Les formes divines de l'art bottier français : Anthony Delos | Atlantico.fr
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La bottine marron, "figure libre" d'Anthony Delos pour le concours Meilleur Ouvrier de France.
La bottine marron, "figure libre" d'Anthony Delos pour le concours Meilleur Ouvrier de France.
©© Delos

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Les formes divines de l'art bottier français : Anthony Delos

Hugo Jacomet, blogueur star de l'élégance parisienne, s'intéresse aux artisans français d’exception qui perpétuent des savoir-faire exigeants. Aujourd'hui, coup de projecteur sur une étoile montante du soulier sur mesure : le très jeune bottier Anthony Delos.

Hugo Jacomet

Hugo Jacomet

Fondateur et éditeur de "Parisian Gentleman", Hugo Jacomet est une plume reconnue dans le domaine du style masculin.

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Gentlemen,

Voici le premier article d’une (longue) série que nous allons consacrer à des artisans français d’exception qui perpétuent, loin de l’agitation médiatique, des savoir-faire exigeants, des gestes nobles et un héritage absolument unique dont notre pays devrait être fier.

J’utilise à dessein le conditionnel dans cette dernière phrase car nous vivons dans un pays qui, étrangement, ne fait que peu d’efforts pour promouvoir et sauvegarder ces savoir-faire « (Hand)Made in France ». Comme si, contrairement au Royaume Uni par exemple, nous pensions que ces artisans ne donnaient pas une image de modernité et de dynamisme, le soi-disant « sésame » de la communication du 21ème siècle.

© Delos

D’ailleurs, une fois n’est pas coutume, il est de notre devoir de rendre grâce à nos « amis » britanniques et de les féliciter pour le travail en tous points exemplaire qu’ils réalisent pour , à l’inverse, promouvoir et défendre leurs traditions, notamment dans le domaine qui nous intéresse ici.

Nous allons donc, dans ces colonnes, tenter de vous faire découvrir chaque vendredi, des artisans et des maisons de tradition dont vous ne connaissez sans doute même pas les noms, mais qui ont, pour la plupart, un rayonnement mondial et qui, tenez vous bien, ont des carnets de commande remplis pour plusieurs années !

Au programme dans les semaines à venir : Les bottiers Anthony Delos, Dimitri Gomez et Pierre Corthay, le formier (et embauchoiriste) Hervé Brunelle, la maison Simonnot Godard à Cambrai (magnifique maison leader mondial des pochettes et mouchoirs de tradition), les tanneries du Puy en Velay, le malletier Franck Tressens dont la maison EPHTEE produit des objets époustouflants, sans oublier le légendaire tailleur Cifonelli (maison française comme son nom ne l’indique pas) et le chemisier Courtot pour ne citer que quelques uns d’entre eux.

Pour inaugurer cette série, nous vous proposons aujourd’hui un coup de projecteur sur une étoile montante du soulier sur mesure : le très jeune (et très discret) bottier Anthony Delos, compagnon du devoir, meilleur ouvrier de France en 2011, qui est installé à Saumur dans le Maine et Loire.

Comme vous pouvez le constater sur ces quelques images, la caractéristique du travail de Delos est bien un "understatement" absolu faisant de ces souliers, aux formes pourtant parfois très typées, des monstres de classe et de discrétion.

© Delos

Delos, c'est évident, maîtrise à la perfection l'art bottier, mais pratique également avec bonheur l'art difficile de la litote.

Cette figure de rhétorique visant à en montrer moins pour en faire comprendre ou deviner plus, trouve une application particulièrement directe dans le travail (l'ouvrage) du jeune bottier saumurois. Car franchement, aucun de ces souliers d'exception n'est prétentieux et surtout aucun ne communique directement la somme inouïe de travail et de savoir-faire qui se cache derrière ces lignes immaculées.

© Delos

Le travail de Delos me fait d'ailleurs fréquemment penser à une métaphore que Michel Tournier emploie souvent pour expliquer aux enfants les différents genres littéraires. Ainsi, on pourrait dire sans se tromper que le travail de Delos est à l'art bottier, ce que le genre du conte est, selon Michel Tournier, à la littérature. L'auteur de l'immense "Vendredi ou les Limbes du Pacifique" explique ainsi que le conte (pour enfants ou non) est un art littéraire à part, parmi les plus complexes qui soient. En effet, là où les essais sont transparents et où la plupart des romans sont opaques (dans le sens où il est impossible de percer les intentions réelles de l'auteur), le conte est, quant à lui, translucide.

C'est à dire qu'il laisse entrevoir quelques traits de lumière sans toutefois trop en dire. On devine plus qu'on ne voit. On suppose plus qu'on ne comprend. C'est une invitation à la contribution du lecteur, une offrande à l'imagination et donc un genre littéraire beaucoup plus exigeant qu'il n'y paraît et sans doute, toujours selon Tournier, parmi les plus difficiles à maîtriser.

Les souliers de Delos sont des objets assurément translucides, car aucun œil non initié (et encore) ne peut deviner l'intégralité du savoir faire et la somme de travail qui sont contenus dans ces objets dont la discrétion est l'une des forces premières.

© Delos

Ainsi donc, les postures du type "Regardez-comme-j'ai-des-beaux-souliers-que-j'ai-payés-très-cher" n'ont pas le droit de cité dans l'univers discret du jeune Delos.

Seul « bémol » : une paire sur-mesure de Delos se rêve et se mérite car au moment où j’écris ces lignes, entre la prise de mesure, les différents essayages et la livraison finale, il vous faudra compter un minimum de 7 mois…

© Delos

Un univers translucide qui nous remplit d'aise et qu'un nombre de plus en plus important de fêlés de souliers vénèrent.

Et si vous faites partie, comme nous, de ces fêlés du soulier en grande mesure, n'oubliez jamais ce que le grand Michel Audiard disait à votre égard :

"Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière".

Respect et admiration à ces artisans que nous avons décidé, chez Parisian Gentleman, de défendre sans relâche.

Cheers, HUGO

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