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 "Le Jour d'avant" : Il y a du Zola dans ce Chalandon là
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"Le Jour d'avant" : Il y a du Zola dans ce Chalandon là

"Le Jour d'avant", dernier roman de Sorj Chalandon, construit autour d'un fait divers dans le monde de la mine, est un livre surprenant et profond, une quête sans concessions de la vérité gens, partagés entre le bien et le mal.

Marie De Benoist pour Culture Tops

Marie De Benoist est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

 

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LIVRE
 Le Jour d’avant
de Sorj Chalandon
 Ed. Grasset  
332 p.
 
RECOMMANDATION : EXCELLENT
 
THEME 
A Liévin, le 27 décembre 1974, au fond de la fosse 3 bis de Saint-Amé, meurent 42 mineurs, dont Joseph Flavent, 30 ans. Le malheur s’abat sur sa famille : son père, qui avait tenté en vain de le dissuader du choix de ce métier si dangereux, renonce à la vie un an après. 
Michel Flavent, le narrateur, ne se remet pas de la disparition de ce grand frère adoré, qui lui apprenait la vie. Interprétant la dernière lettre de son père comme un ultimatum : « Venge-nous de la mine », il rumine pendant quarante ans sa vengeance. 
Devenu chauffeur routier à Paris, il réunit dans un box toutes les traces de cet accident tragique. Même s’il est un temps apaisé par sa douce femme, Cécile, la maladie et la mort de celle-ci font renaître sa rage. Persuadé de la culpabilité du contremaître Lucien Dravelle, il retourne au pays en 2014 pour lui faire payer ce « crime », commis au nom du rendement à tout prix.
Mais rien ne se passera pas comme prévu et la vérité n’apparaîtra que dans les dernières pages …
 
POINTS FORTS 
• Sorj Chalandon nous entraîne dès le début dans un récit habilement construit, qui nous réserve de multiples surprises. L’alternance des époques maintient une sorte de suspense.
• Michel, le narrateur, est touchant par l’admiration qu’il voue à son frère aîné : le souvenir de leur complicité joyeuse hante son « cœur de charbon ».
• deux personnages féminins lumineux dans cet univers si sombre : Cécile, la femme de Michel, et Aude, l’avocate. Elles partagent la même beauté pâle ; intelligentes, sensibles et pudiques, elles affrontent les épreuves de la vie avec élégance et courage.
• le monde de la mine est reconstitué avec minutie, depuis le souffle des chevalements jusqu’à la taillette ou le vestiaire du mineur, en passant par les rues grises, les maisons en briques, les terrils, l’unique café, sans oublier l’humble quotidien des familles.
• la mine elle-même est traitée comme un personnage mythologique du récit, un monstre qui menace, qui enlève, qui dévore. On pense au « Voreux » de Zola dans Germinal. Elle est opposée à la terre, à laquelle certains paysans, comme le père de Michel, restent si attachés.
 
POINTS FAIBLES 
On peut reprocher à Sorj Chalandon une certaine idéalisation  des mineurs, à travers l’éloge sans réserve de leur dignité, de leur grandeur, de leur fraternité. « Fierté » est un mot qui revient comme un leitmotiv du début à la fin.
 
EN DEUX MOTS 
Un fait divers transformé en roman de l’humanité dans ce livre fort et profond, qui touche autant qu’il surprend. Sorj Chalandon poursuit ici sa quête sur la vérité des êtres ; rien n’est tranché pour lui, le bien et le mal coexistent en chacun de nous, victimes et coupables se confondent. 
Il analyse avec talent les ressorts complexes de personnages torturés par le  remords, qui n’hésitent pas à se sauver au prix de l’imposture. La trahison semble toujours être un de ses thèmes de prédilection. Et, comme Michel, il est doté d’une sensibilité à fleur de peau et habité par la colère face à la souffrance et à l’injustice.
 
 UN EXTRAIT
Ou plutôt deux:
- «  Il avait appris à imiter le souffle des beffrois d’acier. Il s’était entraîné, le regard rivé aux poulies. Il jurait que ce vacarme était l’un des plus difficiles à reproduire. Et l’un des plus beaux. – N’importe qui peut imiter le chant du coq. Mais le chant du travail, c’est une autre histoire, disait Jojo. » p.13
- « La mort de Joseph m’avait fané. Ma jeunesse était vieille. » p.31
 
L’AUTEUR 
Chroniqueur judiciaire et grand reporter à Libération pendant trente-quatre ans, Sorj Chalandon, né en 1962, est depuis 2009 journaliste au Canard enchaîné. Il publie son premier roman en 2005 Le Petit Bonzi, suivi d’Une promesse, prix Médicis 2006, Mon traître, prix Joseph Kessel 2008, La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs, Grand Prix du Roman de l’Académie française 2011, Le Quatrième Mur, prix Goncourt des lycéens 2013 et Profession du père (2015).

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