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"Ce rapport a pour vocation d’attendrir les Commissaires européens".
"Ce rapport a pour vocation d’attendrir les Commissaires européens".
©Flickr/Bart Fields

Noël en avance

1,7% en 2015, 2% en 2016 et 2017 : Bruxelles risque d'avoir du mal à croire aux prévisions de croissance française

Après que SFR a rendu public l'incident ayant entrainé l'annonce d'une "fausse" baisse du chômage, ce sont les prévisions de croissance du gouvernement qui laissent dubitatif.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Le gouvernement croit-il au père Noël ? Ce n’est pas impossible en regardant les prévisions de croissance et pour les prochaines années qu’il a adressé à la Commission de Bruxelles. En effet, selon le rapport économique et financier établi par le gouvernement, la croissance du produit intérieur brut (PIB) sera de 1,7% en 2015 puis de 2% par an en 2016 et 2017. Toujours optimistes, les autorités françaises ont annoncé que le taux de prélèvements obligatoires diminuera en 2017, à 45,8% du PIB après 46,1% entre 2014 et 2016. Dans les prévisions adressées en avril à Bruxelles dans le cadre du programme de stabilité, les prélèvements obligatoires devaient rester globalement stables, à 46,5% jusqu’en 2016, avant une légère baisse, à 46,3% en 2017. De même, le gouvernement prévoit que les dépenses publiques se contracteront de 3 points de PIB entre 2013 et 2017. Le déficit public serait ramené de 3,6 à 1,2 % de 2013 à 2017.

Ce rapport a pour vocation d’attendrir les Commissaires européens et démontrer que la France est sur la bonne voie. Il n’est pas certain que la Commission de Bruxelles prenne pour argent comptant les prévisions idylliques françaises.

Pour obtenir la réduction du déficit public, le gouvernement fait le pari du retour de la croissance qui permet d’augmenter les recettes en volume tout en diminuant leur poids par rapport au PIB. Cette solution est fréquemment utilisée pour réduire la dérive des comptes ou pour minimiser les impasses. Ainsi, le Conseil d’Orientation des Retraites et la Commission Moreau ont, en matière de retraite, procédé de même en retenant dans les faits un taux de croissance de 2% et un taux de chômage moyen de 7%.

Cette croissance virtuelle permet également au gouvernement de souligner dans le rapport sur le sujet de la réduction du déficit public que « L’effort portera uniquement sur la dépense en deuxième partie de législature ».

Comment le gouvernement peut-il retenir un tel taux de croissance quand la croissance de 2013 devrait être nulle et que celle de 2014 devrait se situer entre 0,6 et 0,9 % ? Ces prévisions sont établies en se fondant sur le niveau de croissance passé et en intégrant un rattrapage économique par rapport aux dernières années. La sortie de la récession de l’Europe du Sud est également prise en compte. La direction de la prévision du ministère de l’Economie repose sur des modèles d’inspiration keynésienne qui valorise le rôle de la consommation et minimise l’impact des prélèvements obligatoires. Une autre analyse est possible. En effet, le sous-investissement des entreprises depuis quatre ans réduit leurs capacités de rebond et de réponse face à une demande extérieure. La France tire peu profit des reprises d’activité à la différence de l’Allemagne. S’il n’y a pas d’amélioration du taux d’emploi et compte tenu des faibles gains de productivité, la croissance potentielle se situe autour de 0,7 %. Cette croissance est celle de l’économie française en dehors de chocs extérieurs positifs ou négatifs. En intégrant la meilleure santé de la zone euro, nous pouvons envisager une croissance de 1 à 1,2 % dans les prochaines années. Or, une telle croissance serait insuffisante pour régler les problèmes de déficit.

Certes pour atteindre un taux de croissance de 2 %, le gouvernement admet qu’il faudra moderniser le marché du travail. Or pour le moment, à l’exception de l’accord interprofessionnel du début de l’année, les mesures prises aboutissent plus à alourdir le coût du travail qu’à fluidifier le marché du travail. De même, le gouvernement attend une reprise de l’investissement mais n’incite guère les entreprises à se projeter dans l’avenir.

La France a obtenu un délai de deux ans pour revenir sous la barre des 3 % de déficit public. En l’état actuel des réformes mises en œuvre, sans coup de pouce du destin, l’objectif apparaît difficilement atteignable sans un nouveau tour de vis fiscal. Avec la série d’échéances électorales à venir, le gouvernement essaie de montrer un visage plus lisse en la matière. Il n’en demeure pas moins que les économies annoncées ne sont pour le moment pas à la hauteur des engagements pris. La question est de savoir si l’Europe et les marchés seront séduits par les talents d’illusionnistes des autorités françaises.

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