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Une minceur qui friserait l’anorexie sans la substance horlogère d’une mécanique très affûtée…
Une minceur qui friserait l’anorexie sans la substance horlogère d’une mécanique très affûtée…
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Quand les boules de flipper ne donnent plus l’heure, quand les petites secondes se décalent et quand l’impatience joue avec les minutes : c’est l’actualité des montres après Baselworld

Mais aussi la plus belle conquête du titane par un poignet, la lumière qui s’installe sans la graisse des zéros et la rupture néo-classique dans le rupturisme post-moderne…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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BULGARI: Un record d’élégance et de légèreté dans la sobriété…

Dans la famille « horlogerie d’aujourd’hui », je voudrais la mère :retenez bien ce nom d’« Octo », il sonne comme « Calatrava », « Oyster », « Autavia » ou « Speedmaster » et c’est le nom d’une légende en train de s’écrire. Bulgari ne cesse d’enrichir cette collection de pièces de référence : pour 2017, c’est une Octo Finissimo automatique, qui bat le record du monde des montres automatiques les plus minces (5,15 mm pour la montre ; 2,23 mm pour le mouvement). Esthétiquement, la pièce est superbe, avec son cadran épuré, son élégante petite seconde décentrée et son boîtier ultra-léger en titane sablé, dont le gris très élégant souligne l’architecture très subtile. Mécaniquement, c’est un chef-d’œuvre de micro-mécanique, aux performances étonnantes pour une telle épaisseur (le micro-rotor qui assure le remontage automatique est en platine). Avec sonsuperbe bracelet en titane ultra-souple, cette Octo Finissimo est incontestablement la plus belle réussite de ce printemps horloger, toutes marques confondues. Même si le plaisir de connaisseur est coûteux, avec une facture qui atteint les 12 000 euros, la proposition reste décente si on la compare aux montres équivalentes des manufactures suisses qui se poussent du col avec une certaine arrogance…

HALDIMANN: Trois siècles et demi d’une tradition sans conventions…

Dans la famille « horlogerie de toujours », je voudrais le père : dernier représentant d’unelignée d’horlogers établie en Suisse depuis 1642, Beat Haldimann n’est pas exactement le jeune cadre dynamique et globalisé qui fait le bonheur [certains, dont nous sommes, opteraient plutôt pour le… malheur !] des groupes de luxe. S’il ne parle que le rugueux schyzerdütsch des lacs alpins de la Suisse centrale, ses mains parlent la langue éternelle de l’horlogerie mécanique : aucune machine à commandes numériques dans son atelier, mais des idées un peu folles qui peuvent aller jusqu’à la montre sans aiguilles, ni cadran !Classiques mais jamais basiques, consciencieuses sans jamais être ennuyeuses et traditionnellesquoique jamais conventionnelles, les créations de ce « trésor vivant » du patrimoine horloger sont des pièces de collection que les (riches) amateurs du monde entier s’arrachent, à peu près à tous les prix. Refusant de succomber à la vogue des « ovnis » surtarifés qui plaisent tant aux gogos émergents, il en prend le contre-pied en proposant cette année des pièces plus accessibles [pour son niveau de qualité mécanique et de finitions] et d’un style apaisé : sa nouvelle H11 et sa nouvelle H12 (avec une petite seconde à 4 h) se paient même le luxe d’un boîtier en acier, on ne peut plus élégant avec son cadran argenté grainé. Le design est très inspiré par une montre Haldimann Frères de 1790, mais le balancier central (uniquement visible au dos de la montre) est une première dans l’histoire des montres-bracelets.Une Haldimann pour le prix d’une montre de luxe « industrielle » ? On en connaît qui font déjà des économies pour s’offrir ce chef-d’œuvre de l’horlogerie contemporaine (comptez tout de même dans les 30 000 euros), qui s’arrachera aux enchères dans quelques années…

BELL & ROSS: La lumière en toute minceur, sans la graisse des zéros…

Dans la famille « horlogerie de demain », je voudrais le cousin :si plus de 130 marques horlogères prétendent aujourd’hui présenter un « tourbillon » dans leurs collections, cette spécialité mécanique, autrefois très prestigieuse, n’épate plus grand monde. Sauf quand on sait retraduire ce « tourbillon » dans un style avant-gardiste pour en projeter les codes dans le futur. La nouvelle montre BR-X2 de Bell & Ross a donc été bâtie autour de son mouvement – carré, ultra-plat, entièrement repensé autour du tourbillon et de son micro-rotor de remontage : mieux, cette BR-X2 est un pur mouvement, seulement poséentre deux plaques de protection en verre saphir. Le résultat est magique, tout en transparence esthétique et en démonstration mécanique. Suprême politesse de la marque française de haute horlogerie accessible : le prix, contenu par Bell & Ross autour des 60 000 euros, là où les marques suisses ajouteraient sans vergogne un zéro. C’était une des innovations rétro-futuristes les plus remarquables de Baselworld 2017…

HERMÈS: Les raffinements d’une insolente impatience…

Dans la famille « horlogerie de maintenant », je voudrais la cousine :aucune marque ne saurait en remontrer à Hermès côté fantaisie, ce qui nous vaut des objets du temps dont les complications mécaniques réenchantent le quotidien. Cette année, en même temps qu’à l’heure d’été, nous passons à l’heure… impatiente ! Apparemment, c’est une montre « normale », qui affiche les heures et les minutes selon les codes classiques. Sauf que, à 4 h, apparaît un compteur de douze heures : c’est l’heure de votre prochain rendez-vous. À 6 h, une aiguille inhabituelle, avec un décompte sur soixante minutes : c’est le compte à rebours avant l’heure du rendez-vous affiché à droite. Quand les soixante minutes sont écoulées, la montre sonne, discrètement mais audiblement pour le porteur. C’est la première fois que l’impatience est récompensée par une montre mécanique (le mouvement a été conçu par le fameux horloger genevois Jean-Marc Wiederrecht) capable de muer l’attente en fonction récréative. Cette « Heure impatiente » est un ingénieux mais insolent prétexte à l’expression d’une horlogerie en toute liberté. La maison Hermès n’est jamais aussi convaincante que quand elle montre un sérieux inébranlable dans la volonté de ne pas se prendre au sérieux…

HYT: L’apaisement par la maîtrise d’une transparence fluidique…

Dans la famille « horlogerie du futur », je voudrais la fille : après diverses tentatives dans des esthétiques plus disruptives les unes que les autres, les « hydro-mécaniciens » de la jeune marque indépendante HYT ont trouvé dans leur nouvelle H Zéro la « forme » qui résume le mieux leur concept d’heures « fluidiques » (les heures sont affichées par la progression d’un liquide coloré dans un capillaire : sur l’image ci-dessous, on note les « soufflets » qui permettent de faire circuler ce fluide). La dialectique des cercles et des ondes dans les lignes et les volumes de cette montre semble parfaitement maîtrisée. La transparence du dôme de verre saphir permet une lecture latérale des heures tout en apaisant le style de ce qui n’est plus vraiment un cadran (minutes à 12 h, secondes à 10 h et réserve de marche à 2 h) : la montre y gagne une forme de classicisme, inattendue pour des pionniers du rupturisme horloger. Magie de cet apaisement : même les prix se sont calmés, puisque cette création de haute horlogerie créative n’est plus facturée qu’au-dessous des 40 000 euros, soit près de la moitié des prix pratiqués auparavant. 

HAUTLENCE: Horlo-ludiquement vôtre…

Dans la famille « horlogerie d’ailleurs », je voudrais le joker : attention, c’est du très osé au poignet ! Hautlence a décidé de ne plus s’intéresser aux heures et aux minutes, mais à l’objet de poignet lui-même : si les uns préfèrent les montres connectées, pourquoi les autres n’opteraient-ils pas pour un bon vieux billard mécanique de poignet ? Cette nouvelle Playground Pinball (« flipper ») permet de marquer des points en lançant des boules grâce à la tirette logée sur la droite du poignet : pas plus, pas moins ! Les mouvements du poignet compliquent la partie : chacun ses défis personnels ! Cette carpo-mécanique on ne peut plus ludique tire la langue à tous les canons de l’horlogerie classique, mais elle affiche des finitions impeccablement dignes de la haute horlogerie la plus traditionnelle : c’est tout de même plus rigolo que la 3 467e fausse nouveauté présentée par une des marques de Baselworld !

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

Lien : https://businessmontres.com/

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