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Manfred Albrecht von Richtofen, surnommé le Baron rouge parce qu'il avait peint en rouge vif son Fokker Triplan Dr 1. Une montre d'aviateur rend hommage à cet "as des as".
Manfred Albrecht von Richtofen, surnommé le Baron rouge parce qu'il avait peint en rouge vif son Fokker Triplan Dr 1. Une montre d'aviateur rend hommage à cet "as des as".
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Le Grand d'Espagne à la mode pré-castriste, les Indiens urbains sur le sentier de la guerre et le dernier décollage du Baron rouge : c'est l'actualité des montres

Et aussi : le papillon qui se métamorphose en ballerine, le cheval qui galope depuis le sac du Palais d'Eté et la plongeuse qui se cramponne à ses chiffres romains...

Grégory Pons

Grégory Pons

Journaliste, éditeur français de Business Montres et Joaillerie, « médiafacture d’informations horlogères depuis 2004 » (site d’informations basé à Genève : 0 % publicité-100 % liberté), spécialiste du marketing horloger et de l’analyse des marchés de la montre.

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ZENITH : Honneur à une légende du ciel quasiment centenaire…

Quand il a traversé la Manche (c’était une première dans l’histoire de l’aviation) à bord d’un avion de sa fabrication, en juillet 1909, Louis Blériot portait une montre Zenith. C’est ainsi que la marque s’est imposée parmi les héros de l’aviation naissante, jusqu’à devenir ensuite un des principaux fournisseurs de l’industrie aéronautique pour les instruments de bord. La collection des Zenith Pilot Montre d’aéronef Type 20 commémore cet esprit pionnier, mais en dépassant les simples références franco-françaises par un hommage au fameux Baron rouge, baron  Manfred Albrecht von Richtofen, « as des as » de la Première Guerre mondiale (80 victoires homologuées), mort dans le ciel de la Somme le 21 avril 1918. Série limitée à 500 exemplaires en titane noir, avec un marquage GMT (double fuseau horaire) rouge et un fond gravé d’un médaillon qui reproduit le Fokker Dr 1. Hommage d’autant plus franco-allemand – nous fêterons l’année prochaine le centenaire de la déclaration de guerre – que le nom de « Type 20 » porté par cette Zenith dérive des spécifications techniques pour les montres d’aéronef livrées à l’armée de l’Air française, dont les pilotes mouraient sous les balles du Baron rouge…

VAN CLEEF & ARPELS : les envolées d’une ballerine enchantée…

Inspirée par une danseuse étoile russe, cette ballerine est bien sage sur son cadran, mais c’est une femme-papillon qui ne demande qu’à s’envoler. Vêtue d’or, de diamants et d’émail translucide, elle ne soulèvera son tutu qu’à la demande, quand on actionnera le poussoir à 8 h : on verra alors le pan gauche de son voile de scène indiquer les heures, le pan droit indiquant ensuite les minutes avant que le tutu ne retombe bien sagement. C’est l’envol d’un papillon autant que les entrechats d’une étoile sur scène – le tout engagé avec une immense subtilité mécanique qui fait se mouvoir avec grâce et retenue cette précieuse figurine. Après avoir inventé les « complications poétiques », Van Cleef & Arpels nous livre les clés d’une nouvelle chorégraphie mécanique…

DIESEL : Les Indiens urbains sur le sentier des heures…

Pour cette fin d’année, il était difficile d’échapper à la campagne de promotion pour les montres de la marque Diesel : les écrans en étaient pleins (vidéo ci-dessous) et il était difficile de ne pas repérer la tête d’Indien urbain qui s’annonçait avec une rythmique bien épaisse ! On aura compris que les montres Diesel (comprenez les « Timeframes » de la marque) relèvent de l’ultra-tendance côté avant-garde, avec des tailles déjà énormes pour la Mega Chief « vue à la télé » (59 mm, du simple XL chez Diesel), mais franchement délirantes – c’est le but du jeu – quand la Mr Daddy affiche 65 mm de diamètre. Il faut bien ça pour proposer un chronographe (temps 1) complété d’un affichage numérique (temps 2), additionné d’une montre « normale » (concept relatif chez Diesel) et assorti d’un second fuseau horaire (temps 4). Soit la possibilité de jouer sur quatre décomptes différents du temps : l’idéal pour les Indiens métropolitains qui ne veulent pas perdre une seule seconde de leur précieuse jeunesse. La mention « 3 bar » du cadran n’est pas le nombre de bistrots où il serait recommandé de s’immerger, mais la profondeur théorique (30 mètres) à laquelle la montre restera étanche…

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CUERVO Y SOBRINOS : Un tourbillon qui joue les hidalgos pré-castristes…

Génétiquement cubaine (la Havane d’avant la dictature castriste), mais statutairement suisse italienne, la maison Cuervo y Sobrinos a receuilli les traditions d’une certaine flamboyance latino-horlogère, parfaitement exprimées par ce tourbillon qui semble presque baroque par le raffinement de ses détails. Commençons par la couronne de remontage en forme de globe terrestre quadrillée de méridiens et de parallèles. Continuons par le mélange des métaux (or, acier, titane), lui aussi peu courant, ainsi que par le cadran métallisé et « bouchonné » à l’ancienne, avec des minutes rondes comme des boulets de vaisseau pirate. Passons par les aiguilles bleuies en silicium (pour la légèreté), tout comme la cage du tourbillon mécanique (une complication réinterprétée ici comme les jalousies des fenêtres de la Habana Vieja (le centre historique de La Havane). Terminons par le mouvement, gravé au dos d’une évocation de la boutique Cuervo y Sobrinos de La Havane, mais n’oublions pas les « cornes » galbées qui tiennent le bracelet (on les jurerait de style Louis XV, mais ce doit être l’influence des galions espagnols chargés de ducats d’or), ni l’écrin de présentation, prêt à se transformer en humidor à cigares. Ce tourbillon Pirata est sans aucun doute un… Grand d’Espagne de la montre contemporaine…

CARTIER : Une « plongeuse » qui joue les grandes professionnelles…

Personne n’attendait Cartier sur le marché des montres de plongée, mais, quand on se pose en marque de luxe globale, impossible de ne pas proposer une « plongeuse » aux clients des boutiques Cartier. Tous les codes classiques des instruments de plongée y sont, du bracelet en caoutchouc à la lunette tournante graduée pour calculer d’éventuels paliers de décompression, en passant par le boîtier – acier ou or rose – en 42 mm étanche à 300 mètres. Pour ce qui est des codes Cartier, on se rassurera avec le grand XII et une poignée de chiffres romains, ainsi qu’avec les aiguilles glaive et la couronne hexagonale serti d’un « spinelle de synthèse » bleu (sur le modèle acier) ou d’un saphir facetté (or rose), mais il faudra admettre que Cartier n’a pas tenté de révolutionner le style « plongeuse » avec cette montre Calibre de Cartier Diver, malgré tout équipée du nouveau mouvement manufacture de la marque…

BRÈVES DE REMONTOIR : C’est toujours bon à savoir (et à répéter)…

▶▶▶ 5 millions de fans sur Facebook pour la jeune marque Ice-Watch, c’est beaucoup pour une petite marque belge indépendante à peu près inconnue voici quatre ans : c’est un peu moins de la moitié des habitants du royaume – ce qui prouve que Ice-Watch a su fidéliser, dans plus de 100 pays, un nouveau public d’amateurs de montres amusantes et sans prétention. Il s’est déjà vendu dans le monde plus de 10 millions d’Ice-Watch…

▶▶▶ Préparez-vous à la grande révolution de 2014 : l’arrivée des montres connectées (« smartwatches » en bon franglais) a toutes les chances d’ébranler les colonnes du temple horloger suisse. Ces montres « intelligentes » vont bien au-delà de la simple liaison avec le téléphone : elles annoncent la prochaine génération des objets connectés, qui seront nos prothèses pour le monde numérique où nous baignerons dans les années à venir. Bien évidemment, personne n’en veut à la très précieuse et très respectée montre mécanique suisse, mais la bataille s’annonce aussi territoriale qu’impitoyable. La guerre du poignet verra s’affronter les géants de l’électronique, avec des barrages d’artillerie médiatique sidérants, qui ne vont pas laisser beaucoup d’espace aux montres suisses, dépourvues d’autre ambition que celle de donner l’heure, alors que les montres intelligentes nous relieront au monde autant qu’aux biorythmes de notre corps. Pas sûr qu’on se batte à armes égales…

▶▶▶ Pour ceux qui seraient distraits, le nouvel An chinois nous fera basculer le mois prochain dans l’année du Cheval. Les amateurs chinois, et notamment les touristes, pesant de plus en plus lourd dans la balance commerciale de l’horlogerie suisse, toutes les marques en rajoutent dans l’évocation du bestiaire zodiacal chinois. Il faut donc s’attendre à des troupeau de chevaux d’ici à la fin janvier. La manufacture suisse De Bethune a choisi de célébrer les douze animaux de ce zodiaque traditionnel en rendant hommage aux douze têtes de bronze d’une horloge à eau qui décorait le Palais d’Eté de Beijing avant son pillage par la soldatesque franco-britannique en 1860. Quelques-unes de ces têtes, revendiquées par la Chine, ont disparu ; d’autres sont traquées chez les collectionneurs ; certaines sont revenues dans les musées de l’ex-Empire du milieu. On retrouve ces douze têtes sur la série limitée proposée en coffret complet par De Bethune : chaque montre reprend une tête symbolique, tout en rappelant les onze autres (ci-dessous : le Cheval). La série a déjà été souscrite, en quatre exemplaires, par des amateurs locaux, moyennant un peu moins de deux millions d’euros le coffret de douze…

• LE QUOTIDIEN DES MONTRES

Toute l’actualité des marques, des montres et de ceux qui les font, c’est tous les jours dans Business Montres & Joaillerie, médiafacture d’informations horlogères depuis 2004...

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