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Miss France 2017

Primaires pour tous : derrière l'emballement pour les concours de candidats, la désaffection toujours plus grave pour les partis politiques

Pour la première fois en 2014, aucun parti politique en France n'atteignait les 30% de cote de popularité. Le FN est le seul parti en hausse mais son niveau d'adhésion n'a pas dépassé ceux de LR et du PS. Comme un vague à l'âme des Français vis-à-vis de leurs formations politiques...

Emmanuel Rivière

Emmanuel Rivière

Emmanuel Rivière est DG France de Kantar Public (Sofres).

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Atlantico : Tous les partis subissent une défiance croissante de la part des Français. Seul le FN finalement s’en sort avec un nombre croissant de ses sympathisants. Est-ce un bon résumé des enquêtes sur la popularité des partis politiques que TNS Sofres réalise depuis 1974 ?

Emmanuel Rivière : Il suffit de remonter quatre ans en arrière pour constater qu’il y avait au moins un parti qui avait une cote estimable voire élevée. Il s’agissait en général de la formation située dans l’opposition. Lorsque la gauche était au pouvoir et décevait, le parti qui représentait la droite en bénéficiait et a contrario lorsque la droite était au pouvoir, la gauche s’en sortait bien mieux. Mais aujourd’hui, il n’y a plus cet effet de balancier. Depuis 2012, il y a un fort effacement du PS et la désaffection à l’égard des partis politiques est de plus en plus forte. Pour la première fois en 2014, aucun parti politique n’atteignait 30% d’opinion favorable. Le FN est le seul parti qui s’en sort bien à première vue. La formation de Marine Le Pen avait plafonné pendant plusieurs années à 10-15% mais aujourd’hui il est au même rang que les autres. À 25%, il est au même niveau que le score le plus bas du PS et de LR.

(rouge : mauvaise opinion // bleu : bonne opinion)

Le FN monte certes, mais il n’est pas plus haut que les autres ?

Il n’est pas plus haut que les autres effectivement. Le FN n’est pas un parti comme les autres et c’est à la fois sa limite et son moteur. Le plafond de verre joue dans les deux sens. En se présentant comme un parti différent, le FN bénéfice du rejet des autres partis et échappe aux reproches. Il offre la possibilité aux citoyens d’exprimer leur contestation. Mais ce n’est pas un parti banal. En dépit du travail de dédiabolisation, le Front national reste associé pour beaucoup de Français à des prises de positions extrêmes et violentes mais aussi à l’extrême droite française, surtout avec la parenté entretenue par Jean-Marie Le Pen. 

Dans une étude publiée au printemps 2015 par l’Eurobaromètre (enquête d’opinion qui sonde le niveau de confiance, notamment, dans les partis politiques dans les pays de l’UE), on apprenait que la confiance dans le système partisan en France s’élevait à moins de 5% ! Le fait que la désaffection vis-à-vis de la forme partisane et du jeu politique soit plus forte que celle qui concerne chacun des partis politiques français, révèle bien que les citoyens ne croient plus dans un système qu’ils jugent dépassé.

Lorsqu’on regarde l’avenir des personnalités politiques, les chefs de partis sont très mal placés. Jean-Christophe Cambadélis frôle 6% tout comme Jean-Christophe Lagarde, Jean-François Copé ne faisait guère mieux lorsqu’il était à la tête de l’UMP même si aujourd’hui il atteint de peu les 12%. La prise de direction d’un parti n’est plus un tremplin comme cela a pu être le cas encore sous Jospin et Chirac. 

(rouge : mauvaise opinion // bleu : bonne opinion)

Comment expliquez cette désaffection ? Pourquoi croyait-on plus aux partis politiques avant ?

Des partis comme le PC ont bénéficié d’affiliations politiques très fortes. Etre membre du PC était quasiment identitaire, cela faisait partie d’une tradition familiale, comme pour le PS et le parti gaulliste. Avec la fin des idéologies, la chute du mur de Berlin, on n’est plus dans même configuration. Les partis ne sont plus insérés dans une tradition. Il y a aujourd’hui un plus grand zapping politique et les citoyens sont de moins en moins disposés à appartenir à un parti. Ils prennent leur distance et ont pris de l’assurance dans leur capacité à affirmer leur choix qu’ils souhaitent singulier.

Il y a par ailleurs un essoufflement de l’exercice politique qui tourne à vide avec ses grandes universités de rentrée et ses grands meeting. Les citoyens sont devenus allergiques  au mode de fonctionnement des partis. Aujourd’hui, les lignes de clivage sur les grands sujets qui comptent le plus pour les Français ne sont pas correctement représentées dans l’offre politique. Notamment chez les jeunes qui sont moins marqués par la bipolarisation politique.

Il y a trop de sujets essentiel où les lignes de fractures ne correspondent plus aux lignes de démarcations des partis politiques. Toutes nos angoisses, aujourd’hui, à propos de l’’immigration, de l’identité, de la mondialisation s’articulent autour de la question du rapport au monde et de la place de la France dans le monde. Sur toutes ces questions comme sur celles qui sont sociétales, les lignes de fractures ne passent plus entre la droite du PS et la gauche de l’UDI mais elles sont à l’intérieur même des partis politiques. Elles  traversent le PS et les LR.

Globalement, il y a cette incapacité à produire du sens à l’échelle politique, ce qui a pour effet de créer des alternances qui ne sont pas perçues comme telles par les citoyens. Le fait que les partis soient dépourvus de solutions politiques nourrit aussi la désaffection. Ils occultent les sujets importants du point de vue des Français pour se précipiter sur des enjeux purement politiciens. Ce jeu de triangulation et cette inadéquation entre les lignes de démarcations des partis et les vrais sujets clivants pour les Français expliquent que cette représentation partisane a perdu de son sens. 

Changer de nom ce n’est donc pas, selon vous, LA solution à tous les maux pour un parti ?

Non, la solution c’est de changer la manière de faire de la politique. Il s’agit pour les partis de retrouver du sens et de renouer avec la tradition du compagnon de route (NDLR : têtes d’affiche sympathisantes du PCF). Il faut que les partis politiques se mettent au diapason de cette envie citoyenne de participer à la vie politique. Les partis politiques ne remplissent plus leurs fonctions de base : celle d’instruire le débat et de poser les enjeux, de sélectionner les candidats sur des lignes claires. D’une certaine manière, ils s’en remettent à l’opinion comme arbitre des débats comme aux électeurs via les primaires. Le monde a changé, le rapport des individus aux institutions a évolué. La forme partisane doit donc prendre acte de ce changement et s’adapter, pour dialoguer avec des citoyens considérés comme des adultes, et non pour leur servir les discours qu’ils attendent pour mieux les ignorer ensuite.

(rouge : mauvaise opinion // bleu : bonne opinion)

Depuis quelques années, les partis se sont détachés de leur base militante (aussi bien sur le financement que sur leur médiatisation). La baisse de l’adhésion des Français vis-à-vis des formations politiques n’est-il pas finalement un simple retour de bâton ? 

Le PS ne fabrique plus de carrière élective ou de plus en plus difficilement. A l’inverse du FN qui est le parti pour faire de la politique son métier. Cela fait très longtemps que le PS est un parti de cadres. Il avait tendance à s’appuyer sur ses enjeux d’appareil plutôt que d’inspirer de ses militants. Désir d’avenir était une tentative pour renouveler la base militante mais il s’est soldé par une défaite. Comme il n’y a que la victoire qui est belle et que Ségolène a perdu en 2007, on a oublié l’innovation qui était mise en œuvre et qui devait être poursuivie.

Le PS n’a pas donné suite à ses tentatives de s’inspirer des campagnes américaines afin d’impliquer ce réseau militant et extra-militant. Le Parti socialiste a laissé en jachère les éleecteurs de la primaire de 2011 et n’a pas chercher à animer ce réseau-là. Dans les appareils politiques, il y a une crainte de s’ouvrir. Ils ne veulent pas risquer d’en perdre la maitrise. Tant que la politique sera toujours dans la maitrise des appareils partisans, ils tourneront le dos aux électeurs.

Est-ce que la désaffection des partis politiques touchent d’autres organismes publics ? 

  

Les syndicats aussi sont touchés par cette désaffection mais à un moindre niveau. La désaffection s’explique aussi  par la complexification de la forme d’adhésion qui ne correspond pas au désir de donnant-donnant des citoyens. Le milieu associatif à l’ivnerse échappe à cette désaffection. Quant aux médias, ils subissent le même sort réservé aux partis politiques. Les citoyens reprochent le traitement médiatique de la vie politique et attendent une vraie explication, une manière de poser les sujets pour mieux comprendre la complexité du monde. Il y a une vraie exigence exprimée. Et la segmentation de l’information n’aide pas la réhabilitation du paysage politique. 

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