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Le sondage réalisé par Goldman Sachs lors de sa dernière présentation en Asie a montré que pour 60% des gérants, l’Europe était la zone d’investissement la plus attractive.
Le sondage réalisé par Goldman Sachs lors de sa dernière présentation en Asie a montré que pour 60% des gérants, l’Europe était la zone d’investissement la plus attractive.
©Reuters

Revue d'analyse financière

Le "keynésianisme thatchérien" qui émerge en Europe séduit les investisseurs internationaux

Dans l'œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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Les bourses mondiales ont remonté de 2,4% cette semaine, selon l’indice MSCI AC World avec une meilleure performance (+2,4%) des marchés développés sur les marchés émergents (+2,1%). En Europe, le marché allemand (+3,9%) a fait nettement mieux que le marché français (+2,7%). Aux Etats-Unis, la hausse est de 3,2% pendant la semaine. Même si les risques sont encore nombreux (Chine, marchés émergents, éclatement de bulle immobilière…), les investisseurs semblent rassurés par la perspective d’une croissance mondiale de 3,6% en 2014, avec une croissance restant anémique en Europe autour de 1%.

En France, la Cour des Comptes craint un dérapage du déficit public en 2013, car les rentrées fiscales ont été selon elle surestimées. Le choc fiscal mis en place par le gouvernement a été totalement inefficace puisqu’en face de 33Md€ de prélèvements supplémentaires, il n’y a eu que 13Md€ de réduction du déficit public. Même si le nécessaire freinage des dépenses publiques est devenu la clé de voûte de la politique du gouvernement, on peut encore douter tant que nous n’aurons pas vu les premières mesures courageuses.

Le moteur de l’immobilier dans un pays où l’on manque cruellement de logements est totalement à l’arrêt. Notre pays est même devenu in des rares où la mise en chantier de logements va baisser en 2014.

La création d’emplois par le secteur privé, seule statistique qui compte vraiment, est toujours faible. Elles ont créé 14 700 emplois au quatrième trimestre après avoir supprimé 65 000 emplois sur l’ensemble de l’année. Le rebond de la fin de l’année mis en avant par les médias n’est tiré que par la progression de l’intérim.

Le « hollandisme » post voyage d’Etat aux Etats-Unis est un grand exercice de communication qu’on ne peut qu’approuver, après avoir nié pendant des mois que la France était sur une pente dangereuse en matière d’attractivité pour les investisseurs étrangers. Avec un peu d’humour, certains gérants pensent que François Mitterrand avait débarrassé la France du communisme en les écartant du gouvernement. François Hollande serait selon eux en train de faire la même chose en écartant les socialistes et les écologistes. A suivre…

En Allemagne, la production industrielle stagne depuis deux ans et le reste de l’Europe décline. Le crédit baisse aussi en Allemagne. Les taux longs sont supérieurs au taux de croissance de l’économie.

En Europe, on assiste à un timide redémarrage dans la zone Euro. L’Italie est encore en panne alors que l’Espagne et le Portugal ont l’air de redémarrer. La Grèce et Chypre sont toujours en récession profonde. Les investisseurs achètent les sociétés (il faut acheter les sociétés ont été détestées depuis cinq ans). Les meilleurs performances de la semaine ont été réalisées par Renault (+12,7%), Michelin (+8,8%) et Société Générale (+7,5%)

L’augmentation des allocations sur l’Europe dans les portefeuilles est en train de se produire. Le sondage réalisé par Goldman Sachs lors de sa dernière présentation en Asie a montré que pour 60% des gérants, l’Europe était la zone d’investissement la plus attractive. L’Europe serait dans une phase de « keynésianisme thatchérien » où l’on va mettre de côté le rigorisme monétaire de la Bundesbank en Allemagne et les exigences irréalistes de la CGT en France. On a un début de reprise économique et toujours beaucoup de pressions sur la BCE pour qu’elle reste particulièrement accommodante. A suivre…

En Chine, le « shadow banking » (crédits consentis par des entités qui ne sont pas des banques), continue d’inquiéter. Chaque semaine, il y a un nouveau fonds de produits structurés qui fait faillite, car 50% de l’actif de ces fonds a été investi en infrastructures, énergie, mines. Cette semaine, c’est au tour de Jilin Trust. Tant que la croissance restera au dessus de 8 à 9% tout défaut ne sera pas systémique et restera gérable, estime Chen Zhao, Managing Editor de BCA.

Les craintes de « hard landing » semblent excessives, même si la Chine resserre actuellement le crédit intérieur. En parallèle, elle ouvre le marché des « Dim Sum Bonds » (entreprises qui se financent en émettant des obligations en Renminbi). Il faudrait éviter néanmoins que  la Chine siphonne l’épargne mondiale, ce qui serait très négatif pour le reste du monde.

En Inde, la décélération de l’inflation autour de 8% est plus rapide qu’attendue. C’est une bonne nouvelle.

Aux Etats-Unis, la croissance économique du secteur privé a été de 5% au quatrième trimestre. L’Amérique est en train de devenir un véritable Etat pétrolier, beaucoup moins dépendant des monarchies pétrolières que dans le passé. On mesure également que les Etats ont supprimé des centaines de milliers de postes de fonctionnaires et ont limité la hausse des impôts locaux. Le Congrès a écarté la menace d’un défaut de paiement.

Le dollar devrait remonter car la balance commerciale s’améliore.

Toutefois, la Federal Reserve va accélérer le « tapering » si la croissance est supérieure à 3%. Une correction est probable, mais cela ne remet pas en cause le mouvement de hausse des actions qui devrait se produire à un rythme plus modéré, environ 3% en moyenne par an au cours des cinq prochaines années. Le potentiel de hausse est donc limité.

Au Japon, le dernier trimestre a été décevant en matière de performance économique.

il y a moins de place pour une poursuite de la baisse des taux pense Mark McClellan Managing Editor de BCA à Montréal. Tout le débat porte maintenant sur l’influence de la hausse de la TVA. En 2007, l’Allemagne avait remonté sa TVA et cela lui a réussi.

En tout cas, les gérants spécialisés estiment qu’il ne faut plus acheter le Japon pour la baisse du Yen. Il faut acheter maintenant les banques si l’on croit au succès des Abenomics (la politique économique du Premier Ministre Shinzo Abe).

Dans les pays émergents, les problèmes ne sont pas aussi graves que dans les années 90. Les marchés se traitent avec une décote de l’ordre de 30% sur les marchés développés. Les risques de contagion ne sont pas très importants, pense Bruce Kasman, économiste chez JPMorgan.

La fermeture de fonds spécialisés par un gérant aussi respecté que Brevan Howard est toujours un signe qui doit être interprété convenablement. Aucune explication officielle n’a été fournie mais il faut constater que les marchés émergents sont surpondérés en secteurs administrés et qu’ils ne montent plus quand les matières premières baissent.

Cela a pour conséquence que l’on croit acheter de la croissance, mais ce n’est pas le cas.

Désormais, il faut faire très attention aux sociétés qui ont emprunté en devises étrangères. Dans le cas de l’Inde : la baisse de la roupie a augmenté l’endettement des sociétés indiennes de 35Md$ ! Le price/book des marchés émergents est de 30% inférieur à celui des marchés développés.

Dans le secteur des vins et de spiritueux, la Chine boit moins. Les ventes de pernod Ricard en Chine ont baissé de 18% au cours des six premier mois de son exercice en cours. Le secteur est le deuxième poste excédentaire de la balance commerciale française, derrière l’aéronautique. Cette évolution montre que les sociétés du secteur qui ont été plébiscitées pendant de longs mois en bourse sont maintenant considérées comme moins attractives.

L’uranium revient au devant de la scène après trois ans d’éclipse. Xan Rice du Financial Times a consacré un récent papier au sujet. Il explique que le retour du Japon sur le nucléaire va changer beaucoup de choses. Parallèlement, on constate que de nombreux fonds de Private equity se retirent du secteur des énergies renouvelables qui sont maintenant considérés comme non intéressants compte tenu de la médiocrité des performances réalisées.

L’or, qui a été la grande déception de l’année 2013, est en progression de 10% depuis le début de l’année. Le métal jaune monte doucement, sans raison apparente. Les Chinois qui ont peur d’une baisse du dollar en achètent maintenant plus d’or que les indiens.

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