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"Dans ce jardin qu’on aimait" : comment peut-on parler aussi bien d'amour ?
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"Dans ce jardin qu’on aimait" : comment peut-on parler aussi bien d'amour ?

Vous n'avez peut-être jamais entendu son nom. Pourtant, Pascal Quignard, d'une discrétion absolue, est sans doute l'un des cinq à dix meilleurs écrivains français vivants. Lisez "Dans ce jardin qu'on aimait", vous comprendrez pourquoi et vous partirez à la recherche de ses livres précédents.

Serge Bressan pour Culture-Tops

Serge Bressan est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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LIVRE
« Dans ce jardin qu’on aimait »
de Pascal Quignard
Ed. Grasset
176 pages
17,50 €.
RECOMMANDATION : EN PRIORITE 
THEME
Avec l’écriture ou le jardinage, Pascal Quignard cultive une autre de ses passions : la musique. Et c’est ainsi qu’il a décidé d’évoquer le destin étonnant du révérend pasteur Simeon Pease Cheney, auteur d’un unique livre : « Wood Notes Wild, Notations of Bird Music » (Boston, 1892). Simeon Pease Cheney a vécu à Geneseo, à proximité du port de New York, à la même époque que les sœurs Brontë et l’invention du saxophone. 
Cheney était révérend mais aussi compositeur et ornithologue. Les membres de la paroisse lui reprochaient souvent de se consacrer plus à la nature et aux oiseaux qu’à Dieu. Mais voilà, Cheney a passé sa vie à noter le chant des oiseaux, celui de l’eau qui coule dans l’arrosoir ou encore le son particulier que faisait le portemanteau du corridor quand le vent s’engouffrait dans les trench-coats et les pèlerines l’hiver… 
Sa femme qu’il aimait, qu’il chérissait, est morte à 24 ans en donnant naissance à leur enfant. Le révérend ne s’en remettra jamais, passera du temps encore et encore dans ce jardin que sa femme Eva entretenait avec bonheur, dans ce jardin qu’on aimait. 
Son cahier de notes dans lequel il consignait sa traduction des chants de la nature, Cheney ne réussira jamais à le faire publier. Son fils (dans la vraie vie), sa fille Rosemund (dans le livre de Pascal Quignard) l’éditera à compte d’auteur après sa mort. Et quelques années plus tard, ce livre éblouira le compositeur Anton Dvorák et lui inspirera, en 1893, le « Quatuor à cordes n° 12 ».
POINTS FORTS
-Le texte indispensable de la musique originelle et de l’amour éternel.
-Le charme fou et enveloppant de ce style irrésistible d’un grand maître d’écriture.
-L’immense culture de l’auteur, Pascal Quignard, qui jamais ne l’étale comme le ferait un « faiseur » romanesque.
-La délicatesse feutrée d’un texte follement protéiforme.
-Avec l’application d’un moine copiste, Pascal Quignard a écrit, une nouvelle fois, un texte de haute volée. « Dans ce jardin qu’on aimait » tient de la fiction, du roman, de la poésie, du théâtre; et même de ce théâtre nô que l’auteur apprécie tant. Du roman d’amour, aussi, comme il le confie : « J’ai été ensorcelé par cet étrange presbytère tout à coup devenu sonore, et je me suis mis à être heureux dans ce jardin obsédé par l’amour que cet homme portait à sa femme disparue ».
POINTS FAIBLES
Il serait malintentionné et malhonnête de chercher le moindre point faible dans ce jardin…
EN DEUX MOTS
          Avec une écriture d’une simplicité étincelante et une construction d’une évidence poétique, Pascal Quignard a dit en mots la musique originelle et l’amour éternel. A coup sûr, un des grands et indispensables livres de l’année, voire de la décennie…
UN EXTRAIT
ou plutôt deux:
- « Ce révérend pour lequel me portait une sorte de vénération en raison de son attachement extraordinaire aux oiseaux. Pour la beauté de la nature, cet homme d’Eglise avait délaissé Dieu. Il avait répondu à l’appel des chants de la forêt et des vagues des onze lacs glaciaires qui entouraient sa maison et qui formaient comme deux mains étranges ».
 - « C’est vrai, je suis souvent absent à ce que tu vis. Je vais même te dire, mon enfant, tu es mon enfant mais cela ne m’intéresse pas. Ta vie n’est pas ma vie. C’est elle, ma vie ! Je l’aime. Je ne veux pas rater son souvenir. Je suis sous son regard.
Je ne veux pas laisser mourir sa mort.
Elle était si joyeuse, si déterminée, si indépendante, si puissante.
Si longue, si élancée, si belle !
Je la protège peut-être, tu sais. Je la soutiens.
Tu sais, je pense que je la fais vivre plus longtemps que sa vie ! »
L'AUTEUR
Né le 23 avril 1948 à Verneuil-sur-Avre (Eure), Pascal Quignard glisse régulièrement, depuis bientôt cinquante ans, un livre dans les rayons des librairies. Tantôt roman, tantôt essai, voire recueil de poésie, contes, nouvelles… En 1991, il connait le succès quand son roman, « Tous les matins du monde », est adapté au cinéma par Alain Corneau. En 2000, il reçoit le Grand Prix du roman de l’Académie française pour « Terrasse à Rome » et en 2002, le prix Goncourt pour « Les Ombres errantes », tome 1 de « Dernier Royaume ». 
A 69 ans, Pascal Quignard est toujours là, publie ce superbe « Dans ce jardin qu’on aimait » et cultive toujours l’art de la discrétion… et l’excellence littéraire.

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