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"Ma mère, cette inconnue" : trop, c'est trop...
©REUTERS/Tony Gentile

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Dans son dernier livre, Philippe Labro veut absolument nous montrer que sa mère a connu un destin terrible. Certes sa mère a vécu des choses affreuses mais tout n'a pas été un calvaire. A trop vouloir prouver, ça finit par devenir agaçant.

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

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LIVRE
MA MERE, CETTE INCONNUE
de Philippe Labro
Ed. Gallimard
17 €
RECOMMANDATION : A LA RIGUEUR
THÈME
Henriette Carisey dite Netka, est issue de trois générations de femmes seules : Joséphine, fille de ferme, née de père inconnu, et Marie-Hélise, sa fille, séduite par le comte Henryk Slizien, richissime « Magnat » polonais,  qui ne reconnaît pas Henri et Netka,  les deux enfants illégitimes qu’elle lui donne,  mais assume leur entretien. Les bambins sont confiés dès leur naissance à Manny, vraie mère de substitution, puis à « Marraine » qui, à Versailles,  prend le relais avec autant d’amour, élève les petits comme les siens et assure leur tutelle à la mort tragique de leur père putatif. Mariée très jeune à Jean Labro de vingt ans son aîné,  mère de quatre garçons, Netka, dévotieusement servie par Maïté après son veuvage, s’éteint à 99 ans entourée de l’affection des siens, enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, honorée comme « Juste parmi les Nations » par Yad Vashem et chevalier de la Légion d’Honneur. 
POINTS FORTS
1 - Un beau portrait de femme forte et aimante, entièrement tournée vers les autres, attentive à ses fils et à leurs enfants, capable de prendre de vrais risques pour protéger les familles juives qu’elle héberge pendant la guerre.
2  - L’amour sans failles que se portent Jean et Netka Labro  pour le meilleur et pour le pire.
3 - Le personnage d’Henri, le frère très aimé, aussi réservé que Netka est exubérante, qui, lui, a retrouvé -et rencontré- sa famille polonaise quand sa sœur y est restée parfaitement indifférente.
POINTS FAIBLES
1 - Le ton forcé jusqu’au drame.
Il est question d’« enfant-valise », déposée par une mère dénaturée  chez des étrangères et ignorée par son père, d’adolescente nostalgique réfugiée dans ses poèmes et  humiliée par un professeur, d’une carrière de journaliste avortée,  d’une année sinistre cernée de fonctionnaires…
Mais Manny et Marraine ont aimé Netka comme leur fille : on est loin des enfants ballottés de famille d’accueil en famille d’accueil au gré des décrets de la DASS ; le comte polonais (qui fait finalement un grand-père très présentable)  a pourvu à l’entretien de sa fille  jusqu’à sa propre  mort ; la carte de presse de « l’Essor Artistique » découverte par Labro peut  n’être que le témoin d’un « petit boulot » d’étudiant  et l’année passée dans une administration prouve simplement que la jeune fille n’a eu aucune difficulté à trouver du travail après ses études.
Enfin, griffonner à 15 ans des poèmes sur un cahier d’écolier n’est pas obligatoirement le signe d’un futur Rimbaud frustré de gloire pour se consacrer à sa famille.
 2 - Une  sensiblerie exacerbée.
 Labro veut absolument faire de la vie de sa mère un calvaire mais ce sont ses propres tourments qu’il explore. Son frère Claude ne                      s’y est pas trompé, qui lui dit p.69: « arrête donc de vouloir n’en faire qu’une victime, arrête de la décrire comme la malheureuse petite                   polonaise délaissée, humiliée ! »
EN DEUX MOTS
La vie d’une épouse et d’une mère comblée racontée par un fils dépressif et vaguement coupable ("Mais, l’ai-je assez aimée ?" p.179) qui tente de « faire pleurer dans les chaumières » avec des malheurs dont elle-même n’eût sans doute pas conscience.
Cette existence de privilégiée justifiait-elle un récit pleurnichard ? Netka aurait probablement répondu non.
UN EXTRAIT
p. 110 c’est Netka qui parle :
« J’ai subi des épreuves. J’ai l’air tendre, mais je suis dure. Je suis forte. Il n’est nul besoin de raconter ces épreuves, de revenir là-dessus, se complaire ou s’apitoyer. Il faut vivre, car la vie est belle».
Tout est dit.
L’AUTEUR
Né en1936 à Montauban, Philippe Labro a fait une belle carrière de journaliste dans la presse écrite et audiovisuelle jusqu’à occuper la vice-présidence de RTL. Egalement réalisateur,  parolier et écrivain,  il est l’auteur d’une vingtaine de romans, plus ou moins autobiographiques, dont, en 2003,  un témoignage sur la dépression, "Tomber sept fois, se relever huit". 
 Il reçoit le prix Interallié 1986 pour "L’Étudiant étranger" et manque deux fois le Goncourt pour « Un été dans l’ouest » et « Le petit garçon ». Il est Commandeur de la Légion d’Honneur.
Depuis mars 2017, il anime sur CNews, l'émission hebdomadaire Langue de bois s'abstenir.

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