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François Hollande lors de ses voeux.
François Hollande lors de ses voeux.
©Reuters

Chroniques du pot aux roses

"Trop lourd, trop lent, trop cher" : François Hollande, sa politique, c'est lui qui en parle le mieux

François Hollande trouve soudain l'Etat "trop lourd, trop lent, trop cher". Certes, mais que fait-il pour l’alléger, le dynamiser, le rendre moins dispendieux ? Rien ou si peu.

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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1 - L'aveu

Une des escroqueries les plus courantes dans le commerce consiste à vendre plusieurs fois et/ou à plusieurs personnes le même produit, encaisser les recettes avant leur livraison et disparaître dans la nature. Nos boîtes à spams sont remplies de ces propositions douteuses, qui côtoient les faux appels de détresse en provenance de mages africains et autres offres coquines de slaves trop pulpeuses pour n’être qu’au Net.

Toutes proportions à peine gardées, c’est ce que fait notre chef suprême au sujet d’économies budgétaires sur-vendues 10 fois, la dernière lors de ses vœux de nouvel an à la fonction publique. " Nous voulons 50 milliards d'économies d'ici à 2017" fanfaronne-t-il. "Nous en ferons partout où elles seront possibles, chacun devra y prendre sa part : État, opérateurs, organismes sociaux mais aussi les collectivités locales. L’Etat : son organisation apparaît de plus en plus mystérieuse, avec ses agences, ses opérateurs, ses autorités".

Ces 50 milliards, faut-il le préciser, sont à réaliser sur 5 ans, dont deux sont d’ores et déjà quasiment échus sans résultats probants. Ils consistent le plus souvent à considérer que des augmentations possibles n’auront pas lieu. Bref, ce sont des réductions de dépenses virtuelles. De même, les efforts des collectivités locales sont purement théoriques puisque l’Etat n’a que peu de moyens pour les contraindre à baisser leurs dépenses. Quant aux philippiques anti agences gouvernementales, elles remontent aux premiers mois de la présidence Hollande, sans qu’aucune mesure importante n’ait été prise en plus d’un an et demi.

A ce sujet, tout a commencé en septembre 2012, quand l’Inspection générale des finances a remis un rapport au gouvernement commandé en août 2011 par François Fillon. Il dénombrait plus de 1 200 agences aux dénominations parfois aussi énigmatiques que leurs compétences. Certaines sont des vaches sacrées socialistes, tel "l’établissement public du Marais poitevin", dont on peut comprendre que François Hollande ne souhaite pas la disparition sauf à relancer un chicaya domestique. D’autres seraient de bons candidats pour un ré-examen de leur pertinence, comme le "Centre national pour le développement du sport" ou le "Centre national de la propriété forestière".

Moscovici et son ministre délégué au Budget de sulfureuse mémoire, Jérôme Cahuzac, avaient immédiatement annoncé des "premières mesures dans le cadre des lois financières de l'automne", sans bien sûr en détailler la teneur. Ils avaient même ajouté "qu'une mission de réflexion" serait "lancée dans les prochaines semaines" afin "qu'une stratégie globale de réforme et de modernisation de l'action publique" soit arrêté "à l'automne 2012", "puis synthétisée par la ministre de la Réforme de l'Etat".

Et bien voilà ... un an et demi plus tard, Mou-Président se pose les mêmes questions au sujet de ces fameuses agences sans que des décisions aient été prises entre temps. C’est pour plus tard, soyez en sûrs pauvres contribuables, toujours pour plus tard.

Cette propension singulière à tabler sur l’absence de mémoire de ses concitoyens est une véritable marque de fabrique de l’Enfumeur.

Elle trouve une forme perverse de sincérité quand, en des termes qu’un libéral bon teint ne saurait renier, François Hollande tance soudain l’Etat "trop lourd, trop lent, trop cher". Certes, mais que fait-il pour l’alléger, le dynamiser, le rendre moins dispendieux ? Rien ou si peu. Sans cesse, les grandes et bonnes intentions sont contredites par des mesures clientélistes et symboliques mesquines. Ainsi, l’incantatoire réforme de l’Etat se traduit-elle par la suppression du jour de carence qui commençait pourtant à donner des résultats dans la lutte contre l’absentéisme. Et la réitération de la pause fiscale est-elle immédiatement brouillée par des fuites sur la taxation accrue des Plans d’épargne logement via la suppression de la prime versée par l’Etat.

L’impression de déconnection entre le dire et le faire n’a jamais été aussi grande, donnant un caractère abstrait à l’action gouvernementale qui ne semble avoir plus de prise sur rien. C’est l’administration qui s’auto-gère et gouverne le pays. Dans ces conditions, il est peu probable que le pouvoir politique puisse lui imposer quelque cure d’amaigrissement que ce soit.

Le résultat de toutes ces annonces et manipulations se lit dans le dernier chiffre, très discrètement publié, relatif à la situation budgétaire de l’Etat :fin octobre 2013, ses dépenses (budget général et prélèvements sur recettes) atteignaient 325,5 milliards d’euros contre 320,1 milliards à la fin d’octobre 2012. Bref, rien qui relève de vrais efforts d’économies. Selon le vieux principe qui veut que "cela va moins mal que si c’était pire", on nous annoncera bientôt que les dépenses ont reculé puisqu’elles auraient pu être encore supérieures. Ce sophisme d’Etat ne fait que dévaloriser un peu plus la parole publique.

Plus François Hollande se fait lucide sur les problèmes de la France, plus son impuissance se fait jour. A ce compte, sa sincérité toute relative n’ira pas bien loin.

2 - La faute de Newsweek

Haro sur la journaliste qui, dans l’hebdomadaire américain, a recensé les éléments qui, depuis 2012 - année coïncidant avec une certaine élection présidentielle - montrent que l’économie française est au point mort alors que l’activité repart, plus ou moins fortement, dans la plupart des pays d’Europe.

Elle s’est trompée sur le prix du lait et la gratuité des crèches, la drôlesse ! Certes, mais cette paille dans l’œil américain sert à ses homologues français à éviter de s’interroger sur la poutre enfoncée dans le leur. A ce propos, cet article de Newsweek a eu le mérite de renvoyer à une étude assez instructive qui démontre que le coût de la vie à Paris dépasse désormais celui de Tokyo et enfonce largement les prix londoniens. Cela permet de mieux comprendre le mal-être croissant des habitants de la capitale française.

Rien de plus inacceptable que recevoir des leçons étrangères ; rien de plus difficile que de s’avouer ses propres faiblesses.

3 - Le Premier-Président va bien

Le fait que François Hollande ait escamoté son Premier ministre lors de la présentation de ses vœux n’inquiète manifestement pas ce dernier, qui s’est fait une raison sur le sujet et affiche même une mâle assurance : "Le gouvernement n'a pas à changer, il a à faire son travail."

En temps ordinaire, sous la cinquième république, c’est plutôt au président de décider si le gouvernement doit changer ou non, mais en les temps présents, on n’est jamais aussi bien servi à Matignon que par soi-même.

La conviction de Jean-Marc Ayrault qu’aucun autre ne ferait mieux à sa place, avec ce président là et que ce dernier le sait doit lui donner une force particulière pour ne pas se faire de souci.

4 - Quand le bâtiment ne va pas rien ne va plus

La construction en France est prise dans la spirale de la sinistrose. Sur douze mois cumulés à la fin novembre, le nombre de permis de construire des logements neufs a baissé de 15 % par rapport à la même période de 2011/2012, avec seulement 377 000 logements autorisés. Au fait, qui a entendu pour la dernière fois une dénommée Cécile Duflot, si forte en gueule avant son entrée au gouvernement ?

5 - Périphérique parisien

La vitesse de circulation va bientôt y être réduite à 70 kilomètres-heure, ce qui ne change quasiment rien en termes de bruit émis ou de pollution. Mais des radars supplémentaires y sont installés en nombre. Le son des ducats tombant dans l’escarcelle punitive de l’Etat va, lui, résonner admirablement.

A lire de l'auteur de cet article :  "L'enfumeur", de Serge Federbusch, (Ixelles éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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