Un cyclone a terrassé l’intelligence et personne n’en parle | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Un cyclone a terrassé l’intelligence et personne n’en parle
©D.R

Les entrepreneurs parlent aux Français

Un cyclone a terrassé l’intelligence et personne n’en parle

Parmi les décombres des trente dernières années, il est une victime qui ne fait que peu parler d’elle. Terrassée, malmenée, jamais ramenée à la vie, elle devrait être au centre du cyclone médiatique, économique et politique, et personne ne sait si elle reviendra hanter la surface de la terre avant longtemps.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

Voir la bio »

Parmi les décombres des trente dernières années, il est une victime qui ne fait que peu parler d’elle. Terrassée, malmenée, jamais ramenée à la vie, elle devrait être au centre du cyclone médiatique, économique et politique, et personne ne sait si elle reviendra hanter la surface de la terre avant longtemps. Je voudrais à l’occasion du passage du couple maléfique, constitué par José et Irma, vous interroger sur le triste sort réservé à l’intelligence. L’intelligence, la victime la plus terrifiante, et la plus mystérieuse de notre cirque mondial. Mais où est elle donc passée ?

 

Pourquoi diable se poser une telle question au lieu de profiter tranquillement de son week-end, qui était marqué, en ce qui me concerne, par les débuts d’entrepreneur de mon fils aîné, perpétuant ainsi une longue tradition familiale débutée par…moi ! Pas d’entrepreneurs dans ma famille et tout à coup, le virus prend, il doit être passé dans les gènes du Jacquet, cette anomalie génétique, comme tout entrepreneur, issu d’un croisement étrange entre le Jura et l’est de l’Europe. Et bien, ce sont juste quelques petits indices liés à l’actualité.

Tout d’abord l’insulte à l’intelligence d’une partie de la gauche face aux réformes sociales et économiques en cours. Le RSI. La loi Travail. Interrogé sur divers plateaux TV depuis l’arrivée de cette Loi promise par l’actuel Président, mais qui malgré tout ne serait pas souhaitée par les Français (mais qui donc sait ce que veulent les Français ?), je me suis trouvé face à la démagogie. Vous me direz : quoi de neuf ? Mais justement, je me suis demandé depuis quand ce n’était plus neuf…

Mes contradicteurs, une fois passé l’argument facile de la volonté des français, n’avaient en bouche que 2 ou 3 mots. « Paupérisation, négation du syndicalisme, précarisation des travailleurs ». Or, aucune des mesures prises sur le travail n’aborde, à mon grand désespoir d’ailleurs, la question du licenciement facilité pour les PME, ne libère pas les plus petites entreprises d’obligations lourdes qui les pénalisent toujours autant, n’enlèvent rien aux syndicats, ne baisse pas (encore) le coût du travail et ne pousse pas à la baisse des salaires des plus démunis. En clair, rien qui ne puisse pousser, à part la démagogie, une France Insoumise (ce qui fait des non grévistes, des esclaves adorateurs de la soumission) dans les rues, aidée en cela par un parti socialiste de type Ponce Pilate qui soutient mais ne défile pas, histoire de ne pas perdre les quelques adhérents qui lui restent encore fidèles. Les petits mots remplacent une grande intelligence, qui consisterait à réaliser, enfin, qu’aider les PME à suivre le rythme de leur souffrance économique, en obtenant des facilités pour licencier, est le plus sûr moyen de les aider à recruter. 

Guère plus d’intelligence pour le RSI. Sa disparition consisterait à une façon détournée de considérer comme normal un statut d’indépendant, statut qui ne ferait, via la progression de l’économie dite du partage, que des esclaves modernes. Indiquant ainsi, lors de débats à des heures de grande écoute, que la totalité des indépendants travaillant pour une économie digitale qui progresse chaque jour, seraient des esclaves que Zola aurait pu ainsi décrire avec délectation. Oubliant au passage les dizaines de milliers de personnes dont la flexibilité du travail, le choix du contenu et du contenant ont amélioré les conditions de vie, bien plus que n’importe quelle Loi dite de sécurisation de l’emploi.

Enfin la démagogie oubliait également sur son passage un élément essentiel, à savoir qu’un entrepreneur qui créé une entreprise ne le fait pas pour créer des emplois. Qu’il risque la totalité de sa vie en créant une société, presque aussi sûrement que le joueur de casino, et qu’il ne doit l’emploi à personne. La démagogie oubliait de dire qu’une PME française, à 72%, ne sait pas si elle sera encore vivante à plus de 2 mois, car sa trésorerie ne lui permet pas de voir au delà, et qu’il faudrait expliquer à tous ces défenseurs de l’emploi obligatoire, que des entreprises à visibilité limitée ne peuvent offrir un emploi à durée illimitée. Non par dédain ou mépris de ses salariés, mais uniquement parce qu’à la fin du mois, si le compte bancaire est vide, personne ne sera là pour payer les salaires à sa place. L’emploi est la conséquence de la création et la croissance de l’entreprise, et non un dû pour la nation et les hommes.

Où est passée l’intelligence dont la caractéristique première consiste à respecter l’intelligence des autres ?

Puis une autre puce est venue gratter mon oreille. Plus insidieuse celle-ci. La couverture du passage du cyclone aux Antilles. J’ai noté, ce qui est facile à faire, puisque l’actualité consiste depuis 3 jours à montrer des palmiers prêts à s’arracher et des habitants désorientés, en souffrance, ce qui prouve que la douleur fait toujours autant vendre, que le cœur du cyclone du traitement de l’information se concentrait sérieusement sur St Martin. Moins sur St Barth. Et j’ai osé me poser en silence, cette question si politiquement incorrecte, presque punissable, de savoir si la raison était liée au niveau de vie des habitants ? Est ce que St Barth, joyau des caraïbes qui abrite tant de milliardaires, serait moins à plaindre du fait que la perte de leur logement fait moins pleurer, du fait du nombre de zéros sur la feuille de paie des propriétaires de cette île, comparée à St Martin ? Mais je me fais sûrement un film.

Les USA. On a parlé des dégâts énormes, à la progression desquels j’ai pu assister à la TV, tous les matins depuis Miami, pendant ma séance de sport quotidienne. Monstrueux. Mais plus totalement inhabituel. Cela aurait pu être l’occasion de lancer un débat sur le rôle de l’Etat, de la solidarité, de l’organisation et de la construction, de la place de l’entreprise dans l’essor économique d’un pays. Mais…rien ! Alors que le principal scandale qui se déploie devant nos yeux, ce n’est pas les conséquences de la puissance de la nature, qui se rappelle à nous et notre arrogance, elle que nous faisons tant souffrir depuis 100 ans, mais bien celui du refus de l’assurance. 

Si vous être entrepreneur à Houston, et que vous avez des investissements, des stocks, des salariés dont la vie dépend du succès de votre entreprise, vous êtes aujourd’hui fini. Dévasté, fini, vidé et liquidé. Car plus aucune entreprise d’assurance ne veut assurer les risques liés aux catastrophes naturelles. Ce secteur a adoré assurer l’activité de milliers de sociétés et Etats qui ont produit la catastrophe écologique dont nous subissons et subirons les effets, de façon terrible dans les années à venir, mais ne souhaite plus les assurer maintenant que cela tourne mal. Et les entreprises, et leurs salariés, meurent ! 

L’intelligence aurait consisté à lancer un débat sur ce sujet, au niveau mondial, mais là aussi, les images en boucles des voitures et maisons à la dérive a remplacé la réflexion de fonds.

Le réchauffement climatique semble avoir provoqué la fonte de l’intelligence. La démagogie, les petits mots pour décrire des idées étriquées, par des hommes sans vision, que nous ne remplaçons pas ou ne complétons pas par la multitude de femmes de talent à qui personne ne souhaite donner la parole, dans un monde toujours dominé par des hommes principalement blancs et de plus de 60 ans. Dernier exemple en date, très révélateur, de cette désormais fameuse couverture de Capital la semaine passée, montrant, tel des messies pour une pub rénovée du KKK, une palette de jeunes hommes, blancs, en chemise blanche, de moins de 35 ans. Oubliant au passage qu’aux USA, par exemple, plus de 40% des nouveaux entrepreneurs ont plus de… 50 ans ! Pas une femme, pas une couleur, pas un senior, pas d’handicapé. Rien ! L’info comme la lessive moquée par Coluche en son temps, lave toujours plus blanc. L’uniformité et le manque de diversité expliquent la disparition de l’intelligence.

Alors je fais un appel à la vôtre que je sais pourtant présente, et agile, pour vous rencontre à longueur d’année dans mes soirées d’entrepreneurs, think tank, conférences, associations, peuplées de gens si différents, si dissemblables, que leur principale force est justement de ne pas se ressembler et que l’intelligence s’alimente de contradiction et non d’uniformité. Le prêt à penser, et le politiquement correct, nous tuent. Lançons un appel à ce que l’obligation d’intelligence vienne remplacer le principe de précaution, dans les obligations constitutionnelles.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !