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Bonnes feuilles

"Mon Précieux" : la symbolique de la Communion avec Dieu pour Tolkien, célébrée dans l’Eucharistie, face à l’inexorable quête du sens de la vie

Philippe Verdin publie "Mon Précieux ! Bonne Nouvelle en Terre du Milieu" aux éditions du Cerf. Qui sait que Tolkien a bâti son oeuvre de bout en bout sur le christianisme ? Voici les clés qui permettent de comprendre l'ambition et le succès d'une saga mystique à l'écho planétaire. Extrait 2/2.

Gollum appelle sans cesse l’anneau, avec une sorte de sifflement : «mon préccccccieux»! Il l’invoque jusque dans ses rêves. Bilbo, malgré sa résistance, commence, lui aussi, à confesser que l’anneau lui est «précieux». Le Seigneur des anneaux pose la question : pour moi, lecteur, qu’est-ce qui est le plus précieux ? Quel est mon trésor ? Qu’est-ce qui ruinera ma vie si je le perds ? Mon amoureux (se) ? Tant mieux! Mon chez moi, mon confort, ma collection de timbres? Hum… On a vite fait de se moquer de Gollum. «Mon précccccieux!» Mais qu’en est-il de nos propres attaches, de ces biens qui nous ralentissent, nous encombrent, nous obnubilent ? De ces biens qu’on considère comme notre dû et qui nous semblent si précieux qu’on gâche des amitiés, des liens familiaux, qu’on sacrifie des heures d’émerveillement gratuites à les contempler, les caresser, les protéger. Toutes ces vaines convoitises qui nous rongent, le «précieux» du voisin qu’on voudrait nôtre…Le rappeur Soprano chante son Précieux, objet de tous ses soins et de tous ses soucis: son téléphone portable…

Avant même d’embrasser ma femme je te prends par la main, puis je te caresse le visage pour voir si tout va bien: tellement inséparable qu’on part ensemble au petit coin ! Je te partage ma vie, au lieu de la vivre. Tu me partages la vie des autres pour me divertir. Je ne regarde plus le ciel depuis que tu m’as pris mes yeux dans tes applis, baby. Mon précieux, mon précieux, mon précieux!

Pour Boromir, le précieux c’est Minas Tirith. Pour Gandalf, c’est toute la Terre du Milieu. Pour Aragorn, sa fiancée Arwen. Pour Saroumane, les divinités froides et désincarnées de «la Connaissance, la Domination, l’Ordre». Pour Sauron et Gollum, l’anneau. L’un le veut pour le pouvoir, l’autre parce que c’est son bien. Tous les deux parce que l’anneau est devenu une partie d’eux-mêmes. Sans lui, ils se sentent diminués. Pour les Hobbits, leur chère Comté paisible et prospère. Quel bien convoité depuis longtemps et enfin obtenu me comble durablement de paix et de joie ? Pour Tolkien, c’est la communion avec Dieu. Le Pentateuque d’Alexandrie parlait déjà de Dieu en l’appelant «mon Précieux» ! Bigre ! Tolkien ouvre son cœur dans une lettre à Christopher:

Je te livre la seule chose grandiose qu’il faut chérir sur terre: le Saint sacrement […]. Tu y trouveras l’idylle, la gloire, l’honneur, la fidélité et le véritable chemin que doivent prendre toutes tes amours sur terre.

La communion avec Dieu adoré dans l’eucharistie. Vingt-deux ans plus tard, Tolkien n’a pas changé de Précieux. Dans une autre lettre à Christopher, il renchérit:

Le seul remède à la foi qui flanche et faiblit est la Communion. Bien qu’il reste tel qu’en lui-même, parfait, complet et intact, le saint-Sacrement n’agit pas totalement et une fois pour toutes en aucun de nous. Tout comme l’acte de foi, il doit être permanent et s’affirmer par la pratique. La régularité est d’une extrême efficacité. Sept fois par semaine est plus nourrissant que sept fois séparées par des intervalles.

Tolkien parlait d’expérience. Il se rendait à la messe tous les dimanches, mais aussi à toutes les grandes célébrations et fêtes des saints. Il faisait célébrer des messes pour ses amis et ses proches. Il participait régulièrement à la dévotion du Saint-Sacrement exposé dans l’ostensoir sur l’autel.

Dès mon enfance, je me pris d’amour pour le Saint Sacrement – et par la miséricorde de Dieu, je ne m’en suis jamais dépris. […] J ’ai ressenti l’appel silencieux et incessant du Tabernacle, et éloigné de la messe, l’impression de mourir de faim.

Quatre ans avant sa mort, devenu vieux et célibataire, il résume ainsi le sens de sa vie (et de son œuvre ?):

Le but premier de l’existence, pour n’importe lequel d’entre nous, est d’améliorer selon nos possibilités notre connaissance de Dieu, par tous les moyens dont nous disposons, et qu’elle nous incite à le louer et le remercier.

C’est le principe des Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola: «L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, notre Seigneur», à quoi Tolkien ajoute la nécessité de mieux le connaître. Pour un chrétien, les moyens simples de la connaissance divine sont la Bible, la Parole de Dieu qui dit tout ce qu’on peut savoir sur Dieu raconté par lui-même, la prière et les sacrements. Tolkien a beaucoup fréquenté la Bible, comme on l’a remarqué. Il a pratiqué la prière silencieuse dans l’adoration et la prière commune des fidèles à la messe. Il a vécu des sacrements qui l’ont guidé, nourri, encouragé. 

Son grand œuvre, Le Seigneur des anneaux, est tout imprégné de cette connaissance de Dieu et de la louange. Faire une œuvre de cette envergure, n’est-ce pas légitime à ses yeux à condition que l’on soit un subcréateur, un inventeur de monde à l’école de Dieu qui créa le monde? Qu’on puisse paisiblement et gratuitement être emballé par la lecture ou la relecture du Seigneur des anneaux. Qu’on puisse aussi découvrir, à travers cette romance, le chant secret de son auteur, la louange émerveillée devant la beauté du monde, le courage des femmes, la fidélité des hommes, l’amour des humbles, la toujours possible conversion des méchants et la discrète Providence divine.

Extrait du livre de Philippe Verdin, "Mon Précieux ! - Bonne Nouvelle en Terre du Milieu", publié aux éditions du Cerf.

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