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"Elle" de Denis Tillinac : Réac peut-être, mais courageux, intelligent et brillant
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"Elle" de Denis Tillinac : Réac peut-être, mais courageux, intelligent et brillant

Regardé avec condescendance par le monde culturel bobo-gaucho, Denis Tillinac poursuit son chemin avec des livres qui tapent souvent fort et juste. Comme celui-ci, hommage-culte à la féminité.

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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LIVRE

Elle

de Denis Tillinac 

Ed. Albin Michel

RECOMMANDATION

EN PRIORITE

THEME

Comment et pourquoi faut-il tenter d’endiguer le raz de marée qui prend d’assaut la forteresse de la masculinité à laquelle les féministes ont décidé de faire un sort ? C’est le défi lancé par Denis Tillinac à une meute qui, sous le doux édredon d’une liberté enfin gagnée, veut créer la liberté, voulant fabriquer un homme nouveau, hors-sol, émancipé de ses attaches. Qui l’emportera et d’ailleurs, que reste-t-il à sauver ? Selon l’auteur, presque tout : il reste à sauver la féminité, autant dire le terreau, les sources et les vagabondages de notre poétique. Il reste à préserver les trésors inépuisables d’une altérité sans laquelle les hommes seront les orphelins de l’idéal, les femmes des astres morts inconsolables de ne plus pouvoir, de ne plus vouloir, de ne plus savoir enluminer nos ciels de lit. Résumé par Houellebecq sous le mot Soumission, l’Occident, veuf de son passé et circonspect sur son avenir, tombera-t-il le premier avec la mort annoncée du mâle dominant ?

POINTS FORTS

S’il n’était fait pour servir de rempart aux foudres féministes actuelles, passées et à venir, « Elle » de Denis Tillinac serait un ouvrage hors du temps dans le beau sens du terme. C’est en humaniste serein que ce texte croise Stendhal, Balzac, Tolstoï, Simone de Beauvoir sans négliger pour autant le hashtag Balance ton porc sorti tout chaud en 2017 d’une Amérique déchaînée contre Harvey Weinstein. Pour sauver l’Eternel féminin du marigot où s’enlisent et se confondent le genrisme et autres uniformisations orchestrées par des amazones poursuivant de leur hargne médiatique les hommes de tout calibre, comment faire ? Denis Tillinac trouve dans l’histoire des civilisations, la littérature, la philosophie, l’actualité politique la clé d’une réponse où sensibilité, intelligence et tolérance se serrent les coudes pour réussir avec ce Elle un magnifique plaidoyer.

POINTS FAIBLES

C’est singulièrement quand l’auteur s’approche de trop près de l’actualité que celle-ci semble déjà dater.

EN DEUX MOTS

Un livre qui se lit comme on le souhaite. Les chapitres peuvent en effet s’y intervertir selon le goût, l’humeur ou la fantaisie des lecteurs. Cette aisance et ce plaisir ne sont pas si fréquents pour que l’on passe sous silence ce qu’il faut de savoir, d’érudition et de maestria pour ne pas perdre en route quelques égarés. Sans sonner la charge, les mots sont justes, tantôt sévères tantôt flirtant avec la beauté d’une langue qui, dans quelque registre que ce soit, ne perd jamais son rythme.

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

Jamais on a autant patrimonialisé ; jamais le passé n’a été autant congelé, lyophilisé, répertorié, étiqueté, numérisé. L’embryon au frigo, le patrimoine dans les musées – et l’individu émancipé de ses jougs historiques cheminera d’une modernité l’autre, parmi un peuple de robots.

Et ce second extrait, l’un des plus beaux de ce brillant essai :

Ainsi peut-être sera sauvé le plus précieux : cette malice de l’Histoire qui fait de la femme, nonobstant ses infortunes, l’impossédée de tous les vents. L’inaccessible. Là-bas, là-haut, plus loin que le soleil. Plus lumineuse. Plus salvatrice. Oui, la femme sera l’avenir de l’homme si elle consent à réenchanter le monde avec son atout maître : sa féminité.

L'AUTEUR

Ecrivain, journaliste, éditeur, Denis Tillinac publie avec Elle (Albin Michel) son trente-quatrième ouvrage. Le premier d’entre eux Spleen en Corrèze (Laffont) a été publié en 1979. Une cascade de prix littéraires viendront récompenser un auteur comblé : Prix Roger-Nimier en 1983 pour L’Eté anglais (Robert Laffont), Prix Kleber Haedens pour Maisons de famille (Robert Laffont, 1987), Prix Jacques-Chardonne pour La Corrèze et le Zambèze (Robert Laffont, 1990, Prix Léautaud en 1996 pour Dernier verre au Danton (Robert Laffont), un palmarès éblouissant dont le dernier en date couronnera le Dictionnaire amoureux de la France paru chez Plon en 2008.

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