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"Le rayon bleu" - Politique : les éveillés et les dormeurs; à codes et à clés ?
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"Le rayon bleu" - Politique : les éveillés et les dormeurs; à codes et à clés ?

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

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LIVRE
 
LE RAYON BLEU
de Slobodan Despot
Ed. Gallimard
192 pages
17€
 
 
RECOMMANDATION : BON
           
 
THÈME
 
Dans les années 50,  Herbert de Lesmures s’installe avec sa jeune épouse,  Andrée,   à Saint Eleuthère, vaste domaine  familial cerné de forêts, où naissent deux garçons, Audebert et Théophane, et une fille Carole-Anne. 
Les années se succèdent, les Présidents de la République aussi. Herbert, brillant Saint-Cyrien, passe du statut  d’attaché militaire à celui de grand commis de l’Etat, Secrétaire d’Etat proche du Président.
Ses absences se multiplient: il répond de moins en moins souvent au vieux téléphone fixe qui, depuis des décennies, sonne sans raison apparente dans le grand hall du manoir. 
Mais, en 1994, Herbert se suicide dans son pied-à-terre parisien. Carole-Anne fait alors appel à un apprenti  reporter qu’elle fascine et lui demande d’éclaircir  les causes de ce « suicide à deux trous », lié, semble-t-il, à l’élaboration d’une -double- dissuasion nucléaire.
 
POINTS FORTS
 
1 –  L’élégance et le détachement des membres de la famille Lesmures, « la capacité de maîtrise émotionnelle de ce clan» : Herbert corseté par sa bonne éducation,  Andrée qui se refuse à expliquer les absences de son mari par «l’hypothèse vulgaire», Carole-Anne qui se cantonne dans « une garde désespérée » et impose au journaliste-narrateur des relations de boy-scout, Théophane, pacha d’un sous-marin lance-missiles, qui prie chaque jour pour « ne jamais servir à rien », sachant que, si l’ordre venait, il ferait son devoir…
 
2 – Les multiples contacts, Américains, Français, Roumains, Russes, qui forment une fraternité d’ « éveillés » parmi les politiciens «dormeurs», donnent  à l’auteur l’occasion de brosser une série de portraits originaux, en particulier celui du vieux général Angénieux, dit Aga, retiré dans son appartement décoré de  trompe-l’œil, après avoir été le  père du parapluie nucléaire.
  
3 – La crédibilité de l’intrigue : Le président Doudelanier a bien des traits de FrançoisMitterrand et le suicide d’Herbert n’est pas sans rappeler la disparition de l'un de ses principaux conseillers à la même date. La dissuasion nucléaire fut une réalité du temps de la guerre froide et le général Aga renvoie, il me semble, au Général Gallois qui en fut le vrai promoteur.
 
4 - Le personnage central de ce curieux roman reste sans conteste le téléphone de bakélite noire dont la sonnerie lugubre résonne comme le symbole du lien indéfectible qui unit ceux qui devraient être  ennemis.
 
POINTS FAIBLES
 
L’intrigue, confuse, est encore compliquée par la forme d’un récit assez chaotique : il nous en faut suivre la trame comme le narrateur (dont on ne saura même pas le prénom)  à travers des bouts de journaux de bord, des classeurs incomplets, des informations tronquées, lâchées au compte-goutte par des protagonistes morts ou en passe de l’être, des sous-entendus inaudibles.Le lecteur moyen qui n’a pas la culture politique suffisante  aura du mal à s’y retrouver...
 
 
EN DEUX MOTS
 
Plus qu’un thriller, « le rayon bleu » est une interrogation métaphysique sur la folie des hommes et, plus particulièrement, sur une époque de nains dépassés par leurs créatures, qui gomme les énergies anciennes et les fidélités nationales.
 
 
UN EXTRAIT
 
P.  97 Aga s’adresse à son « ashram », les jeunes gens qui suivent ses cours :
"Il n’y a pas de blocs. Il n’y a pas de doctrines : elles ne servent que d’alibi. Depuis l’avènement du nucléaire, il ne reste qu’une seule doctrine tenant en un seul mot : survivre. Il n’y a pas de camps, uniquement des hommes qui savent ou ne savent pas. Des éveillés et des dormeurs".
 
L’AUTEUR
 
D’origine serbo-croate, Slobodan Despot vit en Suisse francophone depuis qu’il a  six ans. Il arrive aujourd’hui à la cinquantaine avec un beau bilan du « métier du livre », traducteur, éditeur, journaliste, essayiste et, aujourd’hui, romancier, avec  « Le miel » (2014) et « Le rayon bleu » (2017).
Ce polyglotte qui parle six langues, cet «émigré yougo à passeport helvétique» comme il se définit lui-même, et dont le français est le verbe d’élection, est essentiellement un esprit libre.
Il entre à 19 ans à « l’Age d’Homme » sous la férule de Wladimir Dimitrijevic  (bien plus qu’une maison d’édition, une zone libérée, dit-il) comme traducteur des grandes voix  du monde slave ; lors de la guerre de Yougoslavie, il prend  le parti « du camp des proscrits, les Serbes » avec une petite revue artisanale « Raison garder », avant de fonder en 2005  les Editions Xenia qui ont pour devise « osez lire ce que nous osons éditer ».
Depuis 2015, il  publie chaque dimanche une lettre numérique de ré-information intitulée « Antipresse » dont il est fier qu’elle ait  attiré les foudres du Decodex du Monde.
 

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