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L'équilibre des pouvoirs de la Ve République est perturbé.
L'équilibre des pouvoirs de la Ve République est perturbé.
©Reuters

Chroniques du pot aux roses

Zizanie en Normalie : la paralysie progressive de François Hollande perturbe l'équilibre des pouvoirs de la Ve République

Puisque l'exercice gouvernemental se borne à des annonces fumeuses qui ne peuvent se traduire par des réformes concrètes et des textes de loi, chacun est désormais libre de dire tout et n'importe quoi, sans souci de cohérence.

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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1 - Mon Pépère ce Ayrault

Faute de miraculeuse reprise économique pour se tirer d'affaires, le pouvoir socialiste est dos au mur. Il espère, qu'effarés par la dégradation accélérée de la situation française, les Allemands autoriseront tôt ou tard Mario Draghi et la BCE à racheter nos dettes ; qu'ils inventeront une acrobatie juridique pour justifier ce tour de passe-passe.

En attendant, il faut vivre d'expédients, amuser la galerie. Puisque les réformes sociétales deviennent périlleuses elles aussi, les grands chantiers sans entrée ni sortie, tel celui de la refonte complète de notre système fiscal, paraissent un moyen adéquat de distraire l'opinion, avec la complicité sentencieuse de la presse socialisante et subventionnée qui doit se pincer pour ne pas ricaner en commentant ces subterfuges. 7 000 emplois sont directement ou indirectement menacés chez le transporteur Mory Ducros ? On disserte au ministère du Travail sur l'introduction à l'horizon de 3 ans d'une CSG à taux progressif ! La question fiscale est pourtant du ressort du ministère des Finances, croyait-on.

Puisque l'exercice gouvernemental se borne à des annonces fumeuses qui ne peuvent se traduire par des réformes concrètes et des textes de loi, chacun est désormais libre de dire tout et n'importe quoi, sans souci de cohérence. C'est l'action ministérielle réduite au lancer de ballons-sondes.

On vit donc, ces derniers jours, nombre de tabous institutionnels brisés et des figures inédites apparaître.

Tout d'abord, celle du Premier ministre - président. Alors que Lui-chef de l'Etat était en goguette israélienne, Lui-chef du gouvernement annonça soudain une fameuse et fumeuse réforme globale du système fiscal français, sans que son patron ait été mit dans la boucle, comme on dit désormais. Même en temps de cohabitation, la chose eût paru offensante pour le locataire de l'Elysée. Mitterrand aurait publiquement tancé Chirac, si ce dernier s'était avisé d'annoncer pareil bouleversement et d'y convier les partenaires sociaux sans l'en informer préalablement. Hollande se contenta de faire "gulp" en soulignant que ce vaste programme prendrait bien ce qu'il lui reste de quinquennat.

C'est à croire que, perdu pour perdu, Ayrault a décidé de pousser les feux. Trop d'humiliations sans doute... Il y a trois semaines à peine, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et proche du président, se permettait d'ironiser : "Il y a un problème de cohérence dans l'expression du gouvernement". Mais voilà soudain un Ayrault vengeur prêt à lui clouer le bec.

Ce triomphe risque toutefois d'être de courte durée. Face à ce Premier ministre - président, un contre-pouvoir inédit est en effet aussitôt apparu : le Ministre - Premier des finances.

Ulcéré d'être lui aussi écarté de l'incroyable annonce sur la réforme fiscale, furieux d'apprendre qu'à Matignon on envisageait de changer les principaux directeurs de son ministère sans lui demander son avis, Moscovici déclara que, naturellement, le grand sujet du moment était de son ressort. Il faut dire que la pilule est amère : jusqu'au 5 novembre dernier, il en était encore à asséner que le sujet fiscal était désormais tabou et "qu'il n'y avait pas de volonté de bouleverser le système". Il lui fallait reprendre ostensiblement la main.

Le président des Chrysanthèmes n'ayant pas osé recadrer le Premier ministre - président, le Ministre - Premier s'en chargea donc : "Il doit être très clair que cette réforme doit être un approfondissement de la démarche qui vise à améliorer la compétitivité", précisa-t-il. Voilà l'étrange figure d'un argentier qui se proclame supérieur à ses patrons ; une innovation institutionnelle remarquable, chacun en conviendra.

Enfin, l'essentiel est sauf. L'écotaxe, dont le sort dépendra du destin du grand soir fiscal, passe à la trappe grâce à cette diversion qui aurait ravit Courteline. Et les syndicats sont conviés à d'interminables parlotes qui feront peut-être oublier les cris des bonnets rouges. Les médias y veilleront.

Ah, au fait, juste une dernière précision : il n'est naturellement nullement question que la "grande réforme fiscale" fasse baisser les prélèvements obligatoires ou les dépenses publiques ...

2 - Sarkozy, rédacteur en chef de Libération !

Demorand, c'est un fait, les journalistes de Libération n'en veulent plus. Il faut dire que ses reptations pour tenir un discours gauchiste en apparence mais sagement pro-européen en réalité ont eu pour effet d'irriter un lectorat qui a fini par se carapater.

Normal ! titrait Libé quand le candidat de son coeur, François Hollande, fut élu président de la République en mai 2012. Que ne réalisait-il pas qu'il saluait ainsi une victoire qui allait le priver de son fonds de commerce, l'anti-sarkozisme ...

Si Demorand s'en va, osons une suggestion aux propriétaires du journal de Sartre et July : qu'ils recrutent donc Nicolas Sarkozy pour le remplacer. La surprise serait telle, la ligne éditoriale si étonnante, que les ventes seraient dopées. Il y aurait des motions de défiance tous les jours, on se précipiterait pour les lire. De toute façon, après l'attaque à main armée perpétrée - qui l'eût cru - par un zinzin d'extrême-gauche, le quotidien de la rue Béranger est paré pour les pires adversités.

3 - Et si les socialistes sauvaient les meubles lors des élections municipales ?

L'humeur anti-gouvernementale des Français est massacrante ce qui, fort logiquement, devrait conduire à une sévère sanction électorale pour le Parti Socialiste en 2014. A ceci près que les règles assez souples de maintien au second tour lors des élections municipales (10 % des votants) devraient conduire à la généralisation des triangulaires droite-fn-gauche, souvent favorables à cette dernière. Ajoutez y la fragilité de NKM à Paris et l'usure de Gaudin à Marseille : le début d'un scénario de résistance du PS pourra s'écrire rue de Solferino, avec la bienveillance des médias.

Ne resterait alors, pour que Mou-Président renaisse de ses cendres, que la situation économique s'améliore. Mais là, il n'y aura pas de triangulaires.

4 - La Philarmonie et les deux Pleyel

Au moment où l'entreprise de fabrication de pianos Pleyel disparaît, funeste symbole que nous évoquions il y a peu, le coût du chantier de la nouvelle Philarmonie de Paris, porte de Pantin, s'envole. C'est tout un résumé des problèmes de la France : une dérive des dépenses publiques et une attrition concomitante de la création de richesse privée, dans le même secteur.

Ajoutez à cela que l'Etat ne saura pas quoi faire de la salle Pleyel, rendue inutile par la ruineuse Philarmonie, et vous saurez pourquoi votre chanteuse de fille est devenue muette.

5 - Françafrique forever

Ouf ! Face à tous ces sondages calamiteux, la République centrafricaine, en crise perpétuelle, va peut être offrir à Mou-Président l'occasion de parader comme au Mali. Ce sera le deuxième plus beau jour de sa vie. Espérons qu'il dure plus longtemps que le premier quelque peu gâché depuis par les touaregs et autres islamistes opiniâtres.

A lire du même auteur :  "L'enfumeur", de Serge Federbusch, (Ixelles éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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