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#MakeOurDemocracyGreatAgain : ce droit d’inventaire des 40 dernières années que les élites doivent aux Français (avec ou sans gilets)
©JEFF PACHOUD / AFP

La vérité en face

#MakeOurDemocracyGreatAgain : ce droit d’inventaire des 40 dernières années que les élites doivent aux Français (avec ou sans gilets)

La France a raté la phase de mondialisation entamée depuis 40 ans et en a perdu le contrôle. Il faut le reprendre, sans rejeter la mondialisation en tant que telle, ce qui serait un projet politique à la fois toxique et vain.

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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Emmanuel Macron fait un étrange transfert sur la transition écologique : en voulant convaincre les Français que la planète ne sera pas sauvée s’ils ne changent pas leurs modes de consommation, il s’évite de voir que son monde, ouvert, mobile, agile, plus confortable et prospère que jamais –et nos démocraties libérales par la même occasion- ne le seront pas non plus sans une profonde refonte des règles de la mondialisation. 

Et qu’entre les avantages acquis des #GiletsJaunes et ceux des classes favorisées, le réglage ne peut se faire sans affecter aussi réellement ces dernières. Il y a plus de passions tristes -car égoïstes- à vouloir sauver l’univers des fortunes créées dans ce nouvel âge d’or, le new Gilded Age des Américains, de Gatbsy le magnifique au Loup de Wall Street en quelque sorte- qu’à vouloir défendre la dignité de son mode de vie comme tentent de le faire les gilets jaunes. 

A l’heure où la presse étrangère commence à percevoir elle-même les failles du mode de gouvernance de son Manu aux mains d’argent, l’homme qui allait sauver l’Occident des vents mauvais populistes, le réveil risque d’être brutal si le gouvernement ne se met pas en situation d’entendre que les aspirations des gilets jaunes ne sauraient être résumées à l’amertume de ploucs émissaires imposant leur inculture, leur amertume ou leurs radicalités. Les mauvais -et inexcusables- coups dispensés sur les rond-points de France n’épuisent en rien la légitimité de l’inquiétude des plus de 70% de Français qui approuvent le mouvement (Elabe pour BFM) ou encore des 66% sui ne comprennent pas la politique menée par Emmanuel Macron et des 75% qui s’en sentent exclus (Ifop pour Synopia-Atlantico). Et proposer un pacte de la transition écologique pour mieux l’accompagner socialement comme compte le faire le gouvernement mardi prochain ne devrait pas suffire à calmer les colères à moyen terme. 

La trajectoire ascendante connue par les sociétés occidentales depuis les débuts de l’ère industrielle n’est plus qu’un pâle souvenir en Europe. Nous ne sommes pas seulement dans le deuil des trente glorieuses et dans une ère de trente piteuses qui n’en finiraient plus. C’est un autre mouvement historique impensé par nos élites démocratiques qui s’est ouvert. Celui du défi qui consiste à faire vivre ensemble les gagnants de la nouvelle mondialisation entamée depuis les années 80 et ceux qui non seulement n’ont plus l’espoir que leurs vies s’améliorent de décennies en décennies ou de génération en génération mais qui voient même désormais leurs conditions de vie et de santé se dégrader. Maintenir son espérance de vie a commencé à devenir un sport de riches dans les pays qui eux-mêmes sont pourtant les plus favorisés au monde. 

Les élites technocratiques françaises qui peut-être plus encore qu’ailleurs vivent en pleine consanguinité avec les élites économiques doivent aux Français un droit d’inventaire des choix politiques, économiques et sociétaux faits depuis plus de 30 ans. Où sont passées les promesses de la déréglementation, de l’ouverture des frontières ou de la construction européenne transformée en obsession monétaire mono-maniaque ? 

Le monde de la mesure -au sens de modération- d’avant la chute du mur de Berlin n’est plus. La contrainte de la menace révolutionnaire et des tanks soviétiques y était peut-être pour beaucoup mais l’humain n’avait pas été éjecté de la gestion de nos sociétés. Le grand paradoxe étant d’ailleurs que l’archaïsme avec lequel bien des combats sociaux ont été menés dans ce pays (sur les retraites ou le temps de travail notamment) s’est puissamment conjugué avec la capacité des plus dynamiques et des plus enclins à comprendre l’intérêt qu’il y avait à exploiter les failles du système (optimisation fiscale par exemple). 

Ceux qui résument le défi politique actuel à la difficulté de mener des réformes dans un pays de Gaulois réfractaires s’appuient sur un caractère national objectif. Mais ils oublient que la transformation de la France -nouvelle sémantique choisie par le camp de la raison pour parler des réformes- échouera nécessairement si elle est réduite à une mise en œuvre de best-ofs de rapports de la Cour des Comptes. Nous avons loupé la phase de mondialisation entamée depuis 40 ans et en avons perdu le contrôle. Il faut le reprendre. Pas rejeter la mondialisation en tant que telle, ce qui serait un projet politique à la fois toxique et vain. Nous devons en revanche regarder en face les erreurs qui nous ont mené là où nous en sommes aujourd’hui. 

Nous ne sortons pas de trois décennies d’excès du libéralisme mais de trois décennies de renoncement au libéralisme et à ce que le conservatisme porte intrinsèquement en lui de défense de l’humain, tant les oligopoles, les distorsions de concurrence et l’aveuglement sur l’impact social de certaines exigences de rentabilité intenables ont rendu le « système » intenable. 

Nos clercs n’ont pas seulement trahi, ils sont défaits dans tous les sens du terme. 

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