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Prospective 2021

2021, et après : devant un "Pearl-Harbor" cyber ou militaire, les États occidentaux peuvent-ils encore réagir ?

A l'occasion de la fin de l'année 2020, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de s'interroger sur l'année à venir. A quoi pourrait bien ressembler 2021 ? Xavier Raufer évoque les menaces sur le plan de la cybercriminalité dans le sillage de l'affaire SolarWinds.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Partant d'exemples et cas récents, tentons d'envisager ce qui nous attend, plus loin sur la route ; ce qui revient à poser une (grave) question : saurions-nous réagir à temps, face à un violent choc stratégique ? Des cas récents en font douter ; mais avant de les exposer, bref retour sur Pearl Harbor et ses séquelles.

Les rapports suivant l'attaque sont limpides : Pearl Harbor résulte d'une grave incapacité de Washington à croire à l'attaque de Tokyo. Jamais en effet, le Pentagone n'a si bien connu les plans de l'ennemi : codes secrets nippons cassés ; alertes répétées des services spéciaux britanniques ; l'ambassadeur du Pérou à Tokyo prévient : l'attaque japonaise débutera par un raid-surprise sur Pearl-Harbor. En juillet 1941 enfin, le colonel américain William Farthing écrit une note d'alerte que la commission d'enquête qualifie après-coup de "prophétique dans sa précision, voire troublante dans sa prescience des plans ennemis".

Réaction de Washington ? "Ils n'oseront jamais". Résultat : 2 400 morts, 180 avions détruits, 10 navires coulés. Au moins, l'Amérique réagit-elle vite et fort à la provocation : le lendemain, le congrès US déclare la guerre au Japon.

Sans remonter au 11 septembre 2001, avons-nous récemment éprouvé de tels chocs stratégiques ? Oui bien sûr ; et les réactions officielles devant un tel "raidissement singulier de la chose importune, du fortuit", comme dit la philosophie, inquiètent plutôt.

ARABIE SAOUDITE, 14 septembre 2019 à l'aube : parmi les plus grands au monde, les complexes pétrochimiques d'Abqaiq et Khurais sont écrasés par une volée de missiles de croisière ; or dans une péninsule arabe grouillant de radars et de défenses anti-balistiques, nul n'a vu ces missiles s'envoler et filer vers leurs cibles ; n'a donc pu les intercepter. Abasourdis, les experts israéliens bouleversent leurs jugements sur les capacités balistiques iraniennes. Et ce n'est que le 1e décembre 2020 qu'un éditorialiste du New York Times fait timidement allusion à un possible "Pearl Harbor" dans la péninsule.

WASHINGTON, le 8 décembre 2020. Une société privée de cyber-sécurité (elle-même piratée) révèle le pire hacking jamais commis. Nom de code SUNBURST. Un ami de l'auteur, officiel américain éminent, lui dépeint une nomenklatura de Washington "blême, épouvantée", devant le sidérant cyber-braquage, huit mois durant et sans que nul n'ait rien vu, des dispositifs TOP-SECRET du gouvernement et de la défense des États-Unis. Avant d'émerger, gifle suprême, la veille du jour où le Collège électoral déclare Joe Biden formellement élu président.

Department of Homeland Security et sa Cybersecurity & Infrastructure Security Agency (CISA)... NSA... US Cyber Command... CIA... FBI...... Aveugles et depuis lors muets, malgré les dizaines de milliards dépensés pour blinder l'informatique officielle américaine. Des intrusions inouïes au Pentagone, dans les ministères régaliens et groupes américains sensibles : défense, finance, etc. Huit mois pour tout y piller, y installer des logiciels malveillants. Les "clouds de défense" et la Nuclear Security Administration (qui protège l'arsenal nucléaire US) pourraient avoir été pénétrés. Pour la CISA "un risque grave pour le gouvernement fédéral... les infrastructures essentielles et le secteur privé".

Bien sûr, on apprend ensuite que la société SOLARWINDS ("vents solaires"), dont le logiciel Orion fut le cheval de troie des pirates (soi-disant Russes, sans preuve à présent) n'avait pas de directeur de la cyber-sécurité, les codes d'accès de ses cadres circulant sur le Darknet. Son mot de passe pour télécharger ses mises à jour ? solarwinds123.

PARIS, décembre 2020 : Facebook et Instagram suppriment un dispositif de faux comptes de propagande, favorables à notre présence militaire en Afrique et hostiles aux djihadistes du Sahel. l'interférence politico-diplomatique, dit Facebook, émane "d'individus liés à l'armée française". "Interférence étrangère" signifie : fausses pages et comptes créés par des individus X opérant depuis un pays Y, pour y influencer des internautes d'une zone Z : 84 profils, 6 pages et 9 groupes Facebook, 14 comptes Instagram, plus des comptes YouTube et Twitter. En même temps, deux autres systèmes de "guerre de l'information", eux Russes, sont aussi radiés de Facebook et d'Instagram. Seulement, la Russie possède une myriade de ces "armes informationnelles". Et la France ? Disposons-nous aujourd'hui d'autres cyber-réseaux pour notre guerre d'influence en Afrique ? Espérons-le.

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