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Des heures sautantes, des minutes traînantes et des secondes surgissantes (Urwerk).
Des heures sautantes, des minutes traînantes et des secondes surgissantes (Urwerk).
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Atlantic-Tac

Quand le temps fait du trapèze et quand la nostalgie bombe le tonneau : c’est l’actualité des montres

Mais aussi une aventurière très urbaine, les « oreilles » d’un Batman tourbillonnant, l’ovni le plus non-conformiste de la galaxie horlogère, des salons lacustres, une plongeuse marseillaise, des chameaux et des faucons…

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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BRM : Radicalement non conformiste…

Impossible de ne pas reconnaître la toute nouvelle FF39-40 de la marque indépendante française BRM (Bernard Richards Manufacture), la seule « vraie » manufacture parisienne de montres, capable d’usiner ses propres boîtiers, ses propres aiguilles et ses propres mouvements automatiques (nés d’une collaboration avec un atelier suisse). Question de forme, d’abord : cette FF39-40 (FF pour Full Floating, on va voir tout de suite pourquoi) adopte un style trapézoïdal totalement original dans l’offre horlogère contemporaine. Si les angles de ce trapèze sont arrondis, la proposition est puissante : c’est plus identitaire qu’une montre ronde et moins rigide qu’une montre carrée, mais cet isocélisme ne manque pas de charme, ni de personnalité – c’est un peu la main de fer dans un gant de velours. Pourquoi Full Floating ? Parce que le mouvement « flotte » dans le boîtier grâce à sa régulation des chocs sur un plan vertical et horizontal. On reprend ainsi le principe des silentblocs et des courroies automobiles : le « bloc moteur » de la montre est ainsi protégé des vibrations, ce qui accroît ses performances horlogères. On appréciera la couronne de remontage établie à cinq heures : une autre preuve du non-conformisme radical de cette montre. Établie dans le Vexin, aux portes de Paris, la maison BRM affiche depuis 2003 une inspiration automobile permanente : étanche à 30 m, cette FF-39-40 (39-40 pour les dimensions en millimètres d’un boîtier décidément très « portable ») se décline en titane ou en bronze, dans une grosse trentaine de versions différentes et de colorisations. Il faudra tout de même poser sur la table entre 9 000 et 12 000 euros pour en obtenir une, mais c’est le prix de la distinction absolue au poignet. Saviez-vous que la manufacture BRM avait été distinguée par la France comme « entreprise du patrimoine vivant » ?

CHARLIE PARIS : Tranquillement aventurière…

La nouvelle vague horlogère française, c’est aussi un riche bouquet de jeunes marques qui ne tentent pas de révolutionner l’univers des montres, mais qui cherchent tout simplement à se faire plaisir en nous faisant plaisir à travers l’expression d’une certaine idée de l’horlogerie. L’équipe indépendante de Charlie Paris a ainsi travaillé sa collection Concordia comme un agréable compromis entre les codes vintage et ce qu’on peut attendre d’une « sportive chic » contemporaine : baptisée Basalte, la nouvelle aventurière de cette série s’avance dans un boîtier en acier noirci de 38 mm [c’est le nouveau standard des tailles réputées « masculines », mais les filles adorent], avec un cadran noir texturé comme un banc de sable basaltique où les index et les aiguilles se détachent lisiblement en toute luminescence. Le mouvement est à quartz, l’étanchéité calée à 300 m, le bracelet fourni dans le genre Nato et le prix annoncé à 275 euros – ce qui fera de cette Concordia Basalte Made in France une des tool watches les plus prisées des prochaines vacances. Du costaud, du fiable (garantie deux ans), de l’élégance et de la « gueule » : l’aventure est au bout de nos terrasses urbaines !

TIMEX : Sympathiquement rétronostalgique…

Tant qu’à surfer sur la vague vintage qui émeut les nouvelles générations et titille nostalgiquement les boomers, autant franchement rééditer les icônes typiques de la créativité des années 1970. Voici donc le retour chez les Américains de Timex de la Q Timex 1972, à quartz comme il se doit, avec un boîtier tonneau bien renflé qui avait à cette époque des allure futuristes et avec ces index « flottants » qui semblaient en apesanteur sur le cadran. Évidemment, voici cinquante ans, le cadran rouge vif sous son dôme d’acrylique bombé était absolument révolutionnaire et cette Q Timex [Q pour quartz, technologie alors disruptive] était une bombe qui avait quelques tic-tacs d’avance sur la concurrence ! Depuis, la révolution a viré de bord et les mécaniques traditionnelles ont effacé les montres électroniques du haut du tableau, la bataille se jouant maintenant entre les icônes spéculatives de l’offre suisse et les dizaines de millions de montres connectées qui ont entrepris d’envahir les poignets : pour une grosse centaine d’euros [si vous arrivez à la trouver en France], cette Q Timex 1972 de 43 mm est une friandise horlogère à déguster sans modération, qu’on s’affiche millénial amusé ou qu’on se sente bobo décomplexé…

KROSS STUDIO : Batmanement vôtre…

Alors que le nouveau Batman s’apprête à débarquer sur nos écrans (The Batman), le jeune laboratoire créatif suisse Kross Studio célèbre l’événement avec une montre, qui est à la fois une vraie montre compliquée [on y reconnaît un tourbillon central, variante rarissime du tourbillon mécanique], qui est aussi un chef-d’œuvre batmanien, dans son esprit comme dans sa forme. Au centre de cette montre, on voir virevolter le Bat-Signal (la chauve-souris) une fois par minute. Sous le verre saphir dont le dôme coiffe le cadran, les heures sont affichées en périphérie par les deux « oreilles » du masque de Batman, alors que les minutes défilent sur un disque : on les lit entre les deux « griffes » sous l’index des douze heures [image ci-dessous : il est 10:50 ou 22:50] à cette montre batmanoïde de 45 mm de diamètre. Pas de couronne de remontage, mais une clé logée sur le fond du boîtier permet de remettre la montre à l’heure et de la remonter. L’écrin de cette pièce collector, dont il n’existera que dix pièces pour le monde entier (comptez 100 000 dollars pour vous en emparer) est une vraie sculpture lumineuse en aluminium, à la fois lampe de bureau fonctionnelle [quoi de plus naturel pour un héros de la nuit ?] et support de rangement. Au carrefour de la haute horlogerie et de la pop culture des comics américains, entre art contemporain et fétichisme adulescent, ce sera une des montres les plus étonnantes de la fin de cet hiver…

URWERK : Indéniablement ailleurs…

Attention, les yeux : ça pique les yeux ! Voici bientôt un quart de siècle (la marque a été lancée en 1997) que Felix Baumgartner et Martin Frei défraient la chronique horlogère : leur esprit pionnier a inspiré beaucoup de concept watches de la nouvelle génération, où ils ont toujours occupé une place prééminente, mais à part, loin du troupeau, dans un ailleurs horloger qui reflète parfaitement leur singularité. Leur nouvelle UR-112 Aggregat Odyssée qui va les faire rentrer dans le rang : c’est l’hapax hurluberlu, l’ovni absolu, la montre inattendue. Même si elle est complètement folle dans son concept mécanique (un affichage digital, mais frontal des heures et des minutes, avec, sous le capot supérieur, une indication des secondes et de la réserve de marche) et même si son architecte a tout pour décoiffer les timides (titane et acier en 42 mm de large pour 51 mm de long), cette montre hors du commun est parfaitement intuitive : on la porte moins discrètement qu’une montre classique, mais on lit plus aisément ses heures sautantes digitales et ses minutes traînantes numériques. Quel bonheur de faire profiter son poignet d’une vraie montre de haute horlogerie, aux finitions dignes des plus grands ateliers suisses (surfaces plates, courbes, rainurées, vissées, sablées, polies, mates, brillantes), et quel plaisir d’en parler avec ses voisins pour leur détailler des subtilités mécaniques qu’on vous épargnera ici. Bien entendu, Swiss Made et artisanat d’art horloger obligent, le prix court allègrement dans les six chiffres, mais c’est le ticket d’entrée dans un monde magique, loin, très loin, dans une très lointaine galaxie, où le temps qui passe emprunte de stupéfiants raccourcis esthétiques…

BON À SAVOIR : En vrac, en bref et en toute liberté…

•••• WONDER WEEK (salons horlogers à Genève) : nous voici à un mois du grand rendez-vous horloger qui rassemblera à Genève les marques du salon Watches & Wonders (près de l’aéroport : c’est le successeur du SIHH), de l’exposition Time to Watches (sur le campus de l’école de design HEAD), de l’espace Barton 7 (sur les bords du lac) ou de l’AHCI (Académie horlogère des créateurs indépendants), en plus de toutes les maisons qui tiennent salon dans les palaces du centre-ville. On attend plus d’une centaine de marques pendant cette semaine qui lancera le printemps horloger. Vedette de cette Wonder Week : le fameux et charismatique Jean-Claude Biver, qui nous présentera sa nouvelle « marque familiale », lancée sous le nom de JC Biver… •••• CHRISTOPHE CLARET : après avoir rendu hommage à l’épopée napoléonienne avec une série de montres capables de « sonner » les heures tout en animant des scènes de batailles impériales peintes en miniature, le maître-horloger (un indépendant français établi en Suisse) Christophe Claret en reprend le principe avec une montre à tourbillon et répétition minutes qui rend hommage à Cheikh Zayed, le « père » des Émirats arabes unis, qu’on surnommait le « prince de la paix ». Chameaux et faucons ont remplacé les tambours et les grenadiers de la Garde, mais ils s’animent avec le même entrain quand les heures, les quarts d’heure et les minutes sonnent, avec des tonalités différentes, sur les quatre timbres du carillon de la montre… •••• GUERRE EN UKRAINE : alors que le printemps horloger 2022 se présentait plutôt bien, avec des ventes en croissance un peu partout dans le monde pour les ténors de l’industrie des montres, le fracas des chenilles russes en Ukraine douche les enthousiasmes, sur fond de tensions géopolitiques en Asie, d’incertitudes économiques et boursières, d’inflation galopante et de mutations sociétales. Rien de très inquiétant pour l’instant, puisque la passion pour les montres demeure intacte et que les spéculateurs misent sans se lasser sur des « icônes » horlogères qui valent sur le marché secondaire dix à vingt fois leur prix neuf en boutique [où elles sont introuvables]. Les belles montres, c’est ce qui reste quand tout est chamboulé… •••• BOHEN : la jeune marque indépendante marseillaise persiste et signe avec sa Mille-Mer, une « plongeuse » au grand cœur étanche à 1 000 m et reconnaissable à sa couronne de remontage à 12 heures (ci-dessous). Dans ce boîtier en acier de qualité aérospatiale de 43 mm équipé d’un verre saphir bombé de 4 mm d’épaisseur, le mouvement automatique est suisse et les détails très soignée (loupe très spéciale pour la date, aiguilles et index très luminescents, bracelet métallique démontable sans outils, etc.). Le mode de distribution en ligne permet de contenir sous les 2 000 euros le prix de cette Mille-Mer, qui se négocierait à quatre ou cinq fois ce montant sous la signature d’une marque traditionnelle…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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