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"Missy" : Un portrait décapant et passionnant de la Belle Epoque
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"Missy" : Un portrait décapant et passionnant de la Belle Epoque

A travers le récit de la longue et triste vie de Mathilde de Morny, François-Olivier Rousseau restitue brillamment la Belle Epoque, avec tout ce qu'elle a représenté d'hypocrisie et d'excès tapageurs.

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

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L'auteur

Né en septembre 1947, François-Olivier Rousseau fut critique littéraire au Matin de Paris à la fin des années 1970 avant de se consacrer à l’écriture et de multiplier les prix littéraires. Exilé volontaire à l’île de Man, il se spécialise ensuite dans l’étude d’une « Belle Epoque » élargie, de Napoléon III à la première guerre mondiale (romans, biographies, scenarios). A noter sa participation comme coscénariste au très beau film de Tavernier « la Princesse de Montpensier » (2010).

Thème

La longue et triste vie de Mathilde de Morny  marquise de Belbeuf (1863-1944), dite Missy,  « phénomène hybride » dont personne ne se souviendrait sans sa  liaison avec Colette (pimentée par le scandale du Moulin Rouge) qui la transcenda sous le sobriquet de « la Chevalière » dans son roman « le Pur et l’Impur ».

L’occasion pour l’auteur de brosser un tableau décapant de la Belle Epoque, son grand monde et son demi-monde, où foisonnent les personnages hors-norme aux filiations douteuses et les invertis des deux sexes, sur fond d’hypocrisie et d’excès tapageurs.

Points forts

1 - La grange tendresse du biographe pour Missy,  cet « être inachevé »  qui porte pantalon et fume le cigare parce que sa vraie nature est d’être un homme, rejetée à la fois par les lesbiennes occasionnelles qui se méfient de ce travesti assumé et par le  milieu huppé dont elle est issue. 

Morphinomane, végétaliste avant l’heure, velléitaire sans talents définis, elle doit à sa  confortable fortune, dilapidée peu à peu par générosité et incurie, de pouvoir « s’offrir » de jeunes amantes intéressées et ingrates  (seul, le génie de Colette lui évite d’être classée parmi celles-ci).

2 - La description hilarante de la cour en exil d’Isabelle II d’Espagne « dans les traditions conjuguées du roi Pétaud et de la mère Ubu dont la souveraine a justement le physique » (p. 49).

3 – Des personnages typés : Colette, bien sûr, fantasque et roublarde,  jouant l’enfant étourdie à près de quarante ans;  Willy, viveur et tricheur,  qui, par intérêt,  pousse Colette dans les bras de Missy;  la princesse Troubetzkoy, née d’une danseuse de corde; le  duc de Sesto, beau-père indulgent,  qui consacra sa fortune à la restauration de la monarchie espagnole; le marquis de Belbeuf, éphémère mari de convenance; Sacha Guitry, dont l’amitié sans failles, ne se démentira jamais…

La plupart des écrivains, poètes, peintres, demi-mondaines, aigrefins, aristocrates  fin-de-race  qui traversent cette fresque déroulée sur trois guerres ont droit à de petits portraits bien sentis qui les font vivre comme de vieilles connaissances.

Points faibles

1 -  Paradoxalement, la très grande proximité de l’auteur avec ses multiples  personnages. Ce qui lui paraît évident ne l’est pas forcément pour le lecteur moins averti. 

2 - Une écriture pleine d’humour mais assez torturée.

En deux mots

L’histoire tragique d’un « faux-semblant », né dans les fastes de l’Empire pour finir à 81 ans, la tête dans un  four.

Une phrase

p. 232, à propos du réel talent de serrurier de Missy , cette plaisante dénonciation du snobisme :

«Il n’y a pas que Mozart qu’on assassine ; l’absurdité des préjugés sociaux et la vanité des familles sacrifient tous les jours, sans doute, d’incomparables plombiers, de providentiels électriciens, de rares pâtissiers, pour tailler dans ces belles dispositions innées, des magistrats bornés, de lymphatiques diplomates et de mornes commis d’Etat, aigris dans leurs compétences contrefaites. » 

Recommandation : EXCELLENT

MISSY

de François-Olivier Rousseau
300 pages
Editions Pierre Guillaume de Roux
22.90 €

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