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 Rester en contact avec ses amis, c’est fini : comment Facebook n’a plus rien à voir avec ce qu’il était à sa création
©Reuters

Réseaux sociaux

Rester en contact avec ses amis, c’est fini : comment Facebook n’a plus rien à voir avec ce qu’il était à sa création

Facebook n'a plus grand chose à voir avec ce qu'il était à l'origine. Il n'est désormais plus questions de garder contact avec ses "amis" mais d'utiliser le réseau social aussi à des fins professionnels.

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini

Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine. 

 

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Atlantico : Facebook va bientôt permettre à des entreprises de publier des offres d'emploi sur son réseau social. Une mesure qui concurrencera directement LinkedIn, ou son équivalent français Viadeo. Qu'est-ce que ce nouveau service nous révèle de l'utilisation que nous faisons du réseau social, et notamment de notre rapport à ce qui est privé sur internet, de la barrière entre vie intime et professionnelle en ligne ?

Nathalie Nadaud-Albertini : Le fait que Facebook rende bientôt possible la publication d’offres d’emploi montre une évolution. Lors de son appariation, on considérait que ce réseau fonctionnait en circuit clos en n’incluant que des proches. Une sorte de club privé numérique où l’on pouvait prendre plaisir à un entre-soi, sans regard extérieur. On pensait donc que l’on pouvait s’y comporter comme à une soirée entre amis, et y poster des contenus (écrits ou images) illustrant l’amitié et la complicité, y compris sous forme de « délires ». Puis, est arrivée la crainte qu’un éventuel employeur prenne connaissance de ces récréations numériques. On disait alors : « attention aux comptes Facebook à votre nom ! Les employeurs regardent ! Créez des comptes sous pseudos ! ». A partir de ce moment, on a pris conscience que Facebook n’était pas uniquement un entre-soi intime mais une véritable mise en scène publique de soi. Certains ont alors créé différents comptes : un public sous leur véritable nom, un privé sous pseudo.  Certains se sont contentés de créer un compte sous pseudo pour n’utiliser le réseau social qu’avec des proches. A l’heure actuelle, le Facebook sous pseudo n’est plus possible, ou du moins il restreint beaucoup l’usage du réseau, quand il n’est pas carrément suspect. Car aujourd’hui les employeurs disent : « vous n’avez pas de Facebook ? Qu’avez-vous donc à cacher ?! ». Et finalement la majorité des utilisateurs se sert de Facebook sous  son véritable nom. On fait tout sur un même compte, mais on ne le fait pas au même endroit.

En bref, on est passé d’une utilisation très personnelle, réservée à un cercle d’intimes, à une utilisation plus publique et plus protéiforme où l’on mélange vie privée et vie professionnelle.

Après l'engouement "indiscipliné" pour les réseaux sociaux au début des années 2 000, pensez-vous que les utilisateurs aient pu acquérir une certaine maturité en ligne ? Accès à l'information, vitrine professionnelle... Comment l'utilisation de Facebook par ses membres a-t-elle évolué ces dernières années ?

Disons que les utilisateurs se sont familiarisés avec Facebook et qu’ils ont appris à l’utiliser sur plusieurs niveaux allant de l’intime au professionnel. Il y a une sorte de topographie du compte Facebook qui aménage des lieux plus ou moins privés ou plus ou moins publics selon les cas. Bien sûr, on peut toujours paramétrer son compte pour le restreindre aux amis et ne rendre son contenu accessible uniquement par des amis. C’est possible,  mais dans les faits, c’est très contraignant. Car cela prive l’utilisateur de possibilités de rencontres potentiellement intéressantes qu’il ne pourrait pas faire grâce aux interactions de sa vie quotidienne. Donc la plupart des gens ont une utilisation similaire de Facebook, sur plusieurs niveaux.

Souvent, le « journal » (l’ancien « mur ») est pensé comme une sorte de lieu public où n’importe qui peut venir. On n’y postera que ce que l’on serait prêt à présenter de soi  sur une place publique, un peu comme on le ferait sur Twitter mais avec un nombre de caractères plus élevé. Les échanges à caractère plus personnel se font en messages privés via Messenger ou par la création de groupes qui prend part à tel ou tel événement, l’organisation d’un anniversaire ou le fait d’aller ensemble à un spectacle par exemple.  D’ailleurs, l’habitude d’utiliser d’autres réseaux sociaux comme Twitter considérés comme plus publics que Facebook a aidé à identifier le niveau de publicité ou d’intimité requis en fonction de l’endroit où on se trouve sur Facebook. Tout comme la panique suscitée par le « faux bug » de 2012. Vous savez, cette information qui avait circulé fin 2012 selon laquelle il y aurait eu un bug sur le réseau social qui aurait dévoilé publiquement certains messages privés. En fait, les utilisateurs pensaient avoir posté ces contenus de façon privée alors qu’elles l’avaient été sur leur « mur », c’est-à-dire publiquement. Et d’autant plus publiquement que le paramétrage de ce qui était privé ou public avait subi des modifications en 2009 et en 2010. C’est-à-dire qu’un utilisateur non attentif ou qui aurait suivi les recommandations de Facebook aurait vu devenir publics des contenus auparavant uniquement accessibles à ses amis. De tels « incidents » ont incité les utilisateurs à séparer vie privée et vie publique sur Facebook.

L’habitude de voir au fil du temps Facebook utilisé par des marques ou de personnes publiques a également contribué à amener les utilisateurs à naviguer entre la dimension privée et la dimension professionnelle/publique sur Facebook. Quitte à les mêler parfois. Par exemple, un ami vous invitant à aimer la page d’une marque de T-shirts est la traduction numérique d’une conversation que l’on aurait pu avoir en face-à-face à propos de cette marque. Sur le mode du : « J’aime bien ces T-shirts, tu connais ? 

-          Non. C’est quoi ?

-          Ce sont de T-shirts qui … etc. ».  

Le fait que son compte Facebook devienne de plus en plus une vitrine publique laisse-t-elle la place à d'autres réseaux sociaux qui eux proposeraient un vrai espace dédié à ses amis, à sa famille ? 

J’ai envie de vous répondre : oui et non… Oui, parce que l’envie d’un réseau qui serait un lieu numérique réserve aux intimes reste tentante. Mais, je me demande si cela ne relève pas de l’ordre du fantasme. Car, les gens ont pris l’habitude d’utiliser les réseaux sociaux y compris pour leur caractère public. Et puis, il y a aussi le fait que l’on se dit que plusieurs réseaux sont nés sous le signe d’un entre-soi en ligne, et ont ensuite évolué vers des usages plus publics et plus professionnels, Facebook ou MySpace notamment. 

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