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La quantité de monnaie - ce que les banquiers centraux régulent - est trop faible dans les pays touchés par la crise.
La quantité de monnaie - ce que les banquiers centraux régulent - est trop faible dans les pays touchés par la crise.
©Reuters

Le Nettoyeur

La politique monétaire mondiale à un tournant (1) : les désastres économiques que nous ont évités les banques centrales

Lorsqu'un krach financier fait baisser la quantité de monnaie, les banques centrales doivent rétablir cette quantité de monnaie pour éviter la dépression économique.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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"Jamais tant de gens n'ont dû autant à si peu.” C'était la phrase de Winston Churchill au lendemain de la bataille d'Angleterre. L'histoire raconte qu'un de ses conseillers lui a demandé s'il n'oubliait pas Jésus et ses disciples, et que c'est pour ça que la phrase complète est “Jamais dans l'histoire des conflits tant de gens n'ont dû autant à si peu.”

On pourrait aussi employer cette phrase à propos des banquiers centraux et de la politique économique depuis le début de la crise économique internationale. Depuis le début de la crise, ce sont les banquiers centraux qui sont sur les lignes de front, car cette crise se caractérise non seulement par un marasme économique mais également par des pressions déflationnistes qui indiquent fortement que la quantité de monnaie - ce que les banquiers centraux régulent - est trop faible dans les pays touchés par la crise (Etats-Unis, zone euro, Grande-Bretagne, Japon).

Pour comprendre la nature de la crise et l'importance du rôle des banques centrales, il faut comprendre la relation symbiotique entre inflation et croissance. S'il y a croissance, il y a inflation. S'il y a plus de gens qui ont des emplois, ils vont prendre leur voiture plus souvent, ce qui va augmenter le prix de l'essence, ils vont acheter plus de nourriture, ce qui va augmenter son prix, et ainsi de suite. L'inflation correspond à de la création monétaire qui est une sorte de “lubrifiant” de l'économie, qui permet aux prix de fluctuer et de s'adapter à nos décisions. Si tout le monde sait que les prix vont continuer à augmenter, ils vont préférer acheter et investir maintenant, stimulant l'activité économique (et créant l'inflation qu'ils attendent par une prophétie auto-réalisatrice). On voit l'inflation comme un mal universel, mais en fait c'est un outil. Trop d'inflation est mauvais, mais trop peu aussi.

Pour comprendre l'importance des banques centrales, il faut aussi se rappeler de la Grande dépression. L'image d’Épinal de la Grande dépression est la suivante : après l'horreur de la Première guerre mondiale, le monde a été pris d'une fureur de vivre qui a créé une fièvre spéculatrice, qui a culminé avec l'énorme krach boursier de 1929, lequel krach a créé une dépression économique prolongée, juste punition céleste des excès des années 1920. La dépression aurait duré indéfiniment si les Américains n'avaient pas élu le courageux Franklin Roosevelt qui, refusant de se plier à l'idéologie de l'économie de marché, a entrepris des grandes réformes et créé des grands programmes sociaux qui ont relancé l'économie.

Cette image d’Épinal est fausse. Tout d'abord, le New Deal n'a pas mis fin à la Grande dépression : celle-ci continue jusqu'à la Seconde guerre mondiale. Ensuite, il n'y a pas de raison pour qu'un krach boursier crée nécessairement une dépression économique. Comme l'a montré Milton Friedman dans son Histoire monétaire des Etats-Unis, un des travaux qui lui a valu le Prix nobel, l'histoire de la Grande dépression n'est ni financière ni politique - elle est monétaire. A l'époque de la Grande dépression, les pays du monde entier étaient sur l'étalon-or, qui prescrivait une quantité fixe de monnaie. Lorsque le krach de 1929 a fait s'effondrer les banques, la quantité de monnaie disponible s'est effondrée et les banques centrales occidentales ont refusé de l'augmenter, ce qui aurait poussé à sortir de l'étalon-or, ou en tous les cas à l'affaiblir.

La technique de l'économie monétaire est effroyablement complexe, mais les principes sont faciles à comprendre. Si vous avez un pays où il y a, d'un côté, des usines qui aimeraient recruter des gens et de l'autre, des gens qui aimeraient travailler dans ces usines et qu'ils ne le font pas, c'est qu'il n'y a pas assez d'argent. Pas assez d'argent pour recruter parce que les gens n'ont pas assez d'argent pour acheter le produit des usines. Une récession, c'est une baisse de la dépense généralisée sur toute l'économie. Si les gens dépensent moins d'argent, c'est qu'ils n'en ont pas assez. Et a contrario, si les gens ont trop d'argent, ils vont le dépenser plus vite que les capacités productives du pays, et donc cet argent va créer de l'inflation.

Il n'y a pas de quantité juste de monnaie qui existerait dans un univers platonicien. La monnaie est un outil que nous utilisons pour commercer les uns avec les autres. Il peut y en avoir trop ou il peut ne pas en avoir assez. 

C'est la leçon de la Grande dépression. Un krach financier a fait baisser la quantité de monnaie. Mais si la banque centrale avait rétabli cette quantité de monnaie, il n'y aurait pas eu de dépression, tout au plus une petite récession. C'est Milton Friedman qui l'a montré et c'est parce que la banque centrale des Etats-Unis a intégré ces connaissances que le krach de 1987 - plus grave que celui de 1929 - n'a créé ni dépression ni récession.

En 2008, il y a eu un autre krach comparable à 1929. Mais celui-ci a créé une mini-dépression. Pourquoi ? Que font les banquiers centraux ? Ce sera le thème de la chronique suivante.

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