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"Une petite bande d’imbéciles et d’irresponsables" : a-t-on vraiment tout dit sur la phrase d’Edouard Philippe ?
©FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Réponse politique

"Une petite bande d’imbéciles et d’irresponsables" : a-t-on vraiment tout dit sur la phrase d’Edouard Philippe ?

Edouard Philippe a qualifié ce lundi de "petite bande d'imbéciles et d'irresponsables" les individus qui ont pris pour cible samedi des policiers et un chapiteau de cirque lors d'une soirée de violences urbaines dans les Yvelines, à Chanteloup-les-Vignes.

Vincent Tournier

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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« Une petite bande d’imbéciles et d’irresponsables ». Avec cette formule, prononcée à Chanteloup-les-Vignes après une nouvelle série de violences urbaines, le premier ministre Edouard Philippe a suscité une flopée de réactions indignées ou ironiques. A juste titre car cette étrange façon de caractériser les auteurs de violence,très euphémisée, presque surréaliste, restera certainement comme une belle illustration de la cécité qui habite une partie des élites, et de la distance qui sépare celles-ci de la réalité que vivent nombre de Français.

Pourtant, ces mots prononcés par le premier ministre ne sont pas les seuls à susciter de l’intérêt. La suite de la phrase, qui n’a curieusement pas été commentée, mérite en effet qu’on s’y arrête. 

Voici ce qu’a dit exactement le premier ministre : « Nous déplorons évidemment ces actes imbéciles et violents (...). Je crois qu'en vérité il s'agit d'une petite bande d'imbéciles et d'irresponsables qui pensent que tout casser est une façon de faire avancer les choses ».

C’est cette formule « faire avancer les choses »qui interpelle. Que signifie-t-elle exactement sinon que, pour le premier ministre, les casseurs ne sont finalement que des gens bien intentionnés, certes un peu énervés (et accessoirement utilisateurs de méthodes contestables), mais qui cherchent avant tout à œuvrer pour le bien public ? Ne laisse-t-elle pas entendre que les actes de vandalisme sont le fruit d’une révolte légitime destinée à hâter l’intervention de l’Etat pour améliorer le sort des habitants ?Certes, les auteurs de ces violences n’ont pas choisi la bonne méthode (tout casser, ce n’est pas bien) mais si leur méthode est critiquable, leur motivation n’en reste pas moins très noble : ils veulent faire bouger les choses. Ce sontdonc des progressistes à leur façon, ils sont en marche, ils sont comme nous. 

En dévoilant de la sortel’état de son inconscient, le premier ministre ne confesse pas seulement son manque de prise de conscience desenjeux, il fournit égalementune clef de compréhension de sa politique. A quoi bon, en effet, vouloir prendre à bras-le-corps le problème des banlieues puisque les problèmes ne sont pas si graves ? Pourquoi faudrait-il se donner tant de peine, dépenser tant de moyens,si au bout du compte les destructions et les violences ne sont que l’expression de braves citoyens certes un peu désorientésmais qui n’aspirent en réalitéqu’à vivre comme tout le monde, avec pour seule préoccupation le bien-être de leur prochain ? La situation n’est donc pas si grave et la solution est à portée de main. A la limite, une bonne dose de démocratie participative devrait y suffire : asseyons-nous tous ensemble autour d’une table, prenons la peine de discutercalmement, et tout devrait rentrer dans l’ordre. Avec un peu de bonne volonté, il devrait être facile de convaincre les trafiquants et autres caïds locaux qu’au lieu de bêtement brûler et détruire, il existe bien d’autres moyens pour « faire avancer les choses », comme créer une association d’aide aux devoirs, collecter des cadeaux pour les fêtes de fin d’année, organiser des ventes de livres d’occasion, fonder un club de jeux de société, repeindre les halls d’immeuble. Et pourquoi pas, après tout ?

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