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Vous n'avez pas voulu du "meilleur d'entre nous" (Juppé)? Vous êtes conviés à haïr le "pire d'entre eux" (Fillon) !
©AFP

Calomniez, calomniez…

Vous n'avez pas voulu du "meilleur d'entre nous" (Juppé)? Vous êtes conviés à haïr le "pire d'entre eux" (Fillon) !

La haine jouit d'une bonne santé en France. Un livre, tout nouveau, tout beau en témoigne.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le pamphlet est un art qui a eu ses lettres de noblesse. N'ayant rien à voir avec un sage traité de philosophie ou un manuel de savoir-vivre il autorise bien des outrances. Il y a eu dans le passé de grands pamphlétaires : Léon Daudet, Maurras et, à gauche, Georges Darien. Plus près de nous on a connu Georges Suffert (Les intellectuels en chaise longue) pour la droite et Maurice Clavel (Dieu est Dieu, nom de Dieu) pour la gauche. Ce genre nécessite du talent pour se faire pardonner ses excès.

Un nouveau pamphlet vient de sortir : "Le pire d'entre eux" il est signé Bruno Roger-Petit. Dans le souci de rester mesuré on s'abstiendra d'écrire que l'auteur est dépourvu de talent. On constatera simplement que pour se hisser au niveau des pamphlétaires cités précédemment ce n'est pas un tabouret ni un escabeau qu'il lui faudrait mais la grande échelle des pompiers. Ce texte baigne dans la haine, le seul carburant qui reste à une certaine gauche confite dans l'amertume et le ressentiment. L'auteur est dans ce précieux liquide comme un poisson dans l'eau.

"Le pire d'entre eux" a l'ambition de révéler la vraie nature de François Fillon. Il s'agit de parfaire nos connaissances sur un personnage dont la laideur se dissimulerait sous l'aspect débonnaire d'un catho de province bien élevé. Fillon c'est, nous apprend-on, le pire d'entre eux. Contrairement au "meilleur d'entre nous" écarté par des électeurs saisis par la bonne mine du "nobliau" sarthois. Pourquoi "nobliau"? Parce que, tous les journaux à quelques exceptions près, écrivent : Fillon habite un manoir.

En l'occurrence il s'agit simplement d'une belle demeure comme il y en a des dizaines de milliers en France. Mais c'est tellement mieux de dire "manoir". Ça vous tue un homme. Ça ne peut que révolter les manants que nous sommes. Car, explique ou plutôt assène Bruno Roger-Petit, Fillon est l'homme des châteaux. On ne nous dit pas s'il a encore des serfs à son service. Mais s'il en avait on se doit de penser qu'il les traiterait avec mépris, arrogance et sans humanité aucune.

La vraie nature de François Fillon se dévoile dans des détails affreux. Car l'auteur de "Le pire d'entre eux" sait beaucoup de choses que nous ignorons. Le candidat de la droite à la présidence de la République représente la France qui s'est dressée contre les acquis de la révolution de 1789… La France antidreyfusarde (et donc antisémite)… La France rance et moisie du vieux catholicisme… La France qui agonisa d'injures Simone Veil quand elle fit passer la loi sur l'IVG…

Ce portrait est en apparence complet. Mais il y manque une touche essentielle. Le livre a été terminé avant que son auteur n'ai pu se rendre à la manif du Trocadéro. C'est bien dommage. Car, emporté par sa fougue, Bruno Roger-Petit y aurait certainement vu un spectacle encore plus hideux que le visage de Fillon ovationné par des dizaines de milliers de fanatiques. Des curés grimaçants avec le Sacré-Cœur de Jésus cousu sur leurs soutanes. Des dames en loden venues des beaux immeubles de Neuilly Auteuil Passy. Des jeunes filles en serre-tête et jupes plissées bleues. Et même qu'il aurait peut-être entendu certains fredonner "Maréchal nous voilà".

La France dans tout ça ? Comment va-t-elle ? Pas très bien. Mais la haine, elle, se porte à merveille.

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