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"Dans un canard" : ce canard-là ne boite pas mais fait peur
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"Dans un canard" : ce canard-là ne boite pas mais fait peur

Philippe Jousserand pour Culture-Tops

Philippe Jousserand pour Culture-Tops

Est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.
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THEATRE

Dans un canard

Texte et mise en scène de Jean-Daniel Magnin

Avec Quentin Baillot, Emeline Bayart, Éric Berger, Manuel Le Lièvre

 

INFOS & RÉSERVATIONS

Théâtre du Rond-Point

2bis, avenue Franklin D. Roosevelt

75008 Paris

Tél. : 01 44 95 98 21

http://www.theatredurondpoint.fr

Du mardi au dimanche à 18h30

ATTENTION: dernière, le 14 mai

RECOMMANDATION

           EXCELLENT et érudits

THÈME                                                                                                            

De nos jours, dans une entreprise de télémarketing, l’ascension brutale dans la hiérarchie d’un petit stagiaire grâce à une succession de circonstances dérisoires, puis sa chute tout aussi spectaculaire.

POINTS FORTS

1) Jean-Daniel Magnin signe ici un véritable scanner à la fois lucide et terriblement ironique du monde de l’entreprise actuel. Certes, cet univers n’a jamais été un modèle de douceur et d’harmonie, mais avec la crise économique grandissante et la courbe du chômage indomptée, il est devenu une jungle où règnent désormais cruauté gratuite et sauvagerie inhumaine.

Son écriture est à la fois très réaliste (il évoque tout de go la douleur au travail, le suicide des cadres, le recours abusifs aux stagiaires, les promotions abruptes et les déchéances soudaines, la prépondérance insensée des réseaux sociaux, du buzz et des coachs…) mais il teinte le tout d’une fantaisie absurde. Dans la salle, les spectateurs sont à la fois effarés par la ressemblance du tableau et amusés par son décalage. Une écriture extrêmement maîtrisée.

2) Ils sont quatre comédiens très investis et, à l’exception de Quentin Baillot qui joue Donald Leblanc, le stagiaire-narrateur, chacun interprète plusieurs rôles. Tous sont remarquables, un véritable carré d’as, et leurs personnages sont finement croqués, très vivants.

3) La scénographe Anne-Sophie Grac a conçu un bon décor frontal, découpé en trois parties. A gauche, à jardin, un espace feutré et filtré pour les scènes du monde privé, et à droite, à cour, des murs à moitié vitrés entourent les scènes du monde public, notamment celui du travail.

Au centre, deux portes coulissantes qui figurent celles d’un ascenseur pour passer d’un étage à l’autre ou, dans une entreprise, pour monter ou descendre symboliquement les échelons. (L’ascenseur est toujours un élément capital dans les œuvres de fiction qui traitent de la vie professionnelle. Pour preuve la série télévisée « Mad men » ou « La Garçonnière », le film de Billy Wilder porté à la scène au Théâtre de Paris actuellement.) Mais ici, ces portes qui glissent latéralement représentent aussi celles d’un crématorium. Tout un symbole, tout un programme…

POINTS  FAIBLES

Une broutille : pourquoi avoir choisi Titi, le héros du dessin animé, comparse de Grosminet, pour le visuel de l’affiche de ce spectacle intitulé « Dans un canard » où le héros plein de candeur se prénomme Donald ? Pourtant Titi n’est pas un palmipède naïf mais un canari très malin…

EN DEUX MOTS

Le théâtre s’est toujours intéressé aux entreprises (Michel Vinaver, Jean-Claude Brisville, Daniel Besse) mais elles n’ont jamais été un de ses sujets de prédilection. Aujourd’hui que le monde du travail va mal, très mal, et qu’il est devenu le théâtre de tragédies, de nombreux dramaturges en font leur toile de fond. Avec « Dans un canard », Jean-Daniel Magnin propose une comédie inquiétante, une fable terriblement réaliste où l’absurdité des situations paraît à peine œuvre d’imagination. On rit de bon cœur mais surtout d’effroi.

UN EXTRAIT

Niels (Manuel Le Lièvre), le chef de service, à Donald Leblanc (Quentin Baillot), le stagiaire qui a pris sa place : « Sache que désormais tu es dans ma kill box ».

L’AUTEUR

Secrétaire général du Théâtre du Rond-Point de 2002 à 2011, Jean-Daniel Magnin en est aujourd’hui le directeur littéraire. En 2000, il fait partie des fondateurs des EAT (Ecrivains Associés au Théâtre) et écrit avec Jean-Michel Ribes le projet novateur du Rond-Point, ce théâtre entièrement dédié aux auteurs vivants.

Dramaturge, on lui doit notamment les pièces « Opéra-savon », « La Tranche », « Le Pain maudit », « Léviathan Coccyx » ou « La Baignoire et les deux chaises ». Il est aussi romancier et scénariste.    
 

 
 

 

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