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"La forme de l’eau" : Incroyable, époustouflant, un chef d'oeuvre
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"La forme de l’eau" : Incroyable, époustouflant, un chef d'oeuvre

Voilà un film d'une originalité folle et dont la réussite est à la mesure de son ambition. Chapeau !

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA
« La forme de l’eau »
de Guillermo del Toro
 avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins, etc…

RECOMMANDATION : EN PRIORITE

THEME

En1962, en pleine guerre froide, des scientifiques américains déposent  en grand secret dans un  laboratoire gouvernemental, une  étrange et inquiétante créature aquatique (Doug Jones). Pour mieux  l’étudier, ils la rivent, au moyen de courtes  chaînes, dans une étroite piscine et chargent un geôlier sadique ( Michaël Shannon) de la surveiller.

Cette créature en apparence  aussi  monstrueuse qu’agressive et qui ne peut s’exprimer que par grognements, va pourtant émouvoir  quelqu’un, en l’occurrence, quelqu’une,  Elisa,  une  jeune femme de ménage ( Sally Hawkins). Devenue muette à la suite d’un accident, très seule, cette employée va reconnaître en ce monstre amphibie une sorte de double  d’elle-même. Elle et lui sont prisonniers de  leur infirmité, tous les deux vivent confinés, elle, dans un appartement étriqué,  lui dans un bassin d’eau qui ne lui permet aucun mouvement.

 Une histoire d’amour fantastique va se nouer entre ces deux « êtres » là…

Elisa, la belle, va tenter de délivrer « sa » bête, de la rendre à la mer, dont elle vient sûrement. L’opération ne sera pas simple. Ses « patrons » américains vont partir à ses trousses; des espions soviétiques, infiltrés dans le laboratoire, aussi… Cette romance si particulière entre deux êtres liés par leur « différence » va alors prendre les allures d’un  thriller…

POINTS FORTS

Dans ce conte si singulier, si beau, si imaginatif, il est difficile d énumérer les points forts, tant ils  sont nombreux et s’enchevêtrent. On va donc commencer….par le début, par dire que dès ses premières images, ce film vous happe, tant, il est, visuellement, bluffant.  Il s’ouvre par  un long travelling  d’une fluidité incroyable  où l’on va découvrir les principaux personnages de cette histoire, comme s’ils avaient été tournés dans un aquarium géant.

Comme entrée en matière d’un scénario  bâti sur une histoire d’amour  fantastique, on ne pouvait trouver plus beau, plus intrigant.

 Jusqu’à son dernier plan, le film ne se déparera jamais de cette beauté visuelle, éblouissante, même dans ses scènes les plus  « réalistes ».

Guillermo del  Toro avoue qu’il lui a fallu  trois ans pour mettre au point son scénario avec sa complice en écriture, Vanessa Taylor. Mais, quelle réussite ! Car ce conte, tout  fantastique  et onirique  qu’il soit, parvient à rester ancré dans la réalité, celle de l’Amérique des années 60. On y voit défiler une foultitude de gens très différents, des sans-grades privés de parole à des scientifiques arrogants, en passant par des espions sans pitié, des militaires ivres de leur pouvoir et des artistes engloutis  sous la déferlante  du modernisme et du  libéralisme.

Malgré le foisonnement de  ses personnages,  ses intrigues qui s’entrecroisent et la dynamisent,  l’histoire reste  d’une stupéfiante  limpidité.

Autre atout majeur du film, sa « créature ». Elle a demandé neuf mois de travail à des artistes spécialisés. Mais le résulat est prodigieux. Elle  est à la fois inquiétante et  aquatique, et en même temps, elle est séduisante et  terriblement humaine. C’est Doug Jones qui l’anime. Il est sensationnel. Il faut un talent fou  pour parvenir à faire passer, sous le costume d’un « monstre », des émotions comme la peur, l’agressivité, la douceur, l’amour et la masculinité.

Face à  Doug Jones dissimulé sous son étrange  carapace, les comédiens de chair et d’os tiennent le choc. Haut la main. A commencer par  Sally Hawkins, qui bouleverse et emporte dans son rôle d’amoureuse privée de parole (mais pas d’érotisme !).

Ajouter que cette Forme de l’eau a inspiré à Alexandre Desplats  une musique ondoyante et cristalline, qui  a déjà valu au compositeur français un Golden Globe, et un Bafta.

POINTS FAIBLES

Aucun, vraiment aucun.

EN DEUX MOTS

Une fable  drôle, poétique, magnifique, sur la différence et la tolérance, portée par un casting d’exception…La Forme de l’eau arrive sur les écrans français  auréolé du Lion d’Or à Venise  et du Golden Globe et du Bafta  du meilleur réalisateur.  Il est nommé treize  fois pour les Oscars à venir… Oui, on ose le dire, c’est un chef d’œuvre. 

UN EXTRAIT

« L’eau prend la forme de son contenant, mais malgré son apparente inertie, il s’agit de la force la plus puissante,  la plus malléable de l’univers. N’est-ce pas également le cas de l’amour ? Car quelle que soit la forme que prend l’objet de notre flamme – homme, femme ou créature-, l’amour s’y adapte »

(Guillermo del Toro, réalisateur).

LE REALISATEUR

Né le 9 octobre 1964  à Guadalajara,  au Mexique, dans une famille catholique pratiquante , Guillermo del Toro passe une enfance solitaire où pour tenter d’échapper aux rigueurs de  son éducation religieuse très stricte, il se réfugie dans les livres et les films.  Très précoce,  il découvre la production à  l’âge de huit ans. Le démon du cinéma ne le lâchera plus. Après avoir travaillé comme maquilleur pendant quelques années, il produit son premier film en 1985 et co-fonde le Festival international du film de Guadalajara dont la première édition a lieu en 1986.

C’est en 1993 qu’il se lance dans la réalisation, avec Cronos, un film d’horreur qui remporte de nombreux prix, notamment au Festival de Cannes.

Il  est lancé et n’arrêtera plus de tourner, alternant les grosses productions hollywoodiennes, comme Blade 2 et des œuvres plus personnelles, dont LeLabyrinthe de Pan, un conte fantastique qui lui vaut, en 2006, à Cannes, une ovation de 22 minutes.

Aujourd’hui, sans compter ses séries télé, sa filmographie compte une dizaine de longs métrages pour le cinéma, dont, en 2013, Pacific Rim et, en 2015, Crimson Peak.  En tant que producteur, il est également à l’initiative  de nombreux films, dont certains d’animation, notamment Kung Fu Panda2.

Car cet artiste hors norme, qui est  aussi romancier à ses heures et avoue une fascination sans borne pour les insectes et pour les monstres, s’aventure  sans faillir dans toutes les formes et styles  de la création, écrite, visuelle, télévisuelle et cinématographique.

Divorcé, père de deux filles, ce grand admirateur des romans de  Lovecraft et Borges, mais aussi  de Hugo et de Proust, vit désormais en Californie.  Francophile, il vient à Paris dès qu’il le peut. Il possède un studio à Saint-Germain des Prés.

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ET AUSSI

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Corps étranger, de Raja Amari.

Parce qu’elle a dénoncé son frère islamiste, Samia (Sara Hanachi)  s’est vue contrainte de quitter son pays, la Tunisie.  Ayant échoué à Lyon,  elle va y rencontrer une riche veuve ( Hiam Abbass)  et aussi un garçon  dont la beauté sombre et brutale va la troubler énormément ( Salim Kechiouche)…  Pour Samia, l’immigrée, va venir, doucement, le temps de l’intégration, mais aussi  celui de la découverte  de la sensualité et des pulsions sexuelles.

Pour son deuxième long métrage Raja Amari témoigne d’une grande ambition. Non seulement elle mélange à la fois l’universel (la condition des immigrés)  et l’intime ( la naissance du désir chez les êtres humains), mais elle aborde aussi, en arrière plan,  les problèmes  du rejet, de la trahison et de la radicalisation. C’est osé, courageux. En plus, on aime, sa façon, sensuelle, de filmer les corps des trois principaux protagonistes de son film, interprétés  tous les trois par des comédiens impeccables de justesse et d’engagement.

RECOMMANDATION : BON

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