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 S’alimenter en fonction de son patrimoine génétique pour maigrir ? L’idée de régime très moderne qui... ne fonctionne pas du tout
©Reuters

Régime ADN

S’alimenter en fonction de son patrimoine génétique pour maigrir ? L’idée de régime très moderne qui... ne fonctionne pas du tout

On sait que la technologie sur les tests ADN se démocratisent, on a pu le voir avec les recherches généalogiques etc. Visiblement il y a aussi tout un commerce de test ADN qui se développe. La compagnie Orig3n par exemple se targue de mettre au jour les liens entre nos gènes et notre façon de penser, d'agir et de ressentir. Ainsi, il y aurait plusieurs domaines sur lesquels on pourrait agir : notre régime, notre forme physique, et même de notre préférence pour le vin.

Jean-Louis  Serre

Jean-Louis Serre

Jean-Louis Serre est professeur de génétique à l’Université de Versailles, il est l'auteur de 'La génétique' dans la collection 'Les idées reçues' chez Le cavalier bleu.

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Atlantico : Un test ADN peut nous dire si tel ou tel régime est le plus efficace en fonction de nos gênes. Avant de savoir si cela peut fonctionner, comment se test fonctionne d'après vous ? 

Jean-Louis Serre : Des compagnies comme Orig3n ou 23and Me se plaisent à développer tout un business sur la crédulité des gens et l’ampleur des fantasmes diffusés sur les réseaux quant à l’informativité de l’ADN.

S’il est vrai que les empreintes génétiques se révèlent un outil puissant dans l’identification judiciaire et même que l’étude génomique d’un individu migrant, récent ou ancien, confrontée aux bases de données populationnelles de plus en plus fournies, peut permettre de situer de mieux en mieux son origine, il n’est pas vraiment possible d’évaluer, sur une étude génomique individuelle, les risques relatifs à des maladies, encore moins les facteurs, favorables ou non, à des caractéristiques comme le QI, la réussite scolaire ou sociale ou « notre façon de penser » comme le prétend cette société Orig3n.

En effet, cela reviendrait à considérer que « tout » serait inscrit dans nos gènes, l’idée la plus stupide qui soit et que des générations de généticiens tentent d’éradiquer depuis près d’un siècle. Si des caractères comme la couleur des yeux ou les groupes sanguins,  se développent en fonction d’informations génétiques sans prise de la part d'effets de l’environnement, on sait que les caractères comme la sensibilité à de nombreuses maladies, les facultés intellectuelles ou artistiques ou encore la criminalité résultent essentiellement des expériences acquises par l’individu et qu’il n’a jamais été possible de mettre en évidence des facteurs génétiques déterminants.

Cela ne signifie pas que de tels facteurs sont inexistants mais simplement que leur action, s’ils existent, entre en relation avec l’intégration de l’expérience vécue par l’organisme qui la mémorise (flore intestinale, immunité, langage et structuration de la pensée) pour conduire au développement d’un individu.

Les études génomiques sur de tels caractères n’ont pas plus de valeur prédictive que le fait d’être du signe de la vierge ou du taureau et, par référence à l’astrologie, sont souvent définies comme de la « génomancie ».

Ce qui est grave dans cette histoire est que ce type de démarche ne met pas seulement en cause l’ignorance, compréhensible, de la population sur ce qui relève de la génétique mais que sa crédulité est stimulée par des actions commerciales mensongères et  surtout par des campagnes idéologiques où renaissent régulièrement les relents de l’eugénisme et du racisme.

Si on veut s’intéresser au futur et aux destins des citoyens, il est urgent de s’intéresser à l’éducation dans la famille, dans l’école et dans la cité plutôt que d’imaginer qu’ils sont inscrits dans leurs gènes.

Les scientifiques du Stanford Prevention Research Center ont comparé l'efficacité des régimes faibles en gras et faibles en glucides dans un essai contrôlé d'un an impliquant plus de 600 sujets. Les chercheurs ont également examiné si les gènes des sujets testés avaient un impact sur leurs résultats. Au final, aucune différence. Existe-t-il vraiment un lien entre notre code génétique (nos gènes) et la manière dont nous devons nous comporter pour une perte de poids ?

Cette étude de Stanford confirme ce que la majorité des généticiens ne cesse d’affirmer et que nous avons développé plus haut : comment imaginer que le fait d’être porteur d’une combinaison particulière de trois gènes PPARG, ADRB2, et PABP2, pourrait affecter de façon significative l’effet d’un régime alimentaire quand on imagine la complexité de la physiologie et de la force mentale au regard de ce qu’il peut y avoir dans le génome ?

Si les scientifiques s'accordent pour dire que le "régime ADN" ne fonctionne pas, ils précisent tout de même que le temps pourrait arranger les choses. Concrètement, peut-on voir un jour apparaître des "régimes ADN" efficaces selon-vous ? 

On connait des régimes efficaces, notamment le régime crétois, depuis bien avant que de vendre des profils génomiques aux gogos qui peuplent les réseaux.

Pour le reste, je rappelle que Cyril Burt a inventé toutes ces paires de jumeaux vrais pour pouvoir démontré que le QI était héréditaire parce que cette question n’a pas de sens pour un scientifique et relève de l’idéologie.

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