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La France vient de publier une loi interdisant la méthode d'exploitation du gaz de schiste.
La France vient de publier une loi interdisant la méthode d'exploitation du gaz de schiste.
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Revue de blogs

Gaz de schiste : No Gazaran !

Une première mondiale : la mobilisation a payé, la France vient de publier une loi interdisant la méthode d'exploitation du gaz de schiste, cette nouvelle coqueluche mondiale des pétroliers. Mais de façon si alambiquée que les jacqueries des opposants risquent de faire à nouveau boum dans deux mois. Si c'est le cas, leurs blogs sont prêts.

Ceux qui roulent dans le grand sud durant ce mois de juillet les ont forcément croisées, ces grandes pancartes fichées au bord de la route : "NON !", "AU GAZ DE SCHISTE" précise la pancarte suivante, cinquante mètres plus loin, en général sur fond rouge.

Depuis janvier, on moissonne des blogs de collectifs, des manifs et pétitions, dans les départements où des permis d'exploitation avaient été accordés: en Franche Comté, dans le Var, dans la Drome, le Lot,  beaucoup d'autres départements, et surtout en Ardèche, visée par plusieurs concessions d'exploitation.

Vidéo d'une manifestation à Montpellier en mai

Le Non en ligne

Loin de Paris, le gaz de schiste a réveillé dans les provinces les gènes de maquisards, et cette fois-ci, après les artisanales campagnes "Non au TGV", "Non à l'enfouissement des ordures", "Non à l'enfouissement des déchets radioactifs", ils ont muté pour intégrer la mécanique de la mobilisation citoyenne en ligne : kits et boite à outils, argumentaires, vidéos, étude européenne très pessimiste sur les conséquences pour l'environnement, jusqu'à une lettre de "mise en demeure" à François Fillon, pour mieux disséminer la révolte et embarrasser leur député et quelques ministres. Sur ce point, ils ont réussi

Le fracking

Il faut reconnaitre qu'avec le gaz de schiste, ils ont des arguments : pour faire exploser des blocs de roches à grande profondeur et en extraire les veines de gaz, il faut utiliser un procédé brutal appelé "fracking", qui requièrent énormément d'eau, de sable, de produits chimiques peu identifiés,  un savoir-faire texan, et oublier pas mal de promesses du Grenelle de l'environnement. Que l'inventeur de ce procédé d'extraction s'appelle Haliburton, nom qui fleure bon une certaine brutalité texane et les profiteurs de la guerre d'Irak, n'arrange rien.  La montée du "péril schiste" en 2011 a été très efficacement suivie par le site Owni,avec une carte, une animation pédagogique, et une rubrique dédiée qui figurent désormais dans les favoris de tous les opposants.

Également à leur disposition, le documentaire américain Gasland, déjà un classique de l'horreur écologique. La séquence des riverains d'un puits d'exploitation mettant le feu à l'eau qui coule de leur robinet à l'aide d'une allumette vaut bien dix manifestations. 

Dans cette lutte, ils ne sont pas seuls. Le Québec, et la ville de Pittsburgh, marchent devant. En novembre dernier, l'association canadienne Equiterre avait  publié la lettre de Pierre Bluteau,  qui a beaucoup fait pour la mobilisation :

"Un beau jour, au cours de l’hiver dernier [2010], mes concitoyens et moi avons aperçu une immense flamme dans le ciel de St-Édouard, juste à côté de Leclercville. C’était une compagnie gazière qui faisait de l’exploration pour déterminer le rendement d’un puits de gaz de schiste. Je peux vous dire que c’était assez impressionnant. Certaines personnes ont même appelé le 911! Et la flamme a brûlé comme ça pendant 135 jours…". Le Québec, qui voit déjà de ses yeux ce qu'il en est, vient de boucler une marche de protestation d'un mois et un moratoire de vingt ans.

Le prestigieux blog américain Foreign Policy commence lui-même à douter : ce qui était présenté comme une révolution géopolitique de l'énergie, l'indépendance énergétique de la Chine, la fin du monopole gazier de la Russie en Europe de l'Est, est déjà mité face à quelques citoyens en colère - dont les Français, qui sont cités -  refusant le "fracking" ? "Gaz de schiste : une secousse ou un simple frisson?", s'interroge-t-il en soulignant au passage les calamiteuses relations publiques des pétroliers texans.

In extremis, la loi 2011-835

C'est à la veille du 14 juillet, et sur les rives d'une élection, que le gouvernement français a finalement publié in extremis la loi 2011-835 visant à interdire "l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique et à abroger les permis exclusifs de recherches comportant des projets ayant recours à cette technique." Sauvés, les "No Gazaran" ? A voir. Le blogueur de référence pour les lois sur l'environnement, Arnaud Gossement, a publié une méticuleuse analyse du texte "aussi court que compliqué" puis quelques pronostics :

"Sur le fond, la loi a sans doute permis d'atteindre le but politique qui lui était fixé. Force est de constater que la controverse sur les hydrocarbures non conventionnels a fortement baissé d'intensité et est sortie de l'agenda médiatique. Il est possible qu'elle renaisse dans deux mois, lorsque les titulaires des permis seront appelés à remettre à l'administration un rapport relatif au recours ou non à la technique de fracturation hydraulique".

C'est bien ce qui intéresse les riverains des concessions : quid des détenteurs actuels de permis exclusifs de recherche ? Ils devront rendre un rapport public précisant les techniques employées ou envisagées dans le cadre de leurs activités de recherches. Et si quelqu'un s'avisait de fracturer par la force hydraulique les tréfonds de la terre, l'amende est déjà fixée : 75 000 euros.

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