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Manuela Carmena.
Manuela Carmena.
©Reuters

Revue de blgos

Manuela et Ada, les deux "indignées" espagnoles plébiscitées sur les réseaux sociaux

Barcelone et peut-être Madrid : deux très grandes villes espagnoles passent aux mains des "Indignés", avec deux femmes, Manuela Carmena et Ada Colau.

Claire Ulrich

Claire Ulrich

Claire Ulrich est journaliste et fan du Web depuis très longtemps, toujours émerveillée par ce jardin aux découvertes, et reste convaincue que le Web peut permettre quelque chose de pas si mal : que les humains communiquent directement entre eux et partagent la chose humaine pour s'apercevoir qu'ils ne sont pas si différents et qu'il y a donc un moyen de s'entendre.

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En Espagne, les blogs et les réseaux sociaux jubilent. On peut dire que les "Indignés" sont nés justement sur les blogs et les médias sociaux, l'unique canal de communication et mégaphone du mouvement espagnol du mouvement depuis 2009, depuis les premières faillites et expulsions de masse, et parfois les suicides, des propriétaires incapables de payer leurs traites. Ces collectifs de quartier, ou comités anti-expulsion, ont grandi, muté et organisé d'immenses manifestations au fil des années, réunissant peu à peu tous les exaspérés de la politique traditionnelle, et se retrouvent aujourd'hui troisième force politique du pays dans les conseils municipaux espagnolsLa nouvelle donne a déjà deux visages, deux femmes, autre minorité en politique. Manuela Carmena à Madrid et Ada Colau à Barcelone.

La première est une juge à la retraite, ancienne militante communiste, experte en processus d'arbitrage et résolution de conflits pour l'ONU et très impliquée dans les politiques pénitentiaires.Son livre préféré est "Une histoire des droits humains". En ce moment, elle lit l'économiste Keynes. A 71 ans Manuela, la sans doute future maire de Madrid, tient un blog sur la justice, et a accordé sa première longue interview post-victoire à Ctxt (Contexte), un site indépendant d'information, né lui aussi de la vague "Podemos". Extraits :

Photo de la page Facebook de Manuela Carmena

Sur la précarité et les expulsions

" Il ne peut être toléré au XXIe siècle qu'on ne puisse pas empêcher de jeter les gens dans la rue. Il est incompréhensible que la loi - une loi adoptée en 2000 -  n'a pas établi ce que devient la personne qui est jetée à la rue. Elle précise ce que l'on fait avec votre mobilier, mais pas avec les gens, et qui est incroyable"

Sur l'éloignement des citoyens de la politique traditionnelle

"Quand un organisme est très dégradé, même s'il existe un médicament pour le sauver, il le rejette, car il est trop délabré. (...)  Parce que tous les partis politiques disent des choses qu'ils ne font pas. (...) Ce qui me préocupe, c'est que le mouvement 15M, et Podemos commencent à copier les attitudes des partis politiques classiques. Cela me fait très peur".  

Sur ce qui sera fait à Madrid

"Nous devons faire la distinction entre les grands objectifs et des mesures concrètes. Sachant que le plus important, c'est  l'attitude. Les objectifs peuvent ne pas être satisfaits, mais vous pouvez garantir l'attitude.. (...)  . Avoir des services sociaux vous donne la possibilité de faire beaucoup de choses. De là, vous pouvez créer. Vous devez écouter, un peu partout dans la ville. Vous ne pouvez pas vous passer des structures culturelles, qui devraient être exploitées davantage et mieux. (...) J'insiste sur une idée, que j'ai  déjà mentionnée auparavant et que j'aime beaucoup:  gouverner c'est écouter."

Ada Colau est plus Twitter que Facebook. Pendant des années, c'est de ce réseau plus agile, depuis son mobile, qu'elle signalait une expulsion à bloquer de toute urgence dans un quartier, par des chaines humaines face aux huissiers. A 41 ans, militante depuis toujours, fille de militants, un enfant de 4 ans, elle dit vouloir ne toucher que 2000 euros par mois si elle devient maire, ce qui, déjà, sera plus que ce qu'elle a jamais gagné, et ce qui est bien son style. 

Photo de la page Facebook de Ada Colau Ballano

Depuis le début de la crise, Ada et ses compagnons de la PAH, la Plateforme des victimes des hypothèques immobilieres, créée pour lutter par tous les moyens contre les abus bancaires et les expulsions à la chaine, a accompli par la mobilisation collaborative des prodiges d'enquêtes financières, de patience judiciaire devant les tribunaux et de coups d'éclat, comme ces milliers de billets de banque marqués d'un sceau d'infamie, à l'encre, pour dénoncer les expulsions, ou encore des danseuses de flamenco lâchées dans les banques et au Parlement. En Espagne, entre 2007 et 2011, ce sont un demi-million de procédures d'expulsion qui ont été lancées. La soumission des partis traditionnels devant le pouvoir des banques, et l'incroyable énergie des militants espagnols pour se battre, ont fait le reste, et sans doute beaucoup du résultat de ces élections à Barcelone. 

Vidéo d'une interruption par flamenco de séance de parlement, par un collectif anti expulsions.

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