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"Je suis persuadé de l'innocence d'Yvan Colonna"
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Non-coupable

"Je suis persuadé de l'innocence d'Yvan Colonna"

Pour l'écrivain Roland Laurette, proche de la famille d'Yvan Colonna et qui a consacré plusieurs ouvrages à son procès, le suspect de l'assassinat du préfet Erignac serait innocent et son arrestation aurait "permis d’arrêter les recherches et les investigations là où il fallait les arrêter".

Roland Laurette

Roland Laurette

Roland Laurette est écrivain.

Il est l'auteur de Raphaëlle ou l'ordre des choses (Editions-Mutine, 2006) et Yvan Colonna, l'innocence qui dérange (L'Harmattan, 2011).

Agrégé de Lettres Modernes, il est professeur dans des classes post-bac d'un lycée de Nice.

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Atlantico : Votre dernier ouvrage s’intitule « Yvan Colonna, l’innocence qui dérange ». Comment pouvez-vous être aussi définitif ?

Roland Laurette : J’ai commencé à peu près comme tout le monde par croire qu’Yvan Colonna était coupable. Cela m’a pris des années pour en arriver à être persuadé de son innocence. Cette certitude repose sur plusieurs éléments. 

La police et les juges d’instruction ont répété que les accusations des membres du "commando Erignac" étaient précises, réitérés et concordantes. Il est vrai que si ces accusations étaient concordantes on pourrait penser qu’elles soient fondées. Mais, quand on regarde le dossier de près, on constate que ces accusations sont tellement contradictoires qu’elles tombent d’elles-même.

Deux exemples :

  • Le 6 septembre 1997, l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella, là où a été dérobée l’arme qui a servi à assassiner le préfet Érignac.
    Seuls deux membres du commando – Versini et Alessandri – disent que Colonna en faisait partie. Chacun d’eux appartenait à un sous-groupe et chacun d’eux prétend que Colonna se trouvait dans le groupe de l’autre !
  • Le 7 février 1998, au lendemain de l’assassinat, le témoignage des épouses des membres du commando Ferrandi et Maranelli.
    La femme de Ferrandi (qui habite à Ajaccio) dit que son mari est arrivé le soir de l’assassinat avec Alessandri et Colonna et que ce dernier est resté jusqu’au samedi midi. La femme de Maranelli (qui habite Cargèse, donc à plus d’une heure de route d’Ajaccio) dit que Colonna est arrivé le samedi à l’heure du café vers 7h30. Il ne pouvait bien évidemment pas se trouver dans deux endroits différents au même moment.

Il existe donc des contradictions qui font que dans un pays anglosaxon, par exemple, ce procès n’aurait même pas été retenu. En France, il encourt la peine la plus lourde du code pénal.

Comment analysez-vous le procès devant la Cour d'assises qui a eu lieu ces dernières semaines ? 

Les derniers jours du procès ont montré, selon moi, un signe négatif et un signe positif.

Le signe négatif : le fait que le Président Hervé Stephan ait décidé de verser au dossier la fameuse lettre de Colonna à Pierre Alessandri. Il s’agit selon moi d’une décision surprenante car cette lettre apparaît dans des conditions rocambolesques : elle n’est qu’une photocopie dont on ne connait pas le cheminement.

Le signe positif : la décision du Président Stephan de répondre positivement à la demande formulée par les avocats d’Yvan Colonna dès le début du procès quant à la motivation du verdict : en ce qui concerne les Cours d’assises, le verdict n’a pas à être motivé, ce qui conduit régulièrement la Cour européenne des droits de l’homme à condamner la France. Par conséquent, une fois que la délibération sera faite, tous les juges qui composent le jury devront répondre par écrit à plusieurs questions pour motiver leur décision. Par exemple, ils devront indiquer s’ils ont la certitude que c’est bien Yvan Colonna qui a tiré sur le préfet, etc.

C’est important, car dans le dossier il n’y a qu’un seul élément à charge contre Yvan Colonna : les accusations proférées par un certain nombre des membres du « commando Erignac » en 1999. Or, la loi a changé et la Cour de Cassation a pris une décision qui implique que l’on ne puisse pas tenir compte dans une délibération des éléments qui auront été obtenus dans un interrogatoire déroulé sans avocat. Ce n’est pas retiré du dossier pour les faits qui remontent à plus de six mois avant la loi. Mais, on ne peut pas en tenir compte. Donc, dans le délibéré, les juges qui répondront aux questions ne pourront pas s’appuyer sur les déclarations portées en garde à vue.  

Selon vous, quelqu'un en veut-il à Yvan Colonna ?

Yvan Colonna a fait une révélation ces derniers jours qu'il n’avait pas formulé jusque là : il a été approché par Alessandri pour faire partie du commando. Alessandri confirme, même s’ils ne sont pas d’accord sur la date. Colonna dit qu’il a refusé d’en faire partie. Naturellement, les membres du commando en veulent à Colonna de les avoir trahis et ont dû également recruter des militants mal formés, moins aguerris disent-ils, et ils ont donc la certitude que les fuites qui ont suivi cet attentat sont venus de ces militants là. C’est pour cette raison, selon moi, qu’ils ont accusé Colonna.

En 2009, Alessandri a dit à Colonna lors de leur confrontation : « j’ai accusé Yvan Colonna pour protéger des complices inconnus qui ont participé et conçu l’attentat ». Il ajoute une formule passée trop inaperçue selon moi : « j’ai accusé Yvan Colonna pour protéger les miens ». Cela ne peut vouloir dire qu’une chose : quelqu’un a demandé à Alessandri et aux membres du commando d’accuser Yvan Colonna d’être le tueur, et que s’ils ne le faisaient pas ce seraient leurs femmes et leurs enfants qui seraient en danger. Qui est donc assez crédible quand il profère une pareille menace, sinon une organisation que tout le monde a en tête...

C’est-à-dire ? Quelle organisation ?

Un livre vient de paraître et met en cause ce que l’on appelle en Corse « les réseaux Pasqua », des réseaux de nature mafieuse qui ont à voir avec les maisons de jeu, avec la spéculation immobilière, avec le pétrole africain. Moi, je ne sais absolument pas ce que l’ancien ministre peut avoir à voir avec ces réseaux, mais tout le monde sait parfaitement que ceux-ci existent.

Ce qui est clair, c’est que la police n’a arrêté qu’une partie des gens qui ont opéré dans cette affaire la et il apparaît tout à fait vraisemblable que le réseau de nationaliste a été manipulé par une organisation beaucoup plus puissante et beaucoup plus dégourdie qu’eux. La mise en avant d’un coupable comme Yvan Colonna a permis d’arrêter les recherches et les investigations là où il fallait les arrêter.

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