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"Le Tour de l'Oie" d'Erri De Luca : une leçon quasi fraternelle d'humanisme
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"Le Tour de l'Oie" d'Erri De Luca : une leçon quasi fraternelle d'humanisme

LECTURES D'ETE: Notre sélection des meilleurs livres des 10 derniers mois. AUJOURD'HUI: "Le Tour de l'Oie" d'Erri de Luca, aux éditions Gallimard.

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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LIVRE

Le Tour de L’Oie 

Ed. Gallimard

RECOMMANDATION


            EXCELLENT


THEME

Le Tour de l’Oie, trente-deuxième livre d’Erri De Luca, est une bouteille à la mer. Où va-t-elle et qui la trouvera ? L’auteur a imaginé un dialogue entre un père et son fils. Un fils introuvable, né d'un hasard mais venu à sa rencontre un soir de solitude. Ni choisi ni élevé, voilà soudain face à ce fils questionneur un père anarchiste, au passé d'ouvrier d'usine, de contestataire et d'écrivain consacré. Comment dialogue-t-on avec un homme célèbre dont on ignore tout ? Pourquoi cette passion pour l'écriture ? Pourquoi le Verbe qui promène tout au long d'une vie ses questionnements, ses victoires autant que ses doutes ? Voilà un passé que lui, le fils, n'a pas connu, pas plus que la guerre en Bosnie, la misère à Mostar ou Sarajevo, la peur et le froid ou la mort en habits de décombres. Qu’auront-ils à se dire et pourquoi ne s’aimeraient-ils pas ?


POINTS FORTS

Erri De Luca face à son miroir autant qu'à la page blanche joue le prestidigitateur : non pas pour éblouir son interlocuteur mais avec le souci de ne rien omettre, même ce qui pourrait égratigner, voire souiller son effigie. Il se veut nu face aux siens, à ceux qu'il a aimés et dont il est issu. Face aux hommes qui ont compté pour lui et aux auteurs qui l'ont laissé de marbre. Rien dans ce livre d'attendu ou de déjà lu mais au contraire, de page en page, un portrait qui s'esquisse, s'avance puis s'efface pour, brusquement, provoquer la stupeur par sa sincérité. Celle d'un homme pour lequel seule la vérité compte. Elle tinte sans une once d'affectation ou de faux semblant. Y passent comme des oiseaux migrateurs, l’envol des années difficiles, l’enfance, la mort des siens, l’engagement et ses combats, enfin Naples qui demeure la vivante toile de fond de son existence, comme elle l’a été de la plus grande partie de ses livres. Un régal qui s'inscrit dans l'œuvre d'un écrivain échappant à tout classement.

POINTS FAIBLES

Pourquoi faudrait-il en trouver quand ce récit est si dense, si juste, si plein de souvenirs qui, par la grâce de l’écriture, deviennent les nôtres ?

EN DEUX MOTS

Laissons Erri De Luca les écrire : "L’écriture reste pour moi le contraire d’une profession. C’est le temps festif de ma journée…L’écriture est mon aujourd’hui et je suis content qu’elle soit, quelque part, l’aujourd’hui d’un lecteur."

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

-"J'ai vu que la guerre est l'humanité contre elle-même par anéantissement. C'est la volonté de rester en petit nombre, pour la satisfaction des survivants."

- "Nous n’étions pas une minorité. Nous étions la majorité de nous-mêmes."

L'AUTEUR

Que faut-il savoir d’Erri De Luca pour ceux qui auraient la malchance de ne l’avoir encore jamais lu, entendu, vu ou côtoyé ? Il est l’homme des confrontations, qu’elles soient à même la roche lorsqu’il l’escalade jusqu’aux plus hauts sommets mais aussi un homme de silence et de vérité dont les livres ont été primés de nombreuses fois. Prix Femina étranger en 2002 pour Montedidio, Prix européen de littérature et Prix Ulysse pour l’ensemble de son œuvre en 2013, son trente-deuxième roman Le Tour de L’Oie lui fait poursuivre sa quête d’un humanisme éclairé pour le plus grand bonheur de ses innombrables lecteurs.

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