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Jean-Michel Blanquer peut-il ne pas sanctionner les 314 professeurs qui décident d’eux-mêmes d’enseigner « l’accord de proximité » ?
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

Interview inclusive

Jean-Michel Blanquer peut-il ne pas sanctionner les 314 professeurs qui décident d’eux-mêmes d’enseigner « l’accord de proximité » ?

Dans une tribune publiée sur Slate, 314 enseignants déclarent abandonner l'enseignement de la règle de grammaire qui stipule la prévalence du masculin sur le féminin. Julien Aubert, député du Vaucluse réagit.

Julien  Aubert

Julien Aubert

Julien Aubert est député LR dans la 5e circonscription de Vaucluse. Il est secrétaire général de l'Association des députés gaullistes de l'Assemblée nationale.

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Atlantico : Dans une tribune publiée sur Slate, 314 enseignants déclarent "Nous, enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d'enseigner la règle de grammaire résumée par la formule « Le masculin l'emporte sur le féminin" Comment réagissez-vous à cette déclaration ?

Julien Aubert : Au-delà de la formule que l'on peut évidemment contester parce qu'elle est désuète, le sujet est ; que penser d'un fonctionnaire qui dirait "nous refusons d'appliquer les décisions du ministère parce que nous sommes politiquement d'un autre avis". Je pense que le Ministre doit convoquer ces agents qui sont des fonctionnaires, et leur rappeler ; premièrement le devoir de réserve qui empêche un fonctionnaire de faire de la politique et deuxièmement de les sanctionner s'ils persistent à refuser d'appliquer les instructions de l'éducation nationale.

Quels sont les risques d'une telle démarche ? Vers quels autres enseignements "parallèles" pourraient on s'orienter à l'avenir en suivant une telle logique ? 

Il y a d'abord un risque pédagogique. Il y a un problème lorsque vous mettez vos enfants à l'école et que, en fonction des opinions politiques du professeur, l'enseignement est modifié. Cela est équivalent à un professeur d'histoire qui choisirait son propre programme parce qu'il aurait décidé de ne plus enseigner le moyen-âge, en disant que "la Chrétienté ce n'est pas mon truc". Il y a donc un sujet pédagogique mais il y a également un sujet politique qui est justement l'entrée de la politique à l'école. Cela est très grave parce qu'il faut que les parents d'élèves soient conscients que l'école doit être un lieu neutre, elle doit être protégés les passions des adultes. Il y a également un risque linguistique, celui de défigurer, de modifier et surtout de compartimenter la langue française. Si chacun fait son français à sa carte, au lieu de rassembler, alors la langue divisera.

Comment expliquez-vous une telle réaction de ces enseignants ? Que révèle-t-elle selon vous ? 

Cela reflète une époque ou des mouvements qui se disent féministes ne soutiennent pas la cause des femmes. Parce que dans beaucoup de pays ou le genre masculin ne l'emporte pas sur le genre féminin, on a pour autant des problèmes d'inégalités hommes femmes. C'est aussi une époque où la majorité se laisse dicter la loi par des minorités quelles qu'elles soient en oubliant que la République est un projet commun de société et certainement pas une société multiculturelle ou multi-minoritaire. Et on verra si le gouvernement d'Emmanuel Macron, comme il le prétend, est un gouvernement de droite ou s'il est un gouvernement qui en réalité refuse d'exercer les prérogatives que lui donne la République.

N'y a-t-il pas également une confusion entre le genre féminin de la langue et "les femmes" ?

C'est un mélange total entre le genre grammatical et le genre social. C'est aussi considérer les femmes comme une minorité dans un concept de guerre des genres ou de guerre des sexes, qui reflète l'idée d'une domination de la femme par l'homme. Considérer l'homme comme un adversaire, c'est nier la complémentarité évidente de l'humanité.

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