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Cette mode des mini-imprimantes qui transforment votre smartphone en Polaroid
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Cette mode des mini-imprimantes qui transforment votre smartphone en Polaroid

L'émergence d'un phénomène visant à faire du neuf avec du vieux touche également le secteur de la photographie. De nombreux modèles d'imprimantes miniatures pour smartphone voient le jour et permettent aux utilisateurs d'imprimer leurs photos à la manière d'un Polaroid.

Gilles Dounès

Gilles Dounès

Gilles Dounès a été directeur de la rédaction du site MacPlus.net  jusqu’en mars 2015. Il intervient à présent régulièrement sur iWeek, l'émission consacrée à l’écosystème Apple sur OUATCH.tv, la chaîne TV dédiée à la High-Tech et aux loisirs.

Il est le co-auteur, avec Marc Geoffroy, de l'ouvrage iPod Backstage, les coulisses d’un succès mondial, paru en 2005 aux Editions Dunod.

Vous pouvez suivre Gilles Dounès sur Twitter : @gdounes

 

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Atlantico : Quels sont les principaux modèles de mini-imprimantes photo pour smartphones actuellement disponibles et quelles sont leurs caractéristiques respectives ?

Gilles Dounès : De manière un peu contre-intuitive, ce sont paradoxalement les anciens fabricants de pellicules qui semblent avoir repris la main sur ce type de format très particulier de l’imprimante 10 x15 : Fujifilm vient ainsi de présenter un nouveau modèle de son Intax, Instax SP-2, et puis naturellement à tout seigneur tout honneur, Polaroïd qui avait failli disparaître en 2001 et qui propose à la fois une imprimante sans encre, avec un papier spécial. La marque retourne même à son concept original puisqu’elle propose également un appareil photo muni d’une imprimante qui utilise le même type de papier ! Voilà en tout cas pour ce qui concerne le format le plus réduit, qui tient presque dans une poche de veste.

A quelle demande répondent ces marques ? Quelle est aujourd'hui la proportion de photos qui ne sont jamais imprimées et que l'on ne visualise plus que sur écran ? Dans quelle mesure cela a-t-il fini par déboucher sur une aspiration au retour de la photo "papier" ?

D’une part il y a une prise de conscience de la vulnérabilité du stockage de ces documents personnels et familiaux en ligne, sachant que le partage via les réseaux sociaux n'est pas non plus anodin, les géants américains du secteur étant très réticents lorsqu'il s'agit de "lâcher prise" vis-à-vis des contenus qu'on leur a confiés. Mais c'est également le cas des photos stockées à domicile au format numérique et qui demandent pas mal d'organisation en matière de tri, d'archivage et de sauvegarde. Les images ont tendance à s'accumuler sinon, les bonnes noyées dans les mauvaises et ce d'autant plus que le numérique peut donner l'illusion de "l'illimité".

Et puis, d'autre part, il y a le mouvement de balancier qui est propre à toutes les tendances sociologiques, et qui a fini par faire toucher du doigt, si j’ose dire, les limites de la dématérialisation des contenus. C'est valable également pour la musique, où l'on assiste à la mise en place d'une "niche" certes minoritaire, mais qui progresse tout de même, autour du disque vinyl. Mais également dans la photo avec la reprise, certes beaucoup plus timide, de la prise de vue sur support argentique.

Kodak, qui avait énormément souffert pendant la décennie 2000, a ainsi donné un coup de talon salutaire en 2012 et continue à distribuer ses pellicules professionnelles après avoir échoué à négocier le virage du numérique. Comme pour la musique au milieu des années 1980 à l'avènement du CD, une partie du public et même des professionnels se sont vite lassés du caractère très "lisse" des fichiers générés par une captation numérique, et très vite des applications pour smartphones ont proposé des filtres pour les photos numériques qui reproduisaient des défauts de dominance colorimétriques, même de vignettage que les ingénieurs de l'industrie avaient mis des dizaines d'années à essayer de faire disparaître ! Une grande part du succès d’Instagram vient sans doute de cette systématisation du format carré et des filtres qui reproduisaient les défauts des différentes émulsions : ceux du vieillissement des Polaroïd en particulier. Le laboratoire français DxO Labs propose d'ailleurs également depuis des années d’émuler toute une collection d'émulsions de l’ère argentique, à destination plutôt des professionnels cette fois. En ce qui concerne le pourcentage des photos imprimées, un site de partage et d'impression de photos en ligne et d’impression a récemment commandé un sondage sur ce point, : plus de 64% des hommes impriment jusqu'à 30% de leur production photo ; pour les femmes, le résultat est de 50% bien qu'elles impriment en plus grande quantité. 

Quel est, ou quel pourrait être dans un avenir proche, l'impact de la multiplication des ces nouvelles imprimantes sur le secteur de la photographie ?

Il est toujours imprudent de sortir une boule de cristal, mais jusqu'ici jamais un médium n'a totalement remplacé les modes d'expression voisins qui l'avaient précédé, quelles que puissent être par ailleurs sa vogue ou les innovations qu'elles avaient apportées. Le théâtre n'a pas disparu même avec l'âge d'or du cinéma, la télévision n'a pas totalement remplacé la radio, pas plus que les différents types de photographies qui se sont succédés ne se sont jamais totalement annihilés.

Ce à quoi on assiste vraisemblablement, c'est à l'émergence d'une "strate" supplémentaire dans un marché de la photo numérique qui arrive à maturité, et qui commence à se sédimenter en différentes couches… ce qui n'empêche pas celles-ci de communiquer entre elles, les professionnels pouvant très bien s'emparer d'un outil segmenté "amateur" par le marketing, et de prendre ses contraintes d'un point de vue artistique. Pour prendre une fois de plus l'exemple du Polaroïd, il a été utilisé par Andy Warhol jusqu'à la fin de sa vie en tant que mode d'expression à part entière, avec tous les défauts du support, alors que celui-ci n'était utilisé par les professionnels de la mode et de la photo que pour vérifier immédiatement la qualité de leur plan d'éclairage… Plus récemment, c'est l'iPhone qui est devenu un support à part entière pour un certain nombre de photographes professionnels, au point que des festivals de photos uniquement consacrés aux "photosphone" commencent à émerger.

Mais c'est en particulier la problématique du coût des dispositifs d’impression et des consommables, qui me semble central, tandis que se développe une offre très compétitive d’impression en ligne, avec des supports parfois très originaux, et avec en même temps une offre de proximité qui perdure dans les kiosques spécialisés de grandes surfaces ou chez les artisans photographes qui y ont vu là une source de diversification des revenus. Par ailleurs, la chaîne graphique ne s'improvise pas et demande un certain nombre de calibrations pour chacun de ses éléments : écran, imprimante, papier. On risque fort d'assister à la douche froide d'un certain nombre d'enthousiastes, après quelques tentatives aussi infructueuses que coûteuses, et parallèlement à la multiplication de "bonnes affaires" sur les sites de revente d'occasion.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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