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1990-2014 : la grande gentrification, ou comment Paris s’est débarrassée de ses classes moyennes tout en voyant sa population (légèrement) augmenter
©Reuters

Boboisation

1990-2014 : la grande gentrification, ou comment Paris s’est débarrassée de ses classes moyennes tout en voyant sa population (légèrement) augmenter

D'après les statistiques publiées ce jeudi par l'INSEE, la population parisienne n'a augmenté que de 3,4% au cours des 25 dernières années. Mais derrière cette apparente stabilité se cache une mutation sociologique profonde de la capitale française.

Atlantico : D'après les statistiques publiées ce jeudi par l'INSEE, la population parisienne n'a augmenté que de 3.4% au cours des 25 dernières années. Que masque cette apparente stabilité en termes de flux sociologiques ?

Laurent Chalard : Si le volume de la population parisienne n’a guère évolué au cours des vingt-cinq dernières années, cela ne signifie aucunement que son profil sociologique est identique du fait du renouvellement permanent de la population de la capitale. En effet, la population résidente aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a 25 ans, étant donné un turn-over important. Chaque année, de nombreux jeunes étudiants et actifs très diplômés arrivent dans Paris alors qu’elle est quittée massivement par des familles avec enfants et des retraités.

Or, sur le plan sociologique, ces flux migratoires ne sont pas sans conséquences, comme l’a montré la géographe Anne Clerval dans son ouvrage de référence Paris sans le Peuple. La part des cadres résidents à Paris a sensiblement progressé, atteignant le chiffre remarquable de 43 % de la population active en 2012, soit bien plus qu’en moyenne nationale (15,5 % à la même date), alors que celle des ouvriers a régressé fortement, pour ne représenter plus que 7 % de la population active parisienne contre 22,7 % à l’échelle nationale, comme celle des employés, qui sont désormais moitié moins nombreux que les cadres, soit 20 % de la population active. Paris s’est donc incontestablement embourgeoisée, connaissant, ce que les chercheurs en sciences sociales dénomment, un processus de gentrification.

Quelles sont les causes profondes de ces mouvements?  Quelles sont les spécificités de la capitale française dans un mouvement qui semble globalisé? Comment les politiques publiques menées au cours des dernières années ont-elles pu contribuer à ce phénomène? 

Pour bien comprendre ce qui se passe, il faut dans un premier temps élargir la réflexion à l’ensemble de l’agglomération parisienne. Dans ce cadre, la mondialisation se traduit spatialement par un phénomène de métropolisation, c’est-à-dire de concentration dans les grandes agglomérations des activités économiques à haute valeur ajoutée, dont plus particulièrement le tertiaire supérieur, qui emploie une main d’œuvre très qualifiée. Les métropoles, dont l’agglomération parisienne fait partie, voient donc leur pourcentage de cadres croître de manière importante au fur-et-à-mesure du temps.

Cependant, les cadres ne se localisent pas de manière homogène au sein des grandes métropoles, privilégiant certains territoires et délaissant totalement d’autres. Si dans certaines régions du monde (Amérique du Nord ou Royaume-Uni), leur lieu d’habitat favori correspond aux quartiers pavillonnaires des périphéries urbaines, par contre, dans d’autres métropoles, dont Paris, ces populations préfèrent habiter au cœur de la métropole pour diverses raisons : la présence d’un patrimoine historique extraordinaire, une offre commerciale spécifique héritée, très différente de l’offre commerciale banalisée des grands centres commerciaux périphériques, une offre culturelle diversifiée, une ambiance urbaine attractive, le fameux sentiment d’urbanité très recherché par les "bobos", favorisé par les politiques publiques.

En effet, la municipalité de Paris a engagé depuis plusieurs décennies un processus de réhabilitation des quartiers anciens dégradés de l’Est parisien, mettant en place une offre culturelle adaptée à ces populations, que ses détracteurs diront exclusive, et menant des politiques répondant aux demandes des "bobos" comme la limitation de la place de la voiture… Ces différentes actions ont grandement renforcé son attractivité auprès des cadres, d’autant que parallèlement les banlieues, en-dehors des communes limitrophes de Paris s’inscrivant dans la même logique, voyaient leur cadre de vie se dégrader.

Quels seraient les remèdes pouvant être apportés à une telle situation ? Que gagnerait Paris en s'ouvrant à une plus grande mixité sociale ? Qu'en est-il pour la population actuelle? 

Il est difficile de répondre à cette question car la politique de la municipalité de Paris ne laisse pas penser que cette dernière perçoit réellement cette situation comme problématique, nuisant au bon fonctionnement de la ville. En effet, Anne Hidalgo poursuit la politique effrénée visant à satisfaire tous les désidératas de sa clientèle électorale "bobo" et donc conduisant au renforcement de la gentrification de la capitale. Cette gestion révèle un certain côté "République parisienne", c’est-à-dire un développement égoïste au sein de la métropole dont le principal objectif est de concentrer les richesses uniquement au sein de Paris intra-muros, même si les discours prônent l’inverse.    

En conséquence, la réouverture de Paris à une plus grande mixité sociale permettrait surtout de décharger (partiellement néanmoins) le fardeau de la banlieue, qui se voit obliger de loger, plus ou moins difficilement, une large partie des populations de classes moyennes et paupérisées. Paris n’y gagnerait finalement pas grand-chose, c’est pour cela que la municipalité ne s’efforce pas plus que cela à instaurer une mixité sociale, non voulue par ses électeurs effrayés par la dégradation de la qualité de vie en banlieue, même s’ils s’en défendent. Ce n’est pas les quelques logements sociaux construits dans le 1XVIème arrondissement qui vont globalement modifier la donne !

Pour la population actuelle, le principal apport d’une plus grande mixité sociale serait une meilleure compréhension des problèmes que rencontrent les autres populations franciliennes, ce qui pourrait engendrer une remise en cause partielle d’un modèle de développement uniquement orientée vers la satisfaction des besoins d’une minorité, les "bobos", au sein de la métropole.

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