"Numéro une" : Hommes, femmes et la conquête du pouvoir; c'est la guerre | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"Numéro une" :   Hommes, femmes et la conquête du pouvoir; c'est la guerre
©Bouffesdunord.com

Atlanti-culture

"Numéro une" : Hommes, femmes et la conquête du pouvoir; c'est la guerre

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
Voir la bio »
CINEMA
NUMERO UNE 
Drame sociétal de Tonie Marschall.  
Avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clement, Benjamin Biolay, Richard Berry, Sami Frey, Francine Bergé, Anne Azoulay, John Lynch, Bernard Verley, Jérôme Deschamps
RECOMMANDATION : EXCELLENT
THEME
Ingénieure appréciée au sein d’une société énergétique, Emmanuelle Blachey est approchée par trois membres du réseau d’influence féminin Olympe. Elles lui demandent de se porter candidate au poste de Présidente de la Société du Cac 40 Anthea dont le PDG agonise. Si elle y parvient, elle deviendra la première femme à accéder à un tel poste. Autant dire que l’enjeu dépasse ses indéniables compétences professionnelles. 
Entre sa vie de famille, ses succès professionnels, son père qui vient de faire un AVC et le deuil inachevé de sa mère décédée quand elle avait 10 ans, Emmanuelle hésite. Puis accepte. Or, secondé par son factotum Marc Ronsin, Jean Beaumel, homme du sérail misogyne et hautain, a lui aussi son candidat. La guerre est déclarée…
POINTS FORTS
Qui aurait cru l’agréable mais inégale Tonie Marshall susceptible de réaliser, pour son neuvième film, une œuvre aussi forte, exemplaire et “culottée” que ce réjouissant Numéro Une ?
Sorte de Margin Call (2011) à la française (ici l’expression comme la comparaison n’ont rien de péjoratif), mûri durant plus de six ans, Numéro une dresse effectivement et sans concession, sur des images soignées, le constat fouillé, terrible et instructif d’un pouvoir économique et politique dont une certaine élite masculine se croit la détentrice naturelle.
De la vulgarité des propos à l’utilisation des réseaux, des coups bas à la manipulation médiatique, du mépris à la veulerie, rien n’est oublié jusqu’à en devenir révoltant. On pourrait espérer caricaturaux ces comportements et les répliques les plus épouvantables relatés sous la férule de la journaliste politique du Monde Raphaëlle Baqué. Hélas, non seulement ils résultent des témoignages de femmes qui ont eu à les subir, d’Anne Lauvergeon à Laurence Parisot, mais la réalisatrice confie avoir même dû les édulcorer !
Grâce à une mise en scène pleine de sensibilité, un tempo tendu sans être compulsif et alternant judicieusement moments d’humour, d’amour, de tension, d’exploration du système et de vies privées… la réalisatrice confère de bout en bout à son récit une atmosphère de polar sociologique, social et politique haletant dans lequel Emmanuelle Devos se révèle très crédible, Richard Berry odieux à souhait et Benjamin Biolay élégamment cynique.
Plus discrètement, on apprécie l’utilisation symbolique de la mer, matrice et fonts baptismaux, dans laquelle l’héroïne devra se replonger pour achever son deuil tout comme le joli message final sur la transmission (par la femme) en parfait contrepoint de celui du père d’Emmanuelle, prof de philo à la retraite.
POINTS FAIBLES
D’aucun regrettera légitimement une structure narrative classique (hésitations de l’héroïne, acceptation, attaques de ses ennemis, son retrait puis son retour et sa réussite) le choix de mettre au second plan les hommes, la vie privée de l’héroïne ou encore la relation entre Benjamin Biolay et Richard Berry. Conséquences de coupes décidées au montage afin de rester centré sur l’histoire principale ?
EN DEUX MOTS
On entend souvent dire que s’il y avait plus de femmes, le monde serait moins violent. Ce film permet d’affiner cette antienne quelque peu éculée. En effet, en l’ayant axé sur la conquête de la gouvernance et non sur ses aléas une fois acquise, Tonie Marshall nous fait réaliser (si on ose l’écrire ainsi) que c’est le principe même du pouvoir, vécu comme substitut de la guerre avec ce qu’il induit de valeurs mâles, qui  produit des vainqueurs et un monde à la dureté plus ou moins feutrée. Il appert donc qu’il tient moins du genre (une femme devant user de méthodes traditionnellement masculines) que de son essence même. Rien que pour cette mise en perspective, ce film est méritoire.
UN EXTRAIT
Ou plutôt deux:
 - “Quand tu n’as pas le choix, commande ”. Son père à Emmanuelle.
- “C’est ta croisade, après tout”. Gary à son épouse Emmanuelle.
LE REALISATEUR
Née le 29 novembre 1951 à Neuilly-sur-Seine (92) de l’actrice Micheline Presle et du réalisateur US William Marshall, Tonie Marshall est actrice, réalisatrice et scénariste et, à ce jour, la seule femme à avoir reçu le César du meilleur “réalisateur” avec la comédie dramatique Venus Beauté (Institute) en 2000. 
Elle débute au cinéma en jouant dans L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune, de Jacques Demy (1972), puis enchaîne dans des séries TV sans quitter le milieu du cinéma. 
En 1990, elle passe à la réalisation avec Pentimento, puis Pas très catholique (1994) et Enfants de salauds (1996) dont elle écrit par ailleurs les scenarii. Nos lecteurs intéressés par sa filmographie pourront compléter utilement cette liste non exhaustive via Internet. 
Tonie Marshall dirige maintenant la société de production qu'elle a créé en 1993 : TaboTabo Films.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !