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Zone de non traitement : pourquoi ne pas réglementer leur taille ?
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Zone de non traitement : pourquoi ne pas réglementer leur taille ?

Mais que cherche-t-on à résoudre au juste avec l'établissement de zones de non traitement, quelles que soient leurs largeurs ?

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey

Antoine Jeandey est journaliste et auteur de « Tu m’as laissée en vie, suicide paysan veuve à 24 ans ».

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WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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Cette "solution" parait si "évidente" qu'on oublie qu'elle ne répond pas à un problème précis, sinon de positionnement politique davantage que de santé publique ou autres. De fait, discuter de sa largeur, à quoi cela rime-t-il ? Etablir un schéma précis des conditions d'usage des phytosanitaires et s'y tenir serait sans doute bien plus judicieux...

Une citation est de Pierre Dac, humoriste mémorable d'un XXe siècle révolu, semble être devenue la devise bien actuelle du ministère de l'Agriculture : "Dans les accidents de chemin de fer, c'est toujours le dernier wagon le plus dangereux, c'est pour cela qu'on l'a supprimé". Ainsi, les annonces pour "résoudre les problèmes" ne manquent pas, mais les problèmes en question restent entiers... Il en fut ainsi avec la loi Alimentation (ou EGAlim), et quantité d'autres exemples. Il en est de même avec le dernier lapin sorti du chapeau, les zones de non traitement.

Celles-ci vont-elles régler la question des attentes sociétales par rapport à l'usage des produits de protection des plantes par les agriculteurs ? C'est très peu probable. Au contraire, le principe d'une zone de non traitement est de ne faire aucune distinction entre les produits utilisés (et donc leur dangerosité supposée ou réelle). J'ai ainsi discuté avec un viticulteur engagé dans une conversion bio, il s'estime concerné par cette mesure éventuelle, lui qui utilise du cuivre et du soufre, selon les autorisations et dosages du bio... Et au-delà, ce n'est certainement pas une telle mesure qui redonnera confiance dans les pratiques agricoles.

Des arrêtés municipaux pour une zone de non traitement de 150 mètres

Il s'agit donc d'une réponse à un problème mal posé. A l'origine, l'initiative de quelques maires qui ont pris des arrêtés municipaux pour une zone de non traitement à partir de 150 mètres des habitations. Daniel Cueff, maire de Langouët (Ille-et-Vilaine), un village d'une population de 600 habitants et donc particulièrement rural, fut le premier à se lancer dans cette initiative, qui ressemble aussi à une opération de communication, puisque de tels arrêtés ne peuvent être pris par les maires, qui n'ont pas cette compétence. Le tribunal administratif de Rennes a d'ailleurs refusé, en toute logique du respect de la loi, l'arrêté en question.

Le maire en question a néanmoins été suivi par quelques collègues disséminés sur le territoire, et l'opération de comm' en question a pris de l'ampleur. Faisant réagir dans tous les sens, les uns y trouvant une "solution", d'autres rappelant que, dans bien des cas, les champs agricoles étaient là bien avant les maisons qui sont venues grignoter l'espace, et qu'avec 150 mètres en moins, on arrive parfois à des zones agricoles entières où il n'est plus possible de rien cultiver du tout...

Opérations de comm' et blabla...

Tant et si bien qu'un débat national s'ouvre sur ces fameuses zones de non traitement. Le gouvernement a écarté les 150 mètres, et propose 5 ou 10 mètres selon les produits utilisés, et a ouvert une consultation publique nationale sur le sujet. Une fois de plus : on a vu ce que sont devenus les états généraux de l'alimentation, ou tant de monde était "consulté", alors que les compte-rendus étaient rédigés d'avance...

En d'autres termes, face une opération de communication de critique sur l'usage des phytosanitaires, on répond par une autre opération de communication qui arrondit les angles, accepte le principe d'une zone de non traitement mais en limite considérablement la portée.

Deux opérations de comm' dos à dos. Aucune problématique claire nette et précise n'a été posée, et donc encore moins de solution trouvée. Juste du blabla. Maintenant, on va se battre pour 5 ou 10 mètres de plus ou de moins qui, en définitive, ne changeront rien à rien. Brassage de vent.

Les vraies questions

Alors qu'il existe pourtant une réelle problématique qui mérite bien plus qu'une telle politique de poussière poussée sous le tapis. Posons les vraies questions : les mesures de précaution prises aujourd'hui autour de l'usage des phytosanitaires sont-elles conclusives ? Si oui, comment se fait-il qu'une si grande partie de la population conserve une crainte (irrationnelle ?) quant à cet usage ? N'y a-t-il pas un défaut de communication sur ce qui est fait actuellement, et notamment sur ce qui a évolué ces dernières années, en matière de précautions d'usage ? Enfin, puisque l'on assiste à des batailles d'experts sur le sujet, comment se fait-il que l'on ne puisse plus avoir confiance en une expertise qui soit réellement neutre, uniquement scientifique ?

Reprenons dans l'ordre. Où en est-on aujourd'hui en termes de nécessité d'usage et de sécurité des phytosanitaires ? Au fur et à mesure que les connaissances évoluent, les précautions s'amplifient.

Le procès aux multiples épisodes gagné par l'agriculteur Paul François contre Monsanto a bien sûr révélé que le système n'était pas parfait. Et même loin de là dans son cas. Depuis la surexposition de l'agriculteur au Lasso et son combat mené pour obtenir la reconnaissance de la maladie professionnelle d'une part et la culpabilité de la marque émétrice d'autre part, les choses ont grandement évolué. Le si décrié glyphosate est aujourd'hui (en France en tout cas) manipulé avec précaution, et dispensé avec de plus en plus de précision, c'est-à-dire à la "juste dose", celle dont le sol a besoin, rien de plus, afin d'éviter toute forme d'évaporation. Le fait que de telles précautions soient prises confirme bien sûr la dangerosité du produit, mais aussi que celle-ci est prise en compte dans son utilisation. D'où le débat actuel sur cette molécule.

Par ailleurs, certains dossiers en cours n'ont pas aujourd'hui de réponses certaines.

Le surnombre de bébés nés anormaux dans l'Ain et en Loire-Atlantique est-il lié à un usage de phytosanitaires à proximité des familles ? Et si oui, desquels puisque bien d'autres régions ne semblent pas touchées par le phénomène... Je sais que la question est posée, rien aujourd'hui n'a été émis dans un sens ou dans l'autre qui puisse permettre de répondre de manière certaine.

La nouvelle molécule prosulfocarbe, utilisée en céréales, a-t-elle pour défaut une volatilité dans la dissémination telle qu'elle contamine les parcelles bio aux alentours ? Sur cette question précise du prosulfocarbe, l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) organise une réunion avec différents acteurs concernés par le dossier (syndicats, filières, ministères, scientifiques...) le 2 octobre prochain pour les informer de toutes les données collectées récemment : il semble donc que ce dossier soit pris en considération, reste à connaitre le résultat. D'ores-et-déjà les passions se déchainent sur le sujet, avec plusieurs producteurs bio qui disent leurs vergers contaminés par cette molécule qu'ils n'ont jamais utilisée...

Il manque un juge de paix, un organisme reconnu par tous

Enfin, dans ce dossier de la crainte sur l'usage des phytosanitaires, il manque un juge de paix fiable et reconnu comme tel. Ce pourrait être un comité scientifique, comme il en existe déjà, sauf que les chercheurs ou autres spécialistes qui les composent ne sont pas tous d'une neutralité absolue, ou à tout le moins il est possible de trouver pour l'un l'attachement à un courant politique, pour l'autre des conférences (payantes) données pour une marque...

L'Anses, établissement public à caractère administratif placé sous la tutelle des ministères chargés de la Santé, de l'Agriculture, de l'Environnement, du Travail et de la Consommation, est censé incarner ce rôle. Mais force est de constater que cet organisme est trop méconnu pour avoir les moyens de se défendre efficacement des pressions politiciennes, et qu'il manque également d'indépendance par rapport à ses tutelles citées ci-dessus : plusieurs prises de position ont sonné davantage comme "ce qu'il fallait répondre" que comme des avis éclairés par un raisonnement et des recherches scientifiques rigoureux.

La "vérité scientifique" fait cruellement défaut pour arbitrer les débats. Et pour répondre aux objectifs de santé publique avec des mesures appropriées aux problèmes posés. Question toute bête : établir des zones de non traitement, n'est-ce pas aussi fournir des zones de développement aux tiques (pour citer un exemple), et augmenter les risques de propagation de la maladie de Lyme chez les riverains ? La réponse simpliste du "tout phyto", ou à l'inverse du "zéro phyto", n'est certes pas la bonne.

Mais où est donc cet organisme, reconnu par tous pour son impartialité et ses compétences, capable de donner des réponses en ayant pris en considération tous les paramètres ?

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