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Le cloud computing offre un accès simple, en tout lieu et à la demande, à un ensemble de ressources informatiques configurables et partagées : réseaux, serveurs, stockage, applications et services.
Le cloud computing offre un accès simple, en tout lieu et à la demande, à un ensemble de ressources informatiques configurables et partagées : réseaux, serveurs, stockage, applications et services.
©Reuters

La minute Tech

Cloud computing : cette révolution de l’Internet en passe de bouleverser tous nos modes de vie

Passage en revue de quatre secteurs industriels qui seront totalement transformés dans les années à venir grâce au cloud-computing. Deux experts d'Internet, Nicolas Colin et Orianne Garcia, nous donnent leur avis.

Nicolas  Colin et Orianne Garcia

Nicolas Colin et Orianne Garcia

Nicolas Colin est maître de conférence à l'Institut d'études politiques de Paris, chercheur associé à l'Institut Montaigne et ancien rapporteur de la mission "Création et internet".

Inspecteur des finances en disponibilité, il a fondé et dirige une société technologique, CauseBuilder, spécialisée dans le social marketing.

 

Figure emblématique de l'internet français, Orianne Garcia est à l'origine de succès comme Lokace et Caramail à la fin des années 90.
Elle est l'auteur de Comment je suis devenue millionnaire grâce au net... sans rien y comprendre.

Voir la bio »

Facebook et les réseaux sociaux ont transformé nos modes de vie. C'est une évidence. Mais ce n'est qu'un petit aperçu de la façon dont le cloud computing dans son ensemble a vraiment changé nos vies. Pour les novices, il s'agit d'un modèle permettant aux particuliers, aux entreprises ou aux administrations d'avoir accès à distance à des données informatiques. Le cloud computing offre donc un accès simple, en tout lieu et à la demande, à un ensemble de ressources informatiques configurables et partagées : réseaux, serveurs, stockage, applications et services. Cet ensemble de ressources peut être rapidement approvisionné et mis en service avec un minimum d’efforts de gestion et d’interventions du fournisseur. Il représente donc un réel gain de temps et des économies pour une entreprise.

Aujourd'hui, nous partageons des photos via Instagram : finis les téléchargements interminables par mail. Grâce à Google Maps, les cartes routières sont presque devenues des reliques antiques. Finies les horaires de bureau de 9h à 18h : nos partons peuvent nous joindre 24h / 24h et - pour notre malheur - nous pouvons travailler presque n'importe où, à condition d'avoir un accès Wifi.

Tout cela n'est qu'un début.

Le site Business Insider a listé 4 secteurs industriels qui seront totalement transformés dans les années à venir grâce au cloud computing.

1 - L'industrie agro-alimentaire

Les sites web offrent aux consommateurs un meilleur moyen d'acheter des produits locaux directement aux producteurs, sans passer par des intermédiaires (épiceries, supérettes etc.). Ce qui réduit évidement les coûts, tout en augmentant l'offre. L'industrie agro-alimentaire est prête pour cette mutation, tout comme l'industrie du tourisme et du voyage avec AirBnB,Roomarama,Zipcar.

"Dans l'industrie agro-alimentaire, il y a trop d'intermédiaires entre le fermier et le consommateur", estime Michael Eisenberg (Benchmark Capital). Le site Farmego met en lien les consommateurs avec des producteurs de denrées alimentairesqui vendent directementau public.

Nicolas Colin : Dans l'agroalimentaire comme dans bien d'autres secteurs, la désintermédiation est souvent une illusion. Dans la chaîne de valeur de l'industrie agro-alimentaire, il faut un maillon logistique qui correspond au circuit d'approvisionnement et de distribution, qui inclue une chaîne du froid et des points de collecte pour les clients. Seuls les grands acteurs maîtrisent bien ce maillon, qu'ils peuvent exploiter en mettant à disposition leurs ressources (approvisionnement, acheminement, paiement, collecte, livraison) sous la forme d'une plateforme de cloud computing. Sur cette plateforme, tout un écosystème d'applications peut prospérer, ce dont le e-commerce nous donne déjà un aperçu. D'innombrables sites web monétisent leur audience en devenant des boutiques grâce au programme d'affiliation d'Amazon, d'innombrables vendeurs ont accès au public via Amazon Marketplace. Amazon n'est pas encore présent dans l'agroalimentaire, mais une course de vitesse pourrait s'engager entre elle et les géants de la grande distribution : qui mettra en place le premier la plateforme de cloud computing pour l'écosystème des applications dans l'agroalimentaire ? Je pense que le premier grand distributeur qui se lancera prendra l'avantage sur les autres et que seul lui pourra tenir tête à Amazon dans l'économie de demain.

Orianne Garcia : Il me semble que le cloud n'a que peu de rapport la dedans. L'apport ici (limiter les intermédiaires, proposer des prix plus bas grâce aux économies d'échelle notamment) est celui d'Internet en général ! Il est vrai que nous utilisons le cloud depuis longtemps sans le savoir ! Par exemple, des 1997, les utilisateurs de Caramail, qui accédaient à leurs données à distance grâce à leur connexion Internet. Si le cloud a un intérêt pour l'utilisateur (les données ne sont pas stockées sur un ordinateur et on peut donc y accéder depuis n'importe quelle machine connectée a Internet), il a surtout un intérêt économique pour les entreprises. En effet, en partageant les ressources informatiques (capacité de stockage) entre plusieurs entreprises, on réalise des économies d'échelle.

2 - L'enseignement

Les enfants du XXIème siècle sont nés avec un ordinateurs entre les mains. Aujourd'hui les enfants savent même utiliser un iPad avant d'apprendre à lire et écrire. Pourtant, les professeurs font toujours cours en utilisant, au pire un tableau et une feutre, au mieux un rétroprojecteur. "Nous devons absolument trouver de meilleurs moyens pour éduquer les étudiants", estime Ryan Sweeney (Groupon et Atlassian).

Certains ont déjà franchi le pas : beaucoup d'entreprises créent des logiciels ou des applications iPad destinés à être utilisés en cours. Les écoles en ligne sont aussi en plein boom.

Dans le supérieur, les amphi sont toujours plus bondés, et les écoles privées restent souvent très chères. Pourtant des moyens existent pour délivrer aux étudiants un enseignement personnalisé et de qualité. LectureTools est par exemple un outil permettant aux professeurs de faire des conférences interactives sur smartphone et sur iPads. Professeurs et élèves peuvent ainsi poser des questions en temps réel.

Nicolas Colin : L'école d'aujourd'hui est une organisation tayloriste, un pur produit de l'économie industrielle des XIXe et XXe siècles. Elle concentre en son sein des ressources, notamment des enseignants, dont elle essaie d'optimiser l'allocation. L'école de demain apprendra à faire levier de la multitude, ces milliards d'individus éduqués, outillés et connectés, dont la puissance peut directement contribuer à rendre le service éducatif : par la mise à disposition de ressources pédagogiques mais surtout par les interactions autour de ces ressources. Aujourd'hui, ces interactions entre élèves, enseignants, parents d'élèves et autres se font dans Facebook ou sur les blogs. Demain, une plateforme émergera et s'imposera progressivement comme l'infrastructure du système éducatif. Sur ces plateforme seront développées des applications d'éducation toujours plus riches en connaissances et en interactions avec d'autres. L'école telle que nous la connaissons ne sera plus que l'un des versants de l'expérience éducative : le lieu où se retrouvent maîtres et élèves et où se tissent les liens les plus forts. Mais elle ne sera qu'un point d'un immense réseau dans le cloud, propulsé par une ou plusieurs plateformes. 

Orianne Garcia : Dans ce domaine, les technologies doivent jouer un rôle complémentaire. Je ne crois pas à l'école uniquement en ligne, et je ne le souhaite pas. On a besoin du lien social crée par l'école, et on a aussi besoin de la motivation et de l'émulation du prof. Je me souviens de mon prof de thème anglais en Khâgnes, il était redoutable, je l'adorais tout comme je craignais ses "et vous êtes contente de vous mademoiselle Garcia ? Vous pensez vraiment que vous avez donné votre maximum?" Je ne pense pas que j'aurais accordé autant d'importance à la parole de quelqu'un que je ne vois jamais "en vrai". En revanche, bien sûr que les applications à utiliser en cours ont un grand avenir, par le contenu pédagogique qu'elles apportent, mais aussi parce qu'elles forcent les élèves à adopter une attitude active par rapport à l'information. Il est absolument essentiel d'apprendre à nos enfants à utiliser Internet et les nouvelles technologies de manière intelligente et critique ! Concernant l'école en ligne j'ai envie de dire que c'est évidemment mieux que rien ! Là où j'habite, en Chine, même dans les plus petits villages des régions reculées, tout le monde a un téléphone portable avec Internet donc... 

3 - Les banques et le secteur de la finance

A quoi peuvent bien servir les locaux d'une banque ?

Le cloud nous apporte déjà des alternatives aux offres classiques des banques (paiements, commerce, dépôts etc.). Au lieu de payer grâce à une carte de crédit, certains services proposent par exemple de payer avec votre téléphone mobile. Avec 20 millions de "mobinautes" en France et alors que le m-commerce devrait dépasser la barre symbolique du milliard d'euros en France en 2012, acheter avec son mobile se banalise. Les experts estiment qu'en France, le paiement mobile devrait décoller d'ici 3 ans

Nicolas Colin : PayPal a déjà révolutionné le paiement en ligne, c'était il y a dix ans. Plus récemment, BankSimple, renommé Simple.com, est allé plus loin en nous proposant une révolution de l'expérience bancaire. Simple.com, c'est avant tout une offre de service aux banques : concentrez-vous sur ce que vous savez faire, la gestion de l'épargne et des disponibilités de vos clients, laissez-nous gérez ce sur quoi vous êtes aujourd'hui complètement dépassées, la gestion de l'expérience client. Simple.com réinvente cette expérience autour d'une valeur cardinale, la simplicité. Mais sa contribution va au-delà : grâce à Simple.com, les banques vont commencer à se penser en tant que plateformes et vont mettre à disposition des ressources pour laisser d'autres diversifier, enrichir, simplifier, réinventer et mélanger l'expérience de la banque par ses clients. Les banques ont historiquement investi beaucoup dans leurs systèmes d'information. Sauront-elles l'ouvrir à la multitude en les transformant en une plateforme ? Sans cela, la multitude apprendra à gérer l'épargne sans les banques et de nouveaux circuits financiers se mettront en place.

Orianne Garcia : Pour que le paiement mobile devienne vraiment intéressant pour l’utilisateur, et s’impose à grande échelle, il faut qu’il rassemble un large bouquet de services qui vont au-delà du paiement. Ils sont nombreux, comme le ticketing dans les transports. On peut aussi tout à fait imaginer que notre mobile contienne, outre une carte bancaire, les innombrables cartes de fidélité que l’on n’ose jamais refuser de peur de louper une bonne affaire ou encore des coupons de réduction que l’on n’a jamais sur soi au moment où on pourrait les utiliser. Il deviendrait alors non plus un porte-monnaie, mais un vrai portefeuille électronique.

Quand on parle de paiement par mobile, cela recouvre en réalité 2 types d’usages aujourd’hui : le m-payment, le paiement via des SMS surtaxés ou directement sur la facture de l’opérateur pour acheter du contenu (musique notamment) ou des services (les applis Iphone par exemple), et le m-commerce, prolongation naturelle de l’e-commerce. Ce dernier point est particulièrement intéressant lorsque l’on a, comme moi, une activité d’e-commerçant (www.sensee.com). En 1er lieu parce que plus il y a de moyens de paiement disponibles, plus une vente a de chances de se produire. Mais aussi, et surtout, parce que le paiement par mobile sur un e-commerçant permet de réduire le temps de latence entre le désir (ou le besoin) et l’acte d’achat.



4 - Vous

Le cloud est aussi amené à se développer dans ce qu'on appelle le secteur du micro-entrepreneuriat, dans lequel de petites entreprises se regroupent pour partager leurs locaux. Prochaine étape : le cloud vous aidera à devenir un "micro-entrepreneur" en vous permettant de gagner de l'argent sur vos avoirs. A l'heure actuelle, vous pouvez déjà louer du matériel ou le vendre sur Internet. Le site Zilok permet par exemple de mettre en relation particuliers et / ou professionnels qui désirent louer tous types de biens. Autre exemple : le site Mancx, très semblable à Quora qui permet à ses utilisateurs de créer, d'éditer et d'organiser des questions-réponses. Le site organise les questions-réponses par sujets et permet aux utilisateurs de collaborer entre eux.

Dans un avenir proche, votre travail pourrait consister à mettre en valeurs les choses que vous possédez et que vous connaissez, et non ce que vous êtes capable d'en faire.

Nicolas Colin : C'est bien simple, les plateformes les plus puissantes, ce ne sont pas celles qui mettent à disposition de la multitude les ressources d'une grande entreprise, ce sont celles qui mettent à disposition de la multitude les ressources de la multitude. Elles révèlent ces ressources, les organisent, les mélangent, les amplifient, les reproduisent à grande échelle. Le marketing sur Internet consiste à donner aux individus des choses à faire : certains font ces choses pour l'argent, mais la plupart le font pour le plaisir. Personne n'est payé pour partager des choses sur Facebook, pour modifier des pages Wikipedia, pour communiquer via Twitter. On le fait pour la beauté du geste, pour se mettre en valeur, par passion. Dans l'économie numérique, chacun révèle ce qu'il sait le mieux faire et surtout ce qui le passionne. Dans cette économie, la façon dont on alloue les ressources, dont on recrute, va changer : de moins en moins en fonction de CV ou de lettres de motivation, de plus en plus en fonction des traces que vous laissez sur Internet, qui disent qui vous êtes, ce que vous savez faire et, surtout, ce qui vous passionne.

Orianne Garcia : Je suis absolument d'accord avec l'idée énoncée par Business Insider. Cela s'inscrit dans une démarche de développement durable, d'économie responsable et de réduction des dépenses de toutes sortes (financières, énergétiques...). On optimise toutes ses ressources et on fait profiter les autres ! Le partage qui rapporte, est-ce que ce ne serait pas le modèle, vertueux, d'Internet, et du cloud ?

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