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J-6 avant le premier tour : le retour aux valeurs au cœur de la stratégie des candidats
©AFP

Sprint final ...

J-6 avant le premier tour : le retour aux valeurs au cœur de la stratégie des candidats

Dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle, le quatuor de tête tente de consolider des positions et de distancer l'adversaire avec des discours moins centrés sur les programmes que sur les valeurs.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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C'est un sprint final haletant où tout pronostic raisonnable est interdit, car en cette fin de campagne, voici que les sondages ne sont plus tout à fait sur la même ligne sur le score présumé de François Fillon, l'un le voyant progresser d'un point et rejoindre le duo jusqu'ici favori, Le Pen-Macron, l'autre le voyant au contraire perdre un des ces précieux points qui changerait la donne. Pour le quatuor de tête, comme pour Benoit Hamon , décroché mais qui continue de faire comme si ce week-end pascal aura donc été un week-end de campagne, pour tenter de consolider des positions, distancer l'adversaire, et si possible  prendre de l'avance , avec des discours moins centrés sur les programmes que sur les valeurs, quand il ne s'agissait pas carrément de faire le show.

Toujours créatif, avant de se démultiplier dans des meetings hologrammes, Jean Luc Mélenchon s'est offert un périple en péniche en Ile de France, de Bobigny à la Bibliothèque François Mitterrand, avec des arrêts discours, promettre qu' "on va faire plus que 20% dimanche, je le crois. Juste 25%, ça ira ! J'espère que vous aussi vous vous sentez prêts". En tous cas pour lui " C'est le moment de commencer à rêver, si on croit à la victoire" et d'assurer que " Ce n'est pas vrai que vous n'avez le choix qu'entre dealer du shit et travailler pour Uber "... et de renouveler une autre promesse " Si François Hollande, alors qu'il avait promis de renégocier les traités en 2012, ne l'a pas fait, moi je le ferai. Nous n'acceptons plus que ce cadre européen ruine notre pays. Et on ne fait pas l'Europe et l'euro sans la France. La monnaie doit être au service des peuples". Le candidat de la France insoumise en est sûr, " et assurer que l'heure était davantage à la tension qu'au rêve au Zénith à Paris où Marine Le Pen tenait meeting devant une assistance moins nombreuse qu'espérée. Des incidents ont émaillé la réunion (Femen sur la scène, jets de cocktails molotov par des militants d'extrême gauche). 

La campagne de la candidate du FN à Paris marque le pas, ses sondages se tassent : elle  durcit son projet sur l'immigration. Marine Le Pen préconise "un moratoire immédiat sur l'immigration légale afin de faire le point de la situation avant de mettre en place de nouvelles règles et une nouvelle régulation beaucoup plus drastiques, plus raisonnables, plus humaines, plus gérables ", car derrière l'immigration, il y a le terrorisme ". Pour elle "ce qui se joue dans cette campagne, c'est un enjeu de civilisation... Rendez-nous la France". Fini, la France apaisée prônée en début de campagne. 

A Nice où la droite républicaine a fort à faire face au Front National, François Fillon, a lui aussi parlé d'identité... pour s'en prendre à Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon : "On découvre subitement la France open-space de M Macron et la France bolivarienne jumelée avec Cuba de M Mélenchon... Moi, sur ces sujets, je suis clair. Il n’y a pas de citoyenneté sans identité. Il n’y a pas de nationalité sans culture. Il n’y a pas d’avenir sans racines. Des candidats à l’élection présidentielle osent dire " qu’il n’y a pas de culture française... L’affirmation du sentiment national n’a rien à voir avec la xénophobie ! Le fameux « vivre-ensemble » version socialiste est devenu un tapis sous lequel on met la poussière... Je respecte toutes les religions -j’ai moi-même la foi- mais la religion n’est pas un projet de société. Il y a des lignes à ne pas dépasser ; ma main ne tremblera pas. L'islam de France doit aujourd’hui tracer son propre chemin dans la République et s'émanciper de la tutelle des influences étrangères". En attendant François Fillon devra aussi pacifier sa famille car le président de la région PACA, Christian Estrosi a été une nouvelle sifflé pendant cette rencontre, signe de la radicalisation d'une partie de l'électorat L.R qui ne lui pardonne pas une rencontre républicaine avec Emmanuel Macron, il y a quelques semaines...

Emmanuel Macron, précisément est celui qui jouait le plus gros pendant ce week-end end. Le candidat du " ni droite ni gauche" a vu sa cote s'effriter dans les sondages au cours des derniers jours. Il lui fallait donc démontrer qu'il ne s'agissait que d'un accident parcours et pour cela remplir la grande salle de l'AccorArena Hotel de Bercy d'une capacité de 20.000 personnes était une preuve de la vitalité de son mouvement. De ce point de vue le pari a été  réussi. Dans une ambiance très techno, devant un parterre de "people" Emmanuel Macron a pu se rassurer pour la dernière ligne droite avant le premier tour. Le candidat qui promet toujours la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des Français ne s'est pas attardé sur les mesures économiques mais a longuement parlé de l'école a, assurant pas de la taxe d'habitation ou du RSI mais de l'école , mais décrivant "le président qu'il veut être : un président qui veut rendre la foi en son avenir à la France", assurant que l'école sera le premier chantier auquel il s'attaquera une fois élu précisant qu'il "reviendra sur la réforme du collège, gardera les classes bi-langues". De quoi ravir François Bayrou, présent aux premières loges. Raillé pour son tic de langage "en même temps", il tente de le positiver en  déclarant qu'il veut "la croissance et la solidarité, "que l'on puisse en même temps travailler et apprendre" et qu'à l'instar du Général de Gaulle, il "choisit le meilleur de la gauche et le meilleur de la droite". Mais dimanche prochain lequel des "meilleurs" les Français  choisiront-ils ?  

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