron. 2022 marque-t-il pour le parti de droite l’entrée dans le même coma avancé que le parti à la rose ?

Julie Graziani

Julie Graziani

Julie Graziani est éditorialiste et essayiste. Elle analyse l'actualité politique pour BFM TV et l'émission 28 Minutes sur Arte. Elle a publié "Tout le monde peut s'en sortir" aux Editions de l'Observatoire, un essai consacré à la mobilité sociale. 

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : Dans un sondage OpinionWay - KéaPartners publié le mercredi 16 mars, Valérie Pécresse est placée en 5ème position des intentions de vote, derrière Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon. Est-ce le signe d’un mal plus profond chez LR ? Si ce score se vérifiait en avril prochain, le parti risquerait-il de subir un destin comparable à celui du PS, après l’élection d’Emmanuel Macron et l’échec de Benoît Hamon ?

Julie Graziani :A titre personnel, j'avais analysé dès le début du mois de janvier qu'un dévissage de Valérie Pécresse était inéluctable. Doublement concurrencé sur son centre par Emmanuel Macron et sur sa droite par Eric Zemmour, son espace politique tenait plus du corridor que du boulevard. Un parti qui échoue trois fois de suite à la Présidentielle, dont deux fois sans qualification au second tour est relégué en deuxième ou troisième division. Alors, oui, il y a eu des succès aux régionales. En trompe l'oeil, car cela accélère en fait la décomposition du parti en figeant des logiques de baronie qui ne parviennent plus à porter une ambition nationale : voir la relégation de Laurent Wauquiez, l'incapacité de Xavier Bertrand à revenir de la région à la nation, les stratégies personnelles de Renaud Muselier et Christian Estrosi dans le sud.

Maxime Tandonnet : D’abord, il faut rappeler que des élections auront lieu en avril. D’ici là, beaucoup de choses peuvent se produire. Maintenant, en se situant dans l’hypothèse que vous évoquez, c’est-à-dire celle d’un effondrement de la candidature de Valérie Pécresse, il est clair que les conséquences seraient dramatiques pour la droite. Un troisième échec consécutif aux élections présidentielles risquerait de l’affaiblir durablement. Un destin comparable à celui du PS constitue un scénario plausible : une partie rejoignant le camp macroniste, et une autre, étant tentée par les extrêmes. Il resterait un parti croupion à quelque 2% des voix. Ce scénario ne me semble pourtant pas être le plus probable. Une vaste frange de l’opinion n’est séduite ni par le macronisme ni par les droites dites nationales. Au-delà de l’hypothèse d’un piteux résultat à l’élection présidentielle, cette frange de l’opinion que l’on peut qualifier de démocrate et de libérale, sera toujours en quête d’une troisième voie qui se traduira dans les urnes en d’autres occasions. Les législatives seront importantes à cet égard : se traduiront-elles par un raz-de-marée macroniste ou une volonté de rééquilibrage, autour de préoccupations intérieures, après le sacre du « chef de guerre » ? 

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Faut-il chercher dans cette débâcle annoncée un manque de ligne idéologique claire, avec une droite plus centrée sur les libertés et une autre plus axée sur les souverainetés ? Valérie Pécresse peut-elle être tenue pour responsable de cette situation ?

Julie Graziani : L'absence de ligne idéologique claire est souvent mise en cause mais ce n'est pas réellement cela le problème. En fait, le corpus de valeurs de la droite est toujours assez clair et il est bien proposé tel quel à chaque élection : punir la délinquance plutôt que l'excuser, baisser les dépenses publiques, préserver un substrat culturel commun, envisager l'immigration sous l'angle des problèmes qu'elle pose et promettre de la réduire, alléger la fiscalité et les charges, croire au ruissellement pour résoudre les inégalités. Le problème tient au fait que cette ligne n'est pas tenue pour une raison psychologique avant tout : la hantise d'être considéré comme "trop à droite". Je mets au défi quiconque d'être capable de savoir, à partir du texte sans autre indication, si un discours d'Eric Ciotti ne devrait pas plutôt être attribué à Eric Zemmour et inversement. Mais l'un est perçu comme (encore) fréquentable et l'autre non. Or, on peut basculer très vite dans la mauvaise catégorie : souvenez-vous du mauvais procès fait à François Xavier Bellamy au moment des élections européennes. Ses réserves personnelles à l'égard de l'IVG l'ont ostracisé. Pourquoi ? parce que c'est un chiffon rouge pour la gauche et que personne ne pouvait risquer sa réputation en ayant l'air de dire que cette sensibilité là peut coexister avec d'autres au sein du même parti. Ce qui terrifie la droite, c'est la menace du grand déclassement républicain. Il y a eu un moment de grâce avec Nicolas Sarkozy qui a su porter une droite réellement "décomplexée" mais dès 2012, on a recommencé à entendre la petite musique du "trop à droite" et il a perdu. Valérie Pécresse a avalisé en décembre et janvier toutes les décisions du gouvernement en matière sanitaire avec cette même obsession d'être raisonnable, de ne pas s'associer aux protestataires renvoyés à la sphère des extrêmes. Elle a renoncé à tenir des meetings pour ne pas s'exposer aux reproches d'avoir favorisé des contaminations. Elle incarne et perpétue cette docilité de la droite qui est le prix à payer pour être considéré comme "une droite de gouvernement" ou "une droite républicaine". Ecoutez d'ailleurs dans cette expression comme Valérie Pécresse fait toujours porter l'accent tonique non pas sur le mot "droite" mais sur le mot "républicain" et même sur sa première syllabe. C'est le mot le plus important des deux à ses yeux.

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Maxime Tandonnet :  Valérie Pécresse a été gravement desservie par le contexte : des trahisons spectaculaires au pire moment pour elle, un climat de mépris et de moquerie à son égard répandu dans la presse et les médias, enfin la guerre d’Ukraine qui a achevé de la déstabiliser en valorisant le président-candidat. Elle-même a déçu lors de son discours du zénith beaucoup trop long et confus s’empêtrant dans des déclarations contradictoires, mais aussi lors de son débat avec Eric Zemmour en donnant dans une virulence qui est à contre-emploi de sa personnalité. Elle n’a pas jusqu’à présent réussi à trouver le bon ton. Avec l’élection présidentielle, on est dans une bataille d’émotions autour d’images personnelles bien plus que dans le combat d’idées. Pour l’instant elle n’est pas parvenue à imposer une image…  

En 2017, malgré les affaires de François Fillon, la droite avait sauvé les meubles et gardé de l’influence pendant le quinquennat, dans l’opposition. Mais dans quelle mesure Les Républicains payent ce qu’ils ont fait (ou pas fait) pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron ? Quelles ont été les plus grosses erreurs du parti lors de ces cinq dernières années ?

Julie Graziani :Consolider l'angoisse du "trop à droite" en évinçant Sens Commun parce qu'ils étaient issus de la Manif pour tous et que ça la fichait mal, en présentant Laurent Wauquiez comme un danger justifiant que Xavier Bertrand, Valérie Pécresse et quelques autres quittent le parti pour sauver leur âme (parce qu'il avait fait rentrer Sens Commun), en écartant Eric Zemmour de la primaire  pour les mêmes raisons d'affichage moral (alors que ça eut été le meilleur moyen de le neutraliser), en ne portant aucune opposition autre que verbale et de pure forme au gouvernement en place, en ne faisant plus vivre ce qui est pourtant l'ADN de la droite : la défense des libertés. Le goût de la sécurité l'a emporté à droite sur l'attachement aux libertés. Et je ne parle pas que de leur atonie à l'égard du pass sanitaire puis vaccinal. Le programme de Valérie Pécresse fourmille de propositions autoritaires et interventionnistes. On n'y trouve presque rien du "laisser faire" propre au libéralisme.

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Maxime Tandonnet : C’est toujours facile après-coup… mais il me semble que le parti a eu tort de se focaliser trop longtemps sur la candidature à la présidentielle, des débats qui ont duré des mois ou des années sur la question des primaires ou de la modalité de désignation de leur candidat. Ils en ont complétement délaissé le débat d’idées sur la préparation de l’avenir, la réflexion sur le devenir de la démocratie française et des libertés. Ils se sont trop facilement soumis au jeu des slogans par exemple pour ou contre la thèse du « grand remplacement » qui ont écrasé les débats sur les questions de fond. Ils n’ont cessé de courir après les uns et les autres, soit les macronistes soit les partisans de Mme le Pen ou de M. Zemmour. Ils ont renoncé à être eux-mêmes, leur identité profonde qui est à la fois l’ordre et la défense de la liberté. Enfin, leur complaisance envers les gesticulations aussi inefficaces que liberticides et démagogiques du pouvoir macronien face au covid 19 fut probablement l’erreur – ou la faute – la plus lourde. Ils avaient une occasion de s’en démarquer et d’afficher leur personnalité. Ils ne l’ont pas saisie.

La dévitalisation du parti Les Républicains est-elle inévitable après l’élection présidentielle de 2022 ? Quelles sont les alternatives ? Une atomisation plus grande encore du paysage politique ?

Julie Graziani : Oui, mais cela tient aussi à la fragmentation générale de la société en identités particulières. Les communautés politiques tendent à se rétrécir, reflet d'une plus grande intransigeance de chacun sur le corpus de valeur qu'il considère comme non négociable. C'est une tendance lourde de nos sociétés alimentée par la moralisation du débat public. Notre système majoritaire à deux tours n'est plus adapté à ce nouveau contexte: il crée le syndrome du "vilain petit canard", celui qu'on juge indigne d'être intégré à la vie politique et qui rumine sa frustration dans son coin. Il faut aller vers une proportionnelle franche aux législatives (pas "une dose de proportionnelle"). Cela permettra à chaque communauté d'idées de se sentir représentée et les obligera à travailler ensemble, donc à renouer avec la tolérance.

Maxime Tandonnet : Attendons le résultat ! Mais dans l’hypothèse d’une réélection de M. Macron, à la faveur de circonstances exceptionnelles – le covid19 puis de la guerre en Ukraine ayant entraîné un phénomène légitimiste – les années qui viennent ne peuvent qu’être extrêmement difficiles pour l’équipe au pouvoir. Le contexte a fait oublier que M. Macron est impopulaire. Il commencerait son second quinquennat en étant déjà rongé par l’usure du pouvoir. Lui et son équipe devront faire face à l’amoncellement des difficultés économiques, financières, sociales et sécuritaires dans un climat extraordinairement explosif. Les Français pourraient alors être tentés se tourner à nouveau vers une opposition de droite. Cela dit, dans un contexte politique en pleine décomposition, celle-ci devra se réinventer. Le RN sortira lui aussi très affaibli d’un troisième échec de sa championne et le huitième de la même famille... De nouvelles équipes doivent s’affirmer à travers des hommes et femmes qui n’ont jamais trahi ni par le vote ni par les idées, à l’image de personnalités comme Julien Aubert, David Lisnard, Olivier Marleix ou Valérie Boyer, etc. Les hommes et femmes qui émergeront du chaos devront porter la révolution nécessaire autour de la volonté de réconcilier la politique avec les idées et le bien commun plutôt que les délires narcissiques. 

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