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250e anniversaire du concours : l'agrégation, une "tradition d'avenir" contestée
©Reuters

Travailler moins pour gagner plus

250e anniversaire du concours : l'agrégation, une "tradition d'avenir" contestée

Alors que les étudiants qui ont durement préparé leur agrégation s’apprêtent à passer difficilement leur concours en période de contestation sociale, il est important de revenir sur le prestige et les tensions qui entourent ce statut professoral. 250 ans après le premier concours, les acteurs de l'enseignement s'interrogent.

Martine Daoust

Martine Daoust

Ancienne rectrice de l'académie de Limoges (2008 à 2010) et de Poitiers (2010 à 2012). Agrégée en sciences du médicament, elle a publié chez Albin Michel : La réforme… oui mais sans rien changer.

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Atlantico : Il y a 250 ans, pour combler le vide laissé par l'exil des Jésuites, l'agrégation était créée pour former des professeurs compétents. En 1950, pour répondre entre autres à la démocratisation de l'enseignement, était créé le statut de CAPES, plus facile d'obtention, avec lequel le statut d'agrégation cohabite depuis. Qu'est-ce qui justifie cette dualité ? 

Martine Daoust : Il s’agit de savoir ou non si l’on veut une filière d’excellence dans le professorat. Le fait de présenter l’agrégation comme tel montre qu’on oublie bien souvent l’autre voie d’excellence, celle du doctorat. Quand on sait qu’on observe aujourd’hui un refus systématique quand il s’agit d’envisager des processus de sélection en master à l’Université, il faut voir dans le maintien du statut d’agrégé un reliquat d’une éducation élitiste que l’on semble parfois décrier trop facilement aujourd’hui. Mais aussi déplorer ce privilège au sein des élites de l’éducation.

Nécessaire pratiquement pour être titulaire en classe préparatoire, l'enseignant agrégé représente une certaine vision de l'enseignement supérieur que décrient les tenants d'une vision plus égalitaire. En quoi est-ce symptomatique de notre façon de concevoir l'éducation ?

Les enseignants agrégés sont reconnus pour leur forte connaissance disciplinaire. Ainsi ils ont une propension à transmettre plus de connaissances, avec une certaine méthodologie de travail qui est parfois décriée comme en décalage avec les attentes des élèves, parents et chefs d’établissement. On peut en effet s’interroger sur le but d’une telle visée pédagogique en classe de lycée, voire de collège pour une partie d’entre eux. Il faut savoir cependant que notre modèle ne pousse pas nécessairement les agrégés à devenir enseignants. Ils sont très nombreux à abandonner leur mission éducative pour d’autres activités, et le diplôme d’agrégé a de fait une certaine valeur sur le marché du travail. 

Il est important de souligner que le statut de l’enseignant agrégé induit trois heures de travail en moins par semaine et une rémunération de 25% supérieure à celle du CAPES. C’est le seul système où celui qui travaille le plus est payé le moins. 

Il existe ensuite une possibilité pour les titulaires du CAPES de passer agrégé en fin de carrière, et ce pour récompenser leur excellence. Ce mouvement est marginal et représente moins de 10% des agrégations. 

Cependant, il faut dire que l’on peut faire autre chose que l’agrégation et être un excellent spécialiste.

L'école change, mais finalement assez peu le statut de cet enseignant. Peut-on envisager une évolution de ce statut ?

C’est une question très politique... Il me semble qu'une hausse des rémunérations de ceux qui travaillent plus serait une bonne possibilité à étudier pour sortir de ce système très inégalitaire. On pourrait dire la même chose en regardant les conditions salariales de l’université, qui coûte en plus très cher ! Et trouver un moyen pour maintenir un niveau d’exigence et de travail pour l’agrégation comparable à celui que l’on peut trouver à l’université.

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