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Évolution de la cote d'opinion de Nicolas Sarkozy depuis Mai 2007.
Évolution de la cote d'opinion de Nicolas Sarkozy depuis Mai 2007.
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Nicolas Sarkozy a-t-il perdu la présidentielle ?

Au plus bas dans les enquêtes d’opinion depuis son élection en 2007, Nicolas Sarkozy perd une nouvelle fois en ce mois d’avril, selon le baromètre IFOP/JDD, un point en termes de popularité et de satisfaction des Français à son égard.

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier

Guillaume Peltier est député de Loir-et-Cher et vice-président délégué des Républicains. Il a été professeur d'histoire-géographie, chef d'entreprise et porte-parole de Nicolas Sarkozy.

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Un an, presque jour pour jour, avant le premier tour de l’élection présidentielle qui devrait se dérouler le 22 avril 2012, le Président est, de plus, malmené par différents sondages qui le donne perdant face à la pluparts de ses opposants socialistes.

On savait que depuis novembre 2007, la popularité de Nicolas Sarkozy n’avait jamais repassé la barre fatidique des 50%. On savait également qu’au fil de la conjoncture, des réformes entreprises ou encore des sujets jalonnant l’actualité, les Français pouvaient sans doute revoir leurs jugements sur l’homme qu’ils placèrent au pouvoir en mai 2007, avec pour certains mois des évolutions notables.

Mais depuis deux étés, à dire vrai depuis juillet 2009 où 45% des Français se disaient satisfaits du locataire de l’Éysée, la courbe de « bonne opinion » de ce dernier ne cesse de décroitre. Certes, quelques regains de faveur dans l’opinion sont là (ex : Aout 2010 : 36% de « bonne opinion »), mais depuis le début de l’année, la pente n’a jamais connu de relèvement. Pire pour l’Élysée, moins d’un Français sur trois est aujourd’hui satisfait du Président de la République qui fut pourtant élu avec plus de 53% des voix. 28% au mois d’avril, c’est ainsi un point de moins qu’en mars, trois de moins qu’en Février, quatre de moins qu’en novembre…

 

Évolution de la cote d'opinion de Nicolas Sarkozy

Dans le détail, chez les hommes, en avril 2011, Nicolas Sarkozy perd 3 points chez les sondés masculins, 2 points chez les 18-24 ans comme chez les plus de 65 ans, 4 points chez les ouvriers qui pâtissent les premiers de la hausse des prix, des cours de l’énergie et de la crise de l’emploi et enfin 5 points dans la catégorie des 50-64 ans qui l’a pourtant porté largement au pouvoir. A l’inverse certains gains de « bonne opinion » sont enregistrés, notamment chez les 25-34 ans (+3points), les professions intermédiaires (+ 3 points) ou encore chez les artisans-commerçants (+4points) et chez les écologistes (+ 7 points).

La plus grosse perte enregistrée du mois pour le chef de l’État se situe chez les sympathisants du Front National très impatients sur les actes plus que sur la parole présidentielle. La cote chute de 10 points, passant de 27% à 17%. Avec seulement 28% de crédit, la tache semble ardue pour Nicolas Sarkozy en vue de 2012. Et d’autant plus au regard de l’histoire de la Cinquième République, qui voit souvent  coïncider, la cote d’opinion du président en place un an avant le scrutin avec son résultat final de second tour.

C’est le Général de Gaulle qui, en décembre 1964, recueille 54% de « bonne opinion » et récolte en 1965 55,2% des suffrages exprimés. C’est Valéry Giscard d’Estaing en avril 1980 qui, crédité de 45% de « bonne opinion », réalise au final 48,2%, battu par François Mitterrand. C’est Mitterrand à son tour et sept années plus tard, en avril 1987 et en pleine cohabitation qui,  virevoltant autour de 56%, repartira pour un second mandat avec 54% des voix…

 

La comparaison Nicolas Sarkozy - Valéry Giscard d'Estaing

La comparaison Nicolas Sarkozy - Valéry Giscard d'Estaing illustre d'une autre manière la grande difficulté s’agissant de sa relation avec l’opinion publique dans laquelle se trouve l'actuel locataire de l’Élysée, à 12 mois des échéances électorales de 2012. En effet, la cote de satisfaction de Nicolas Sarkozy mesurée en ce mois d'avril 2011 est en deçà de 17 points sur les opinions positives et surtout de 30 points sur les jugements négatifs avec celle de Valéry Giscard d’Estaing, unique Président de la Vème République n’étant pas parvenu à obtenir sa réélection à l’issue de son mandat.

A cet égard, les points communs fréquemment avancés entre les mandats Giscard et Sarkozy - jeunesse de ces deux Présidents, volonté de rupture avec leurs prédécesseurs pour ce qui est de l'exercice de la fonction présidentielle, ouverture politique au début du mandat mais également contraintes liées à la survenance de crises économiques majeures... - s'arrêtent s'agissant de l'indicateur de popularité. En effet, ce n'est que dans les tous derniers mois de son septennat (février 1981) que Valéry Giscard d'Estaing a connu une impopularité majoritaire quand Nicolas Sarkozy a été dans l'obligation d'intégrer ce paramètre, à peine 6 mois après son élection.

Et pourtant ? Rares sont ainsi les parieurs qui viendraient à miser sur un second mandat de l’actuel chef de l’État. En effet, nombreux sont les sondages qui donnent l’ancien maire de Neuilly au coude à coude avec le candidat socialiste, au coude à coude avec Marine Le Pen, présent ou absent du second tour selon les hypothèses testées et les périodes données. Cela étant, les surprises ne manquent pas lorsque l’on se penche une nouvelle fois sur les élections présidentielles passées. Quelques retours en arrière peuvent en témoigner. Les sondages restent une excellente photographie de l’opinion publique mais ne prédisent pas un an avant le résultat final !

 

Et Jacques Chirac...

En 1995, Jacques Chirac, président du RPR, voit les sondages donner Édouard Balladur, Premier Ministre de la cohabitation, écraser le candidat de gauche qui en la personne de Lionel Jospin ne sera d’ailleurs désigné que sur le tard, en février. Porté par de véritables plébiscites (jusqu’à 35% au premier tour et 65% au second d’intention de vote), Balladur se lance alors qu’il avait pourtant fait savoir qu’il « n’irait pas ».

En avril 1995, Lionel Jospin avec plus de 7 millions de voix arrive en tête du premier tour avec 23%. Avec moins de 21%, Jacques Chirac se retrouve au second tour, second tour qui le portera à l’Elysée. Certes il s’agit là d’un paroxysme lorsque l’on évoque 1995 mais d’autres courses ont, elles-aussi, réservées leur lot de surprise. Malgré l’impopularité grandissante de son Premier Ministre de l’époque, Raymond Barre, tous les sondages donnent encore quatre mois avant le premier tour du scrutin Valéry Giscard d’Estaing largement vainqueur, on connait la suite…

Le « troisième homme » de 1987, Raymond Barre, encore lui, domine outrageusement Jacques Chirac au printemps 1987, menaçant même par moment le champion de la rose. En dix mois, Chirac refera son handicap sur Barre et renverra ce dernier à son statut de troisième homme, troisième homme de peu avec la percée réalisée alors par un certain Jean Marie Le Pen (14,4%). Le Pen justement, dont personne n’a jaugé l’ascension en 2002. Résultat, 19,9% pour Chirac, un second tour pour le Front National et une retraite à l’île de Ré pour Jospin…

 

Nicolas Sarkozy  n’a pas dit son dernier mot

Entre les déclarés qui pourraient se retirer, les probables, les possibles et ceux qui devront passer par les fourches caudines des primaires, Nicolas Sarkozy  n’a surement pas encore dit son dernier mot et s’est d’ailleurs voulu ces derniers temps rassurant envers ses troupes, affirmant qu’il « sentait bien » la situation.

Il est vrai que le flou règne encore et pas seulement chez les petits candidats. Avec un Centre déchiré et en pleine recomposition... A coups de défenses bien limés, les éléphants socialistes ne sont, de même, pas moins de six à entretenir le suspense… suspense qui sera sanctionné par des primaires. Quant à Marine Le Pen, n’est-elle pas « trop haut trop tôt » ? Et, au sortir de plusieurs crises économiques, sociales, géopolitiques, Nicolas Sarkozy conserve un socle de 20% environ non négligeable avant d’entrer en campagne. Et tout particulièrement de près de 40% des plus de 65 ans qui joueront un rôle clé dans le scrutin. De quoi pour autant enrayer la spirale sondagière ?

Nicolas Sarkozy a été élu en 2007 sur le triptyque : identité, sécurité, travail. Le déplacement dans les Ardennes, après le discours de Grenoble l'été dernier et les nouvelles propositions relatives à l'immigration ces dernières semaines, vient compléter la stratégie présidentielle. Au-delà des promesses et des paroles que les Français n'écoutent plus et auxquelles ils ne croient plus, Nicolas Sarkozy a compris l'importance des actes symboliques : ces derniers jours, l'affaire du train de Vintimille et la prime de 1000 € entrent dans cette prise en compte plutôt récente.

A n’en pas douter, le cru 2012 réservera, comme souvent, nombre de surprises. De là à savoir si le savoir-faire présidentiel sera payant ?

 

Guillaume Peltier pour la Lettre de l'opinion

Jérôme Fourquet pour l'IFOP

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