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"Il faut retrouver une organisation sur tous les territoires", a indiqué le président sur TF1.  Mais quels sont les facteurs de réussite et d'attractivité des régions?
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Nos régions ont du talent

"Il faut retrouver une organisation sur tous les territoires", a indiqué le président sur TF1. Mais quels sont les facteurs de réussite et d'attractivité des régions?

Macron a répondu aux critiques qui le considèrent comme le "président des villes" au détriment des régions rurales, en affirmant qu' "il n’y a pas de fatalité", et qu'il fallait “retrouver une organisation sur tous les territoires". Pourquoi certains territoires réussissent-ils mieux ? Quels sont les facteurs de leur dynamisme et de leur attractivité?

Vincent Bénard

Vincent Bénard

Ingénieur et économiste, Vincent Bénard analyse depuis plus de 15 ans l’impact économique et sociétal des décisions publiques, pour le compte de plusieurs think tanks et partis politiques promouvant les libertés économiques et individuelles.
 
Il est l'auteur de deux ouvrages “Logement, Crise Publique” (2007) et “Foreclosure Gate, les gangs de Wall Street” (2011).
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Atlantico : Aujourd'hui, qu'est-ce qui remet en cause la cohésion des territoires (mondialisation...) en France et que faire pour l'améliorer ?

Vincent Bénard : Le problème c'est de savoir comment empêcher certains territoires de devenir des "déserts économiques" alors que quelques pôles territoriaux vont attirer tous les investissements.

Ce qu'il faudrait faire, c'est donner plus d'autonomie à chaque territoire et renforcer la concurrence entre eux. Beaucoup de choses sont décidés par l'Etat central. On dit que les collectivités locales s'administrent librement mais elles ne se gouvernent pas librement pour autant. Elles sont tenues d'appliquer un certain nombre de politique, de voter à l'échelon national… Le résultat est que ces politiques obligatoires consomment des budgets énormes pour une efficacité très variable. Conséquence : les plus petites régions, une fois qu'elles ont fait face à ces obligations, n'ont plus beaucoup de moyens pour faire autre chose. Donc le fait de pouvoir dire à ces collectivités "à vous de définir vos priorités", leur permettrait d'essayer d'identifier leurs points forts et de se développer sur ces points. Et pas de consacrer quelques miettes de budgets à cela après avoir dépensé des millions et des millions sur les politiques obligatoires décidait par l'Etat.

C'est complètement contre intuitif puisque quand on parle de cohésion on pense tout de suite à de la coordination et je pense au contraire que la cohésion est une sorte d'ordre spontanée. Globalement, une collectivité qui va se retrouver dans une position d'autonomie va essayer de se positionner en fonction de ce qui se fait autour d'elle. A quel moment a-t-elle intérêt d'être en compétition avec ses voisines ? À quel moment doit-t-elle coopérer ? Je crois que la solution pour permettre à toutes les collectivités de trouver leur place dans un monde qui bouge extrêmement vite, c'est de laisser chaque collectivité trouver ses forces.

A mes yeux, la cohésion n'est pas forcément connotée positivement. Aujourd'hui vous avez des grandes entreprises qui ont des capacités d'investissement très importantes, qui vont créer des emplois et qui vont rechercher de l'effet réseau. Du coup des grandes métropoles peuvent avoir des avantages et attirer des investisseurs. Mais un petit territoire n'est pas totalement démuni face à ça à condition qu'il ait la possibilité et l'autonomie nécessaire pour trouver comment s'insérer dans ces ensembles-là. Il faut, je pense, faut une refonte complète de l'organisation institutionnelle au niveau français.

Est-ce que les solutions institutionnelles qui sont apportées aujourd'hui (réduction des dépenses publiques...) sont suffisantes pour pallier aux inégalités entre les Français ? 

La réduction des dépenses publiques est une très bonne chose. Pat contre sur l'égalité entre territoire, il n'y a pas énormément d'incidence. À partir du  moment où l'Etat va réduire les moyens d'une collectivité mais pas certaines dépenses obligatoires, il va réduire encore plus la marche de manœuvre, la base financière réellement disponible  pour les communes pour faire des choix.

Ce qui me gêne avec les grandes politiques nationales, c'est que les problèmes de Paris ne sont pas ceux d'autres villes en règle générale. Les problèmes ne sont pas les mêmes en fonction de la situation de chaque territoire. Même s'il y a des mêmes familles, il n'y a pas de cause unique. Et les cas de figure différents supposent des réponses différentes.

Sur la taxe d'habitation, je pense que c'est une taxe épouvantable et que sa suppression ne serait pas une mauvaise chose.  Mais… SI je supprime un impôt mais ne supprime pas de dépenses derrière, je suis obligé de créer un autre impôt. C'est exactement ce qu'il s'est passé avec la taxe professionnelle. Le gouvernement a annoncé qu'il allait compenser la suppression de la taxe d'habitation mais avec quelle ressource, avec quel impôt ? Ce n'est clairement pas une réponse à la hauteur des enjeux. Le problème c'est qu'aujourd'hui pour une commune, moins du tiers de son budget provient des impôts qu'elle a décidé elle-même. Le reste vient des dotations ou d'impôts décidés par l'Etat sur lequel elle n'a aucune prise. Je pense qu'il faudrait à l'instar de notre voisin Allemand que l'Etat prélève ce dont il a besoin mais sans donner de subventions aux collectivités. Chaque collectivité votant elle-même son impôt et doit moduler ses dépenses en fonction de ce qu'elle reçoit. Mais cela ne se conçoit que dans un système dans lequel elle est autonome évidemment. Le système de compensation entre départements qui a pour but d'aider les départements en grande difficulté financière est en fait une prime au département mal géré. Eux reçoivent plus de dotations pour rééquilibrer leurs comptes, ce qui leur permet de continuer à voter les budgets au détriment des départements qui eux ont fait des efforts de gestion. Très souvent beaucoup de collectivités de rang supérieur ne sont que des tiroirs caisse pour financer ceux qui sont inférieurs. Beaucoup de ces collectivités et l'Etat fait pareil adoptent un principe, pervers selon moi, qui est que moins le potentiel est élevé, plus on va financer derrière. C'est une erreur grave, si on est pauvre, il faut se sortir soi-même de la pauvreté et ne pas attendre que l'échelon supérieur déverse des dotations.  Il vaut mieux essayer de s'améliorer pour trouver soi-même ses propres ressources. Pour moi c'est bien là le drame des collectivités.

Comment s'en sortent les autres pays dans le cadre de modèles comparables ? 

La clé pour moi se trouve dans le modèle Allemand ou Suisse. C’est-à-dire le couple entre responsabilité fiscale et responsabilité de la dépense. En gros, un canton suisse décide lui-même les impôts dont il va bénéficier et bénéficie de très peu de subventions fédérales. L'électeur suisse, au centre de la décision peut mettre en relation la performance budgétaire de son canton, la qualité de la dépense qu'il y a en face. Les Allemands ont un système qui, sans être identique est quand même pas mal, c’est-à-dire qu'ils n'ont qu'un seul échelon intermédiaire entre les communes et l'Etat fédéral, c'est les lands. Là-bas, le calcul de l'impôt est fait au niveau national par contre ils savent à l'avance l'enveloppe qu'ils ont et pas la peine de demander des subventions au niveau supérieur, il y en a très peu.  Quand une région décide de prendre une politique, il la prend et la paye, ce qui incite d'ailleurs à travailler avec le secteur privé.

Un modèle où chaque niveau de collectivité est responsable de l'enveloppe qu'il a à gérer et ne va pas quémander des subventions extérieures, c'est pour moi une clé essentielle de la réussite pour permettre aux territoires, notamment les moins favorisés, de retrouver une force.

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