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iBooks Authors permet à n’importe qui de réaliser des ouvrages numériques.
iBooks Authors permet à n’importe qui de réaliser des ouvrages numériques.
©Reuters

La minute "Tech"

Manuels scolaires : Apple montre l’exemple

Un logiciel gratuit de création, un dispositif de distribution en ligne, des millions de terminaux: l’arrivée d’Apple sur le marché de l’éducation devrait donner des idées de ce côté-ci de l’Atlantique.

Nathalie Joannes

Nathalie Joannes

Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ;  recherche de ressources libres autour de l’éducation ;  formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ;  élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.

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Pour sa première opération de lancement après la disparition de Steve Jobs et une semaine après le Consumers Electronics Show de Las Vegas, évité pour ne pas diluer son prestige dans la foire aux annonces marketing, Apple a frappé fort sans vraiment surprendre. Comme d’habitude, la firme à la Pomme avait soigneusement disséminé des indiscrétions sur sa nouvelle offre présentée jeudi au musée Guggenheim de New York : iBooks 2 pour l’enseignement, mais pas seulement.


L’enseignant producteur et utilisateur

Il y a d’abord un logiciel gratuit. iBooks Authors permet à n’importe qui de réaliser des ouvrages numériques. Il suffit d’avoir un Mac et des idées. Une collection de modèles thématiques est déjà prête avec une grande diversité de mises en pages et d’esthétiques.

Un enseignant, par exemple, veut réaliser un petit ouvrage de sciences naturelles qui sera actualisé tout au long de l’année scolaire et au-delà. Il rassemble sa documentation pédagogique : croquis, photos, vidéos, sons, images en 3D. Il rédige ses cours et installe ses contenus par « glisser-déposer » dans les espaces prévus par le logiciels. Espaces qu’il peut modifier en fonction des chapitres. A tout moment, l’enseignant est à même de  vérifier sur son iPad la qualité de ce qu’il vient de faire.

C’est du rich media, mode de narration qui mobilise tous les moyens d’expression au service d’un contenu, article de presse ou leçon de choses. C’est aussi du web 2.0 dans la mesure où l’enseignant devient producteur et utilisateur de contenus qu’il peut échanger avec des collègues. Car chaque auteur peut soumettre sa création pédagogique à l’iBookstore. C’est aussi de l’informatique dans les nuages puisque les contenus sont stockés sur des serveurs distants.

Partenariats avec les éditeurs

Il y a ensuite, justement, iBooks 2 : un dispositif de distribution en ligne pour les enseignants qui ne voudraient pas, ou ne pourraient pas, préparer eux-mêmes leurs cours de cette façon. Dans le business model, l’enseignant créateur n’est pas la cible principale. Il est juste le propagateur d’une offre qui va essayer de rafler des milliards de dollars sur le marché américain de l’Education.

Un marché caractérisé par des manuels imprimés lourds, coûteux, peu stimulants pour les élèves et souvent « datés », en retard sur l’évolution de l’accès aux connaissances. Pour ne pas s’aliéner les puissances en place sur ce marché, Apple a conclu des partenariats avec les éditeurs Pearson, McGraw-Hill, Houghton Mifflin qui vont vendre leurs manuels numériques via le système de distribution en ligne iBook Store.

Logiquement, les livres numérisés devraient coûter nettement moins cher que les versions imprimées. Les écoles pourront faire des achats groupés, les familles pourront acheter directement. Mais tous les lycéens et étudiants n’auront pas forcément les moyens de se payer un iPad, qui reste une des tablettes les plus onéreuses. Dans la logique qui sous-tend la stratégie à long terme d’Apple, le prix des terminaux devrait diminuer au fur et à mesure que l’offre de contenus augmentera. Comme son prédécesseur iPod avec iTunes, iBook 2 est un terminal qui sert à faire acheter des contenus. Le fabricant d’ordinateurs étant devenu un des plus grands distributeurs de musique au monde, il peut devenir un des principaux éditeurs scolaires de la planète.

Et si la France se bougeait un peu

Avant que l’éditeur scolaire Apple se mette à raconter l’histoire de « nos ancêtres les gaulois » depuis Cuppertino, la France  pourrait se remuer un peu.

Il y a dans ce pays au moins deux fabricants de tablettes électroniques. Il y a dans ce pays de nombreuses petites entreprises à fort potentiels de développement capables de réaliser des logiciels d’authoring. Il y a dans ce pays, un Fonds Stratégique qui est censé soit protéger les entreprises contre des OPA soit les aider à créer des offres innovantes.

Pourquoi – sans copier les Américains comme on a copié le rock and roll et bien d’autres choses – ne pas mobiliser  les éditeurs, les enseignants et les acteurs des technologies numériques en réseau dans un projet d’allègement des coûts, d’allègement des cours et d’allègement des cartables ?  Juste pour éviter les accidents industriels irrémédiables que l’aveuglement des maisons de disques et de la presse n’a pas vu venir.

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