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André Malraux - Histoire d’un regard de Jean-Yves Tadié
André Malraux - Histoire d’un regard de Jean-Yves Tadié
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"André Malraux - Histoire d’un regard" de Jean-Yves Tadié : faire revivre Malraux et son Musée imaginaire, une belle résurrection

Jean-Yves Tadié a publié "André Malraux - Histoire d’un regard" aux éditions Gallimard.

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau pour Culture-Tops

Yann Kerlau est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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"André Malraux - Histoire d’un regard" de Jean-Yves Tadié

Gallimard - collection blanche - 240 p. - 18 €

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Thème

Après Proust qui aura été la passion de sa vie d’écrivain, Jean-Yves Tadié s’attaque au Musée imaginaire d’André Malraux. Un texte que les historiens de l’après-guerre avaient sciemment écarté de leurs routes. La raison ? Trop de lyrisme et une prose étincelante qui les dérangeaient autant que la célébrité de leur auteur. Les voilà ressuscités par l’analyste pointilleux qu’est Tadié et cette résurrection nous en donne les clés : l’art moderne y retrouve la place que Malraux lui avait assignée dès la publication de La psychologie de l’art (1947-1950) et des Voix du silence (1951).

Selon Malraux, l’histoire de l’art ne gagne rien à être chronologique : les statues du Gandhara ou l’art assyrien doivent être perçues et vécues avec l’œil de notre temps. Celui de Rouault au début du vingtième siècle, mais aussi celui de Goya qui annonce Manet. « La principale conquête de l’art contemporainc’est la liberté de peindre. Pour la première fois depuis des millénaires, le peintre est libre et peindra comme il le voudra, comme Balthus, comme Picasso, comme Mondrian »

Points forts

« Si le passé nous concerne encore, c’est justement que nous attendons de lui le sens caché de l’aventure humaine ». Cette phrase de Malraux est le sésame d’une lecture à l’envers permettant au monde d’aujourd’hui de jouir aussi bien d’un Basquiat que de Giotto ou du Christ Pantocrator. Avec des décennies d’avance, Malraux fait de l’art contemporain un passage obligé qui « reconsidère toute l’histoire parce qu’il permet d’aimer les arts dont nous ne comprenons pas le sujet, ou qui n’imitent pas le réel. C’est l’art moderne - Picasso en est la dernière incarnation – qui redécouvre des formes, des moyens d’expression, comme l’esquisse, et des pans entiers de l’histoire, l’Egypte et les primitifs. Tous ces arts disparus, c’est grâce au Musée Imaginaire que nous les retrouvons et que nous les ressuscitons. (p. 154)

Points faibles

Je n’en vois pas. 

En deux mots ...

Un essai dont le dessein n’est pas d’ériger, post mortem, une statue à André Malraux pas plus que de combattre ses ennemis invisibles mais de lui redonner une place majeure. Si la Cinquième République s’est servie des talents oratoires de Malraux au Panthéon ou ailleurs, J.Y.Tadié a préféré s’interroger, examiner, écouter l’homme-orchestre qui fut capable d’audace quand il s’agissait de faire aimer la grandeur de l’humanité et son tracé de la vie à l’au-delà. Un chant profond qui donne de l’histoire de l’art une lecture qui n’a pas pris une ride et s’avère capable de réincarner les œuvres dignes qui méritent de l’être où qu’elles naissent et à quelle que date que ce soit.

« Toute œuvre d’art est une possibilité infinie de réincarnation. »

« La vérité de l’histoire de l’art, c’est le conflit entre les formes. Il s’agit moins de voir le monde que d’en créer un autre…Il n’y a pas d’explication des styles par la vision géographique ou historique. Pas d’homme gothique. Voir au contraire, c’est imaginer sous forme d’art dans un domaine où les choses échapperaient à la mort. »

Un extrait

« La parole du passé est toujours parole d’oracle : vous ne la comprendrez que si vous devenez les architectes du futur et les interprètes du présent. »

L'auteur

Normalien, agrégé, écrivain et professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne, commandeur des Arts et Lettres, Jean-Yves Tadié est aussi directeur des collections « Folio Classique » et « Folio théâtre » chez Gallimard. Après avoir été directeur de l’institut français de Londres, J.Y.Tadié a enseigné à l’université d’Oxford, de Yaoundé, d’Alexandrie et du Caire. Éminent spécialiste de Proust auquel il a consacré neuf ouvrages, la nouvelle édition en 1988 de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust dans la bibliothèque de La Pléiade a été couronnée par le Prix de l’Académie Française. Dans la même collection, il a préfacé et dirigé les Œuvres complètes de Nathalie Sarraute, le premier volume des Ecrits sur l’art d’André Malraux (Gallimard, 2004) et le tome VI des Œuvres complètes du même auteur (Gallimard, 2010).

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