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A quoi ressemblerait une économie plus humaine ?
©Reuters

Le Nettoyeur

A quoi ressemblerait une économie plus humaine ?

L'économie est abstraite et froide parce que c'est ce qu'exige la méthode scientifique, ce qui ne l'empêche pas de nous apprendre des faits importants sur notre société et nous indiquer comment l'imaginer pour plus de prospérité.

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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Quoi de plus inhumain que l'économie ? Science d'axiomes, d'équations, de masses, d'abstractions, qui ne prend pas en compte le “bois tordu de l'humanité.”

On pense un peu tous ça, n'est-ce pas ?

Alors oui, c'est une caricature. Oui, l'économie est abstraite et froide parce que c'est ce qu'exige la méthode scientifique, ce qui ne l'empêche pas - lui permet, au contraire- de nous apprendre des faits importants sur notre société et nous indiquer comment l'imaginer pour plus de prospérité.

Mais cette caricature a un fond de vérité.

D'abord, parce que l'économie, en tant que science, n'est pas un guide moral. Elle peut (peut être) nous dire ce qui est “efficace”, mais elle ne peut pas nous dire ce qui est bon. Nos décisions sur comment organiser la société et nos relations entre nous ne peuvent pas ne pas être des décisions morales, ne peuvent être dénuées de choix de valeurs, une fonction que l'économie ne peut pas remplir.

Ensuite parce que l'économie est une science imparfaite. C'est une science sociale, une science molle, dont le matériau est l'humain. Elle ne peut donc tout capturer, tout appréhender.

Pour faire les bons choix de société, il faut, oui, être informé par l'économie, qui nous donne des outils indispensables pour appréhender et interpréter le réel, mais il est illusoire de penser que l'économie suffit.

Notre civilisation, depuis les Lumières et même avant, est fondée sur l'être humain. Tous les êtres humains ont une dignité qui leur donne des droits et des devoirs. C'est d'abord de ce constat qu'il faut partir avant de déterminer nos choix de société.

Alors, à quoi ressemblerait une économie qui met l'humain d'abord ?

Je pense qu'une économie qui met l'humain d'abord reconnaîtrait que, justement, tout ce qui a de la valeur dans notre vie est créée par l'humain. Et pas par l'humain seul, parce que l'humain est un être social : ce qui crée la valeur, c'est la collaboration entre les hommes. Tout ce que l'humanité a pu produire de bon est né de la collaboration entre les hommes. C'est la collaboration entre les hommes qui crée de la valeur- valeur économique, mais aussi valeur sociale, valeur culturelle, valeur intellectuelle. Cette richesse là, richesse économique et toutes les autres richesses, viennent de là.

Si on se rend compte de ça, on se rend vite compte qu'un des rôles de la société doit être de s'écarter, de laisser l'initiative humaine libre, de nous laisser libres de nous entre aider et de collaborer entre nous.

Mais si on veut mettre l'humain d'abord, il faut aussi se rendre compte de ses faiblesses. Faiblesse d'information, d'abord : nous savons peu de choses, nous faisons des erreurs. Ce qui veut dire qu'un planificateur central fera toujours des erreurs parce qu'il manquera d'information, et que la société doit être assez ouverte et robuste pour permettre à tout un chacun de faire des erreurs et de rebondir.

Mais faiblesse plus générale, aussi, qui veut dire qu'une société purement “libérale” ne peut pas marcher. Nous ne sommes pas des homo economicus. Nous avons besoin de filets de sécurité, nous avons besoin d'aides.

Toutes ces idées permettraient de repenser l'Etat-providence pour le 21ème siècle : un Etat-providence où l'Etat n'est plus nécessairement le fournisseur des services publics et de la solidarité, mais en reste le financeur et le garant. Un Etat-providence où chacun aurait des droits, mais où il contrôlerait ces droits au lieu qu'un planificateur central le fasse pour lui.

Par exemple, à l'image de Singapour, chacun pourrait avoir à sa disposition divers comptes d'épargne sur lesquels une partie de ses revenus seraient orientés : pour ses dépenses de santé, pour sa retraite, pour sa formation, pour les accidents de la vie, pour l'éducation de ses enfants. Pour ceux à faibles revenus, l'Etat compléterait ces comptes pour permettre à chacun d'avoir un minimum. Chacun aurait les mêmes garanties, mais au lieu que tout l'argent parte dans des machines gigantesques appelées “Urssaf”, “Sécu”, “CAF”, “Pôle emploi”, “mutuelle”, etc. chacun pourrait décider comment utiliser ces fonds comme bon leur semble, et de nouvelles associations pourraient trouver des modèles plus efficaces et innovants de fournir ces services.

Par exemple, à l'image de la Grande-Bretagne ou de l'Allemagne, les soins aux plus démunis pourraient être pris en charge par des associations à but non lucratif, avec financement de l'Etat, et donc par un personnel plus motivé et avec une plus grande capacité d'innovation, le tout dans la transparence et avec des objectifs d'impact, de manière à ce que seules les solutions les plus efficaces soient financées.

Par exemple, comme l'ont proposé beaucoup aussi bien à gauche qu'à droite, une forme de revenu universel ou d'impôt négatif permettrait à chacun d'assurer un minimum vital sans avoir à se soumettre aux diktats d'une bureaucratie tâtillonne et sans risquer de se retrouver dans une trappe à pauvreté.

Nous aurions une économie plus libre et qui créerait beaucoup plus de richesse ; nous aurions un Etat plus svelte, plus efficace ; mais nous aurions aussi -et surtout - une société où personne n'est laissé sur le bas-côté, où chacun a une garantie de solidarité, mais sans que cette solidarité ne mène à une explosion de dépense publique ou à une bureaucratie kafkaïenne.

Ca, ça ressemblerait à une économie plus humaine.

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