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"Le nouveau pouvoir" : une très opportune séance de rattrapage
©Reuters

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"Le nouveau pouvoir" : une très opportune séance de rattrapage

Si vous n'avez pas lu "Civilisation", l'un des trois ou quatre principaux essais parus cette année, et si, en plus, vous souhaitez comprendre comment Emmanuel Macron se situe dans l'évolution du monde occidental, alors ne ratez pas le nouveau livre de Régis Debray. Vous comprendrez mieux bien des choses.

Bertrand Devevey pour Culture-Tops

Bertrand Devevey pour Culture-Tops

Bertrand Devevey est chroniqueur pour Culture-Tops. 

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.). 

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LIVRE

Le nouveau pouvoir

de Regis Debray

Les Éditions du Cerf

92 pages

RECOMMANDATION : EXCELLENT

THÈME  

Publié initialement dans la revue Médium (n° 52-53, Gallimard) dans son édition Eté Automne 2017, ce texte participe au collectif sur "les nouveaux pouvoirs et les nouvelles servitudes".

Ce court essai se penche sur les racines du succès d'Emmanuel Macron aux élections présidentielles de 2017. Son analyse se structure en 4 chapitres. Le premier analyse la "décomposition" de l'identité du leader politique, "revanche posthume de Nadar sur Flaubert", victoire de l'image sur l'écrit. Il évoque ensuite l'émergence de la notion de "transparence" dans la vie publique,  synonyme de vacuité il n'y pas si longtemps, valeur cathédrale aujourd'hui. Ces valeurs et usages, fondateurs d'un succès fulgurant, ne sont cependant pas si neuves. Debray s'attache enfin à démontrer qu'elles trouvent leur source dans le néo protestantisme dont Emmanuel Macron s'imprègne et s'inspire.

POINTS FORTS 

1- Un ouvrage qui reste - Debray oblige, d'une belle érudition.

2- Une mise en perspective du phénomène Macron dans une tendance plus profonde de l'évolution du libéralisme, de ses racines, et de ses manifestations "souterraines".

3- Sans porter de jugement de valeur, l'analyse de l'influence du protestantisme dans l'évolution de l'éthique en politique et dans l'économie, est intéressante.

4- Et toujours, un sens des formules qui fait mouche, une écriture riche, élégante, exigeante.

5- Un livre qui se lit vite (92 pages), mais pas sans attention pour ne rien perdre d'une écriture si singulière.

POINTS FAIBLES 

1- L'érudition de l'ouvrage, ses allusions, ses références et ses clins d'œil, une fois de plus échapperont à beaucoup. C'est sûrement très subtil, mais parfois, on décroche ! Rassurez-vous, en général, ça ne dure que quelques lignes.

2- Le dernier chapitre, "La génération Ricoeur", sonne un peu comme un parti-pris et m'a paru un peu ardu !

EN DEUX MOTS  

A celles et ceux qui ont lu "Civilisation", cet essai n'apportera rien de neuf. Ce qu'il contient est développé, de façon moins elliptique dans son précédent ouvrage (à lire absolument). Il y a sûrement beaucoup de finesse dans l'analyse, et quelques partis-pris. Quoi qu'il en soit, ces pages sont un redoutable réquisitoire contre la primauté de l'image sur l'histoire, de la forme sur le fond, contre l'hypocrisie de la transparence et l'affichage, érigé en valeur cardinale, de la virginité morale des nouveaux acteurs du monde politique. 

Face à l'imprégnation de la société française par ces nouvelles dictatures, Régis Debray rappelle qu'aux temps des Machiavel, Tamerlan, de Gaulle ou Mitterrand, la capacité des grands hommes à porter le destin d'une nation primait sur le consensus "sociétal". 

Pour qui n'a pas lu "Civilisation ", ce livre, bien que parfois ardu, est excellent pour son décryptage du succès d'Emmanuel Macron.

UN EXTRAIT 

Ou plutôt trois:

- [A propos de la transparence] "En tête des pays donnant l'exemple, viennent la Scandinavie, la Suisse, l'Allemagne, la Nouvelle Zélande - tous pays prospères et protestants, modèles de sociétés à la fois de labeur et de clarté, auquel le français rouspéteur et pas-très-propre-sur-lui, est appelé à se conformer, sans brûler des pneus devant les usines." P31

- "Soyons clairs puisqu'on le demande. Un chef politique d'envergure (…) a par construction une stratégie. Il use donc de stratagèmes. (…) Dès lors, de deux choses l'une. Ou ce stratège fait bien son métier et il insulte la morale. Ou il investit dans la morale et il insulte le métier . En tout état de cause, répudier le fourbe pour le faux-cul ne témoigne pas d'un tempérament très combatif - à moins que ce ne soit une ruse de plus chez le capitaine à la manœuvre." P36

- "Le vaisseau magique de l'esprit nouveau, quand il n'était pas d'origine juive, a tout au long du dernier siècle, battu non pas pavillon catholique ou orthodoxe, mais protestant." P69

L'AUTEUR  

Régis Debray a quitté la rue d'Ulm (Normal Sup) pour rejoindre, au début des années 60, Fidel Castro à Cuba et Che Guevara en Bolivie. Il étudie la guérilla aux cotés du "Che", quitte la plume pour le fusil, est arrêté, certains diront torturé. Ces temps "troublés" laisseront de lui l'image tenace d'un anti américain pur et dur, et selon les sensibilités, d'un agent du KGB ou de la CIA.

Dans la vie de cet homme, tout parait important et entier. Il invente lamédiologie, étude de la forme de transmission des messages et de leur impact dans les rapports sociaux. Il écrit beaucoup, sur les révolutions, le pouvoir, la politique, l'Etat, l'art, le sacré et les religions, sur l'image, l'histoire, l'occident, et même Daech. 

De 1981 à 1985, il est  conseiller spécial auprès du Président François Mitterrand pour les affaires internationales. Il aura ensuite d'autre missions diplomatiques, culturelles et universitaires. 

Il reçoit plusieurs prix littéraires, dont le Fémina, est élu à l'Académie Goncourt dont il est membre, de 2011 à 2015. 

Professeur de philosophie, ce jeune "révolutionnaire" est âgé de 77 ans. 

Il est aussi, depuis 2004, l'animateur de la Revue Médium dont est extrait le texte qui compose "Le nouveau pouvoir".

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