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 Ile de France : et au fait, qu’ont donné les promesses faites par la gauche lors des régionales de 2010 ?
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Quinquennat sortant

Ile de France : et au fait, qu’ont donné les promesses faites par la gauche lors des régionales de 2010 ?

La région Ile-de-France désignera dimanche un nouveau ou un nouvelle président(e). A la tête de la région depuis 17 ans, la gauche brigue un quatrième mandat. Alors que les candidats viennent d'achever leurs campagnes, bilan du dernier "quinquennat" du président sortant PS Jean-Paul Huchon.

Atlantico : dimanche sera élu le nouveau président de la région Ile-de-France. Quels sont les grands enjeux territoriaux auxquels le nouveau président aura à faire face ?

Laurent Chalard : La région Ile de France, abritant en son sein la quatrième principale ville globale de la planète, fait face à de nombreux enjeux territoriaux dans l’optique de préserver la position de Paris sur l’échiquier international. En effet, dans un monde globalisé et fortement concurrentiel, il n’est pas assuré que deux villes globales puissent coexister en Europe occidentale à long terme. Londres ayant distancé Paris depuis le milieu des années 1990, il s’agit désormais pour la région Ile de France de maintenir son rang pour éviter d’être reléguée en seconde catégorie, ce qui passe par l’amélioration de son fonctionnement interne.

Dans ce cadre, deux grands enjeux territoriaux émergent. Le premier concerne la connexion entre les territoires. En effet, la région Ile de France souffre d’un engorgement routier chronique et d’une qualité insatisfaisante de ses réseaux de transports en commun en passe d’étouffer les déplacements, à l’origine d’une diminution de la productivité des travailleurs franciliens. La congestion déjà impressionnante sur certains axes autoroutiers, avec le plus gros bouchon d’Europe quasi-permanent sur l’A 86 à hauteur de Maisons-Alfort, et la sur-fréquentation du RER A, ne sont pas digne d’une métropole mondiale. Il s’agit donc de mener une politique permettant de résorber les principaux points noirs sur le plan routier, ce qui passe forcément par la construction de nouvelles infrastructures, ce qu’aucun décideur politique régional ne semble se rendre compte pour des raisons idéologiques. Parallèlement, il s’agit de mieux connecter les différents pôles d’activités entre eux, dont l’aéroport de Roissy, porte d’entrée internationale de la région, avec le centre de Paris, mais aussi La Défense, ce qui n’est pas prévu actuellement dans le cadre du Grand Paris Express.

Le second grand enjeu territorial concerne le maintien d’un semblant de cohésion sociale sur l’ensemble du territoire régional. En effet, comme les autres villes globales, l’économie francilienne se caractérise par une dualisation de son marché du travail, source de tensions, entre d’un côté une main d’œuvre qualifiée à hauts revenus qui peut choisir son lieu de domicile et de l’autre une main d’œuvre peu qualifiée au statut bien souvent précaire, qui réside dans les quartiers où le prix du logement est faible, bien souvent très éloignés de leur lieu de travail. Par exemple, de nombreux employés de services du quartier d’affaires de La Défense résident en Seine-Saint-Denis… Si la résorption des inégalités socio-spatiales paraît peu crédible, étant donné les tendances actuelles consécutives de la globalisation, par contre, une politique de « justice spatiale », visant à fournir à chaque habitant du territoire francilien la même qualité de services publics et donc la même chance d’accès à une meilleure position sociale, est indispensable pour éviter les explosions sociales que l’accentuation du phénomène de dualisation sociale de la régionpourrait produire. Or, à l’heure actuelle, c’est loin d’être le cas, la sécurité, l’éducation, voire même la santé, laissant à désirer dans les quartiers populaires d’Ile de France.

La Parti socialiste est candidat à sa propre succession à la tête de la région via son candidat Claude Bartolone qui brigue la suite de Jean-Paul Huchon, président de la région depuis 1998. Quel est le bilan de l'action de M. Huchon en matière de transports et d'aménagement du territoire ? A-t-il atteint les objectifs de son programme de 2010 ? Si non, pourquoi ?

Sur le plan des transports, le bilan apparaît en demi-teinte. Au niveau des transports en commun, l’amélioration est certaine, la plupart des objectifs du plan de mobilisation (modernisation des RER, mise en services de trains neufs, création de six nouveaux tramways…) et des actions concernant la tarification (comme le dézonage le week-end) du programme de 2010 ont été réalisés ou sont en cours de réalisation. Seule l’ouverture de certaines lignes de métro et de RER la nuit n’a pas été mise en place. Si la situation demeure largement insatisfaisante, les édiles régionaux ont globalement tenu leurs promesses. Par contre, sur le plan routier, la situation est catastrophique, la congestion du réseau autoroutier et du réseau routier secondaire ne faisant qu’empirer, les bouchons n’étant désormais plus rares en-dehors des heures de pointe. Le moindre incident a des conséquences globales, étant donné l’absence d’itinéraires de délestage dignes de ce nom en banlieue. Cette situation est due au poids des écologistes dans l’exécutif régional sortant, qui ont empêché les investissements routiers, alors que les embouteillages sont l’une des principales sources de pollution en Ile de France. Une politique sérieuse doit mêler investissements routiers et ferroviaires.

Sur le plan de la politique du logement, principal outil pour agir sur les inégalités socio-spatiales en Ile de France, le bilan de l’exécutif régional est très mauvais. En effet, les objectifs fixés concernant le pourcentage de logements sociaux (30 % dans chaque commune) n’ont pas été atteints.De nombreuses communes se situent encore en-dessous du seuil de 20 %, qui avait été fixé par la loi SRU de 2000, mais c’était prévisible, l’objectif affiché étant irréaliste dans un laps de temps aussi réduit. Sur le plan du nombre de logements, la construction ne redémarre pas, on reste en-dessous des 40 000 nouveaux logements par an alors qu’on en annonçait entre 60 000 et 70 000 ! On est donc très loin des objectifs affichés. De même, le programme de 2010 prévoyait la mise en place d’une autorité organisatrice du logement, qui n’a pas vu le jour. Dernier exemple de l’échec de la politique de logement engagée sous la mandature de Jean-Paul Huchon, la région annonçait la construction de vingt nouveaux écoquartiers par an, or ce n’est pas le cas, puisque beaucoup d’entre eux ont pris du retard et certains, comme celui des Temps Durables à Limeil-Brévannes, sont des fiascos. A l’arrivée, en 2015, les inégalités socio-spatiales se sont renforcées.

Le candidat socialiste Claude Bartolone a présenté un projet de 156 pages contenant 160 propositions. Quelles différences et similitudes concernant les enjeux territoriaux peut-on observer comparé au programme de Jean-Paul Huchon en 2010 ?

Etant donné que Claude Bartolone s’inscrit dans le prolongement de la politique menée par son prédécesseur, Jean-Paul Huchon, il est plutôt assez logique que son programme affiche de nombreuses similitudes avec celui de son prédécesseur, s’inscrivant plus dans la poursuite des actions engagées que dans une logique de rupture conduisant à un changement de priorités à l’arrivée.Les similitudesentre les deux programmes apparaissent donc très nombreuses, en particulier sur le plan du logement, avec une reprise des propositions qui n’ont pas abouti dans la mandature précédente,comme le fait de faire respecter la part des 25 % de logements sociaux par commune (objectif plus modeste, mais aussi plus réaliste, qu’en 2010), une nouvelle proposition d’une autorité organisatrice du logement, ou l’absence de subventions de la région pour les communes qui ne respecteraient pas le quota de logements sociaux. Sur le plan des transports, il en va de même pour l’objectif des transports fonctionnant 24H/24H, du passNavigo+ et de la modernisation du réseau ferroviaire francilien et des trains.

Il se signale cependant quelques différencesconcernantsurtout les transports.La plupart des objectifs ayant été atteints dans la mandature précédente, de nouvelles propositions émergent, en particulier l’automatisation, perçue comme la panacée pour assurer une meilleure régularité et ponctualité des transports en commun franciliens. Etant donné le contexte sécuritaire actuel, le programmemet aussi en avant la sécurité, à travers la proposition de l’instauration d’une police des transports. Sur le plan routier, le programme de Bartolone prend conscience de la saturation du réseau routier francilien, en proposant de faire sauter les bouchons dans la région, mais sans propositions concrètes. Cela semble relever plus du discours que de l’action, étant donné la faible place réservée aux transports routiers dans le dernier contrat de plan état-région, auquel Claude Bartolone fait référence pour appuyer cette politique.

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